La fin de l’électricité

Par Emmanuel Jaffelin, philosophe, auteur de Célébrations du Bonheur (Michel Lafon)

La fin désigne à la fois le terme et le but d’un acte. Concernant le but, l’électricité nous éclaire et fournit de l’énergie à des moteurs. Donc elle nous éclaire et nous déplace. Mais aujourd’hui, cette énergie se répand sur tout et n’importe quoi : les vélos sont désormais électriques, les stores des fenêtres et les brosses à dents également. Les martiens doivent se marrer ! Dans quelques années, nos anus seront peut-être électrifiés pour aller déféquer quand on le souhaite! Or, l ‘électricité n’est-elle pas le pire excrément de l’« humanité ?!

Certes, le peintre Dufy, en 1937, avait consacré à l’électricité [1] un mur pictural [2] de 600 m2– La Fée électricité – mondialement célèbre et représentatif de l’enthousiasme que fit naître, à ses débuts prometteurs, cette nouvelle énergie. Mais, quelques décennies plus tard, les centrales nucléaires qui produisent de l’électricité deviendront un problème autant qu’une solution. Les centrales de Tchernobyl et de Fukushima ont provoqué des réactions non seulement nucléaires, mais aussi intellectuelles et politiques.

Faut-il vivre dans un monde qui se croit énergique alors que l’humanité y décline. Bien sûr, le soir, l’être humain ne vit plus replié dans le noir du fond d’une caverne vaguement éclairé par la flamme vacillante d’un feu. Il vit en pleine lumière, pouvant réaliser la nuit les mêmes choses que le jour, voire même travailler et surtout ne pas dormir ! Prenons l’exemple du vélo électrique pour illustrer le fait que ce supposé progrès est en réalité le symptôme d’une décadence.
Bien sûr, il va de soi que le vélo électrique a un mérite indéniable : il permet d’aider des personnes très âgées ou malades, à parcourir un trajet sans recourir à un véhicule collectif (bus, métro) ou cher (taxi), en bref, il est un signe de liberté. Pour le reste, il confine au ridicule : des jeunes et des adultes foncent dans les voies réservées aux cyclistes qui diminuent le recours à leurs muscles qui sont nécessaires sur un vrai vélo.  Il faudra peu de siècles pour que les héritiers de ces cyclistes soient aussi musclés que des poireaux.

Le raisonnement est le même pour les stores électriques. Aucun effort pour ouvrir ou fermer un volet ; il reste à savoir si, en cas d’accident d’une centrale nucléaire non loin de leurs maisons, ces hyper électro-consomm-acteurs fuiront en laissant leurs volets fermés et en utilisant leurs vélo ou voitures électrique ! Quant à la brosse à dents électrique, elle est l’aboutissement de l’utilisation inutile de l’électricité. Mettre de l’électricité sur tout, dans tout et partout ! Les chiens, qui ont de belles dents, et qui assistent au lavage discret et comique de leur maître, doivent se mordre de rire la queue !

De la même manière que les religions invitent leurs pratiquants à jeûner, ils ne seraient pas vain de faire des jeûnes d’électricité. Fermer le compteur électrique, allumer des bougies et se coucher plus tôt. La liberté dès le crépuscule ! Le problème vient du fait que l’interaction des particules qui caractérise l’électricité, rend les êtres humains moins interactifs et même plus passifs. Il suffit de voir quelqu’un dans la rue avec son téléphone portable pour comprendre que l’électron domine l’humain et que la personne devient elle-même une particule, sans particule, c’est-à-dire sans noblesse.
Et n’oublions pas l’invention du matériel érotique électrifié, tel le Vibromasseur ou godemichet électrique. L’électricité produit du plaisir, mais elle isole les personnes. Finalement, plus l’électricité se développe, plus l’humanité s’enveloppe et disparaît. Là git le paradoxe électrique. Face à un tel progrès technique, Platon aurait sans doute préféré son retour à la caverne. Quant au comte italien Alessandro Volta, physicien et chimiste lombard, il est peu probable qu’il aurait eu une érection en apprenant que ses piles s’enfilaient dans des godes électriques. Peut-être se serait-il révolté de cet usage lubrique et hédoniste de sa pile (volta) électrique ! In God we trust !

PS : à noter que les écolos aiment autant l’électricité que les pro-nucléaires, pourvu que cette électricité provienne d’une source non nucléaire. C’est dire si les écolos ne pensent pas et restent prisonniers d’un idéal de passivité qui est inquiétant. Non seulement les éoliennes abîment le regard et le paysage, mais elles poursuivent la même passion : rendre l’humanité passive et isolée. Et faire de chacun de nous un électron. Dans l’Antiquité, Electre était la fille d’Agammemnon, Eole (Aiolos) le Dieu du Vent. Dans la post-modernité, les écolos sont les descendants inconscients des nucléaristes, tout comme les trozkystes se disaient anti-marxistes en s’opposant aux léninistes et staliniens !

[1] Volta crée la première pile en 1800

[2] Visible depuis 1964 au Musée d’Art Moderne de Paris

Par Emmanuel Jaffelin

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