La décision d’Amazon d’organiser ses « Prime Days » les 21 et 22 juin prochains, alors que la date des soldes d’été est officiellement fixée au 30 juin, a déclenché la colère de commerçants rassemblés au sein du collectif « Sauvons nos commerçants ». L’un des portes-paroles, Christian Baulme, président des Commerçants et Artisans des Métropoles de France (CAMF), dénonce une opération de « prédation économique » et demande au gouvernement de « faire plier » Amazon.

Qu’attendez-vous du gouvernement ?

On veut interpeller les pouvoirs publics. L’État doit empêcher Amazon de faire n’importe quoi. Sous prétexte qu’on décale les soldes d’une semaine, Amazon programme ses « Prime Days » la semaine d’avant… Nous demandons à l’État de faire pression sur Amazon pour que ces pratiques cessent. Nous exigeons que les « Primes Days » aient lieu pendant la périodes des soldes.

D’autant que personne n’ira contrôler si Amazon vend à perte durant cette période, car Amazon n’est pas contrôlé sur ce point. Quelles preuves a-t-on que que les commerçants vendant à travers Amazon ne vendent pas à perte ? Je rappelle que vendre à perte est interdit en France. De deux choses l’une, soit il faut revoir les règlements qui s’imposent aux commerçants, soit il faut imposer aux pure players la même réglementation qu’aux autres.

Nous demandons à l’État une équité fiscale et réglementaire pour tous les pure players. Nous devons mettre un terme à la prédation économique d’Amazon contre les commerçants français. Je vais citer un seul exemple : comment est-il possible qu’Amazon fasse venir de Hong Kong en six jours et sans frais de port un coffret de rangement de montres à six euros sans payer de taxes ? Dans le même temps, on nous impose des normes écologiques drastiques. Cela devrait être lourdement taxé.

« Nous devons mettre un terme à la prédation économique d’Amazon contre les commerçants français »

Amazon a-t-il cherché à profiter de la situation délicate dans laquelle se trouvent les commerçants français ?

Bien sûr. L’entreprise Amazon France applique une politique spécifique pour la France qui lui permet de changer les dates de ses Prime Days en fonction des dates des soldes. C’est d’ailleurs ce qu’ils viennent de faire. Amazon est en guerre économique absolue contre le commerce traditionnel, grande distribution incluse. On pourrait également parler du cynisme des Français qui affirment aimer leurs commerçants de proximité et qui n’ont jamais autant acheté sur Amazon qu’en ce moment…

En novembre dernier, l’État a déjà fait céder Amazon sur le même sujet. C’est donc un objectif atteignable ?

Absolument. Ils peuvent faire plier Amazon.

Est-ce une question de volonté politique ?

Tout à fait.

Suffit-il que Bruno Le Maire décroche son téléphone pour que vous obteniez gain de cause ?

Je pense que cela suffit.

Votre appel a-t-il été entendu par Bruno Le Maire ?

Nous devrions normalement avoir une réunion avec Monsieur Griset (ministre délégué aux PME, ndlr). N’oublions pas que nous sommes en période électorale et que ce sont souvent les régions qui financent l’installation des centres de distribution des pure players, notamment les hangars Amazon.

Vous allez jusqu’à parler de « guerre économique » d’Amazon contre les petits commerces…

Amazon a déclaré une guerre économique à l’État en ne tenant aucun compte des règles en vigueur. Et comme personne ne les contrôle… De notre côté, nous menons cette guerre économique avec assez peu de chances de la gagner. Laissez-nous juste une chance de survivre. C’est ce qu’on réclame. On se bat pour l’équité. Il n’y a actuellement aucune équité vis-à-vis des pure players français et étrangers. On demande au gouvernement de prendre les mesures qui contraignent les pure players à avoir les mêmes règles que nous.

« Nos régions, nos CCI et nos métropoles peuvent subventionner toutes les marketplaces qu’elles veulent, c’est de l’argent foutu en l’air »

Vous ciblez également les plateformes françaises d’e-commerce françaises comme Cdiscount ?

Absolument. Il n’y a aucune raison qu’ils échappent à cette équité. Par ailleurs, on doit interdire à tous les départements et à toutes les régions d’interférer dans l’implantation des pure players sur leur territoire.

C’est-à-dire ?

On ne peut pas subventionner les installations d’Amazon dans une région par des allègements fiscaux ou par des prêts bonifiés car ce sont nos impôts qui financent ces implantations. Nous, commerçants, refusons que nos impôts servent à ça. Nos régions, nos CCI et nos métropoles peuvent subventionner toutes les marketplaces qu’elles veulent, c’est de l’argent foutu en l’air.

Nous voulons simplement sauver nos commerces. Or, nous avons beau avancer dans notre transformation numérique, mais elle ne sera jamais aussi puissante que celle d’Amazon. Le budget R&D d’Amazon est cinq fois supérieur à celui de l’Inserm… On veut juste lutter dans le même cadre réglementaire.

Quels sont les commerces les plus impactés par l’emprise d’Amazon ?

Les petits commerces de proximité. Entre les promos de déconfinement et les ventes privées, les grandes enseignes s’en fichent, elles vendent le moins cher possible et le plus vite possible et le plus longtemps possible. Leur seul argument, c’est le prix.

Le commerce physique est-il condamné face aux pure players ?

On sait que le commerce doit évoluer. Il évolue déjà. Il n’empêche que le commerce physique ne supporte pas les mêmes charges que les pure players. 98 % des commerçants qui vendent sur Amazon sont étrangers et ne sont pas assujettis à la TVA, ce qui coûte 2,5 milliards à l’État. Ils pratiquent donc des prix 20 % inférieurs. Les vendeurs français qui payent la TVA ne pèsent que 2 % dans le business d’Amazon en France.

Propos recueillis par Thibaut Veysset

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