Denis Payre : « La colère des Gilets Jaunes est légitime »

Le serial entrepreneur Denis Payre, fondateur de Business Objects et Kiala, porte un regard original sur le mouvement des Gilets Jaunes.

Vous êtes un entrepreneur engagé, vous avez créé le mouvement Nous Citoyens. Comment jugez-vous l’évolution politique ? L’opposition classique droite-gauche a-t-elle définitivement volé en éclats ?

Denis Payre : Oui, totalement, en raison de l’absence de résultats des uns et des autres, ce qui a provoqué une immense déception. Le taux de chômage élevé, la faiblesse des salaires, l’importance des impôts et des dettes et la précarité grandissante ont participé à ce désengagement. La « sur-fiscalité » et la « sur-administration » sont désormais reconnues comme étant un syndrome français.

Ce clivage binaire a également explosé en raison de l’absence de différences réelles et substantielles entre la droite et la gauche. Les deux camps appliquaient plus ou moins les mêmes méthodes : renforcement de l’Etat et de sa présidence, réglementations à tous crins, augmentation du nombre de fonctionnaires induisant une hausse de la dépense publique, des prélèvements et des dettes…

Les nuances entre le gauche et la droite étant devenues assez tenues, le peuple français a conclu à l’absence d’ une véritable différence. Emmanuel Macron l’a compris, tout comme nous lorsque nous avons lancé le mouvement Nous Citoyens sur ce thème, avant lui.

Nous avions proposé une offre politique qui se voulait différente et réformatrice, à contre-courant de ces politiques qui visaient à renforcer systématiquement le poids de l’Etat et à multiplier les impôts, les dettes et les réglementations. En favorisant une importante précarité et un pouvoir d’achat très élimé, les politiques endossaient une importante responsabilité vis-à-vis des générations futures.

Comment libérer la démocratie ?

Nous avions fait des propositions en ce sens, reprises en grande partie par les partis politiques, dont En Marche, mais ces principes n’ont pas toujours été mis en œuvre. La proposition clé visait à ce que l’ensemble de la classe politique soit représentée en contraignant les fonctionnaires élus à démissionner.

Idéalement, nous aurions même souhaité appliqué le modèle anglais et les contraindre à démissionner dès qu’ils se portaient candidat afin d’ éviter les conflits d’ intérêt. Un fonctionnaire élu ne peut décemment pas prétendre ne pas représenter des intérêts particuliers s’il reste fonctionnaire.

Pourquoi ?

Le fait d’être fonctionnaire, candidat, puis élu, crée nécessairement un déséquilibre vis-à-vis du citoyen lambda. Un fonctionnaire élu, puis battu, retrouve son emploi et conserve son ancienneté, cette sécurité de retour à l’emploi dans la fonction publique crée une vraie discrimination par rapport aux autres citoyens.

Cette assurance ne devrait pas exister. Ces problématiques – une discrimination vis-à-vis de la population et le potentiel conflit d’intérêt d’un fonctionnaire élu – avaient été intégrées à un certain nombre de programmes, dont celui de Macron et de Fillon. Cela dit, il n’a pas encore été mis en œuvre… L’exemplarité des élus est également un sujet essentiel.

Vous êtes d’accord avec la proposition des « Gilets jaunes » d’un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) ?

Oui, c’est également dans notre programme. Ce mode de fonctionnement peut en effet présenter un intérêt, au moins au niveau local, et faire sens pour valider un certain nombre de décisions publiques. Ces différents sujets me semblent essentiels pour relancer un fonctionnement démocratique.

Une démocratie apaisée permettrait une meilleure gestion du pays, et d’associer davantage les citoyens. La colère qui s’exprime à travers les « Gilets Jaunes » est extrêmement légitime, même si les débordements de violence fréquents sont totalement inacceptables. Cette crise est liée à 40 ans de gestion inappropriée

La question de la dépense publique est centrale, avec plus de 57% du PIB…

Nous avons un vrai problème d’efficacité de la dépense publique dont l’analyse a été faite à maintes reprises. Nous souffrons d’un sur-effectif devenu pathologique. Il n’est pas question de diminuer le nombre d’infirmières, de policiers ou d’ enseignants : le problème n’est pas là.

Les sur-effectifs sont généralement dans les bureaux, les back-office, avec une incroyable inefficacité de l’administration et une multitude de réglementations qui et inefficace du pays avec des élus qui ne représentent trop souvent que quelques intérêts particuliers.

Faut-il réformer la Fonction publique ?

Il est normal que la fonction publique soit bien représentée, mais cette représentation est aujourd’hui exagérément importante par rapport au reste de la population. Il existe une tendance de fond qui consiste à augmenter en permanence les moyens de la Fonction publique et à ne raisonner qu’en fonction de solutions passant par un renforcement croissant de l’Etat.

Cette mécanique est dommageable à notre pays. Le sujet est parfaitement identifié et connu. La France détient le record mondial en matière de dépenses publiques (57% du PIB – ndlr) et de prélèvements obligatoires pour une efficacité très médiocre. Le secteur de l’éducation constitue un exemple probant.

Malgré des dépenses par élèves extrêmement importantes, parmi les plus élevées des pays développés, nous sommes toujours en queue des classements internationaux comme PISA et nous rétrogradons d’année en année. Ce constat d’inefficacité est vrai dans pratiquement tous les domaines.

A l’occasion des récentes manifestations, les policiers ont protesté contre le manque de moyens pour travailler efficacement (voitures usées, systèmes radios défectueux, etc). Ce constat est assez invraisemblable dans un pays qui a la dépense publique la plus élevée au monde…

La question de la dépense publique est centrale, avec plus de 57% du PIB…

Nous avons un vrai problème d’efficacité de la dépense publique dont l’analyse a été faite à maintes reprises. Nous souffrons d’un sur-effectif devenu pathologique. Il n’est pas question de diminuer le nombre d’ infirmières, de policiers ou d’ enseignements : le problème n’est pas là.

Les sur-effectifs sont généralement dans les bureaux, les back-office, avec une incroyable inefficacité de l’administration et une multitude de réglementations qui créent de la complexité et nécessitent des embauches supplémentaires.

L’enjeu consiste à diminuer les coûts de fonctionnement et à revenir à la norme européenne, soit à 10% du PIB de moins, soit 200 milliards d’euros en moins. Cette mesure apporterait une véritable bouffée d’oxygène, en particulier aux plus modestes qui protestent et descendent dans la rue car ils ne récoltent pas le fruit de leur travail, une grande partie étant absorbée par les prélèvements en tout genre, même ceux qui ne payent pas d’impôts sur le revenu, car nous avons tellement d’impôts et de taxes sur tout, ou presque, et toujours au taux maximum.

Cela permettrait aussi aux entreprises de se remettre à investir et à embaucher avec de meilleurs salaires. L’Etat doit laisser plus d’argent dans la poche des Français et dans les caisses des entreprises, c’est une question de vitalité essentielle du pays.

La classe politique a été largement renouvelée lors des dernières élections législatives. Comment poursuivre sur cette lancée ?

Avec Nous Citoyens, nous avions largement évoqué la nécessaire limitation du nombre de mandats afin de favoriser les rotations – nous proposions de fixer la limite à trois mandats successifs. Nous avons assisté à un renouvellement du personnel politique grâce à En Marche et on ne peut que s’en féliciter, avec beaucoup de gens issus de la société civile, mais les principes restant inchangés.

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