Agnès Verdier-Molinié

La chronique d’Agnès Verdier-Molinié, Directrice de la Fondation iFRAP

Alors que nous avons, plus que jamais, besoin d’un audit fiable à la veille des élections présidentielles, une sorte de brouillard masque la situation économique réelle de notre pays. A entendre certains, la crise serait déjà derrière nous, le pouvoir d’achat serait au top, la croissance serait la meilleure de tous les pays d’Europe, le chômage serait maîtrisé et les impôts n’auraient jamais autant baissé. Il est clair qu’à l’approche de l’élection présidentielle, nous sommes rentrés dans la phase de « préparation de la mariée ». Loin de la communication gouvernementale, la réalité est cependant assez différente

La France est en train de décrocher des pays-cœur de la zone euro. Un constat douloureux qu’il faut regarder en face : nous ne sommes plus que 23ème pays au monde en richesse par habitant, nous avons un déficit commercial de plus de 80 milliards d’euros par an et nous avons perdu, depuis les années 1980, 2 millions d’emplois dans l’industrie. Qui dit pire ?

Notre pays est engagé dans une sorte de fuite en avant. Il est devenu celui qui dépense le plus, taxe le plus, emprunte le plus… sans pour autant parvenir à faire baisser durablement la pauvreté, le chômage ou encore le sentiment d’insécurité qui mine le quotidien des Français. Si nous ne réagissons pas, nous risquons de devenir le maillon faible de l’Europe.

Aucun de nos partenaires européens n’a accumulé plus de 700 milliards de dette publique en 5 ans. Nous sommes aujourd’hui le premier emprunteur de la zone euro. Sans l’action de la BCE, qui rachète nos dettes, nous serions dans une situation financière dramatique. Ainsi, Outre-Rhin, la dette culmine-t-elle à 69,2% du PIB quand nous sommes à 113,7% en 2022. Pour autant, malgré les monceaux d’argent public déversés chaque année, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Un jeune sur 10 ne lit pas correctement, un sur 20 est illettré. La France compte 27 000 sans-abris et 300 000 sans domicile fixe. Est-ce normal dans un pays où les dépenses sociales représentent 32% de la richesse nationale soit 800 milliards d’euros ? L’économie grise représente l’équivalent de 11% du PIB. La France ne maîtrise pas ses flux migratoires et elle ne fait pas respecter les décisions de retour aux frontières. Sur 122 839 obligations de quitter le territoire français prononcées en 2019, seulement 18 906 ont été appliquées.

Il est plus que temps de concevoir un programme de réformes qui nous permette de reconstruire la France. Sans écrans de fumée et en étant clair sur les défis qui nous attendent. Cela demande de sortir de la recette habituelle française : plus de taxes, plus de dépenses publiques et moins de travail. Si la France était dans la moyenne de la zone euro, elle dépenserait 262 milliards d’euros de moins par an et taxerait pour 155 milliards de moins les Français et leurs entreprises. En faisant l’inverse de ce que nous subissons collectivement depuis 1981, cela peut certainement marcher. Tout simplement.

Agnès Verdier-Molinié
Directrice de la Fondation iFRAP
Auteur de Le vrai Etat de la France aux Editions de l’Observatoire

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

5 × 3 =