Christophe PÉRILLAT, Directeur Général de Valeo depuis janvier 2022

Christophe Périllat est un dirigeant qui a une grande profondeur d’âme. Il prend le temps de recevoir dans son bureau blanc comme neige, situé au dernier étage d’un immeuble tout neuf de la rue de Courcelles à Paris. Il m’avoue aimer la nature. Pas étonnant que l’environnement soit la priorité numéro un de Valeo.

Car il le dit : « tout sera axé sur le développement et l’accélération des équipements pour la voiture électrique ». Christophe Périllat prend le temps de me montrer son smartphone. Sur l’écran apparaît un arbre majestueux. Avec des rami􀀁i-cations de feuilles qui font un magnifique fond d’écran. « Les arbres, dit-il, c’est la terre, les racines, le mystère et tout ce que l’on ne voit pas mais qui illustre la solidité et l’enracinement» . « Tout cela fait l’essentiel de la vie » ajoute le patron qui règne sur 103 000 employés et 184 sites de production. Le lien est fait entre le roc industriel qu’est Valeo et les forces de la nature. Le groupe doit célébrer son centenaire et il affronte aujourd’hui de sérieux vents contraires. Car la tempête souffle. Mais Valeo se dit prêt et en bonne santé. L’ingénieur X-Mines arrive à un moment clef de l’histoire de l’automobile.

Vous avez pris les commandes de Valeo à un moment critique ?
Christophe Périllat : Il est vrai que nous faisons face à une rupture totale des technologies. La voiture de 2035 sera très différente de celle d’aujourd’hui. Une véritable révolution technologique se profile pour donner naissance à une mobilité électrique et plus sûre. Pourquoi électrique : parce que le transport routier représente 18 % des émissions de CO2 dans le monde. Il faut donc aller le plus rapidement possible vers une mobilité décarbonée. Chez Valeo, nous préparons depuis plus de 10 ans les technologies nécessaires. Nous sommes prêts et cette révolution est pour nous une immense opportunité.

L’automobile est sortie de sa zone de confort. Est-ce inquiétant ?

En 2035, la Commission européenne réfléchit à un bannissement de la vente de voitures neuves essence ou diesel. L’industrie automobile va donc devoir changer un grand nombre des technologies qui sont encore à bord des voitures actuelles. Ce changement est à la fois souhaitable, rapide et irréversible. Ne nous y trompons pas : il est aussi révolutionnaire que celui qui a fait passer l’humanité de la voiture à cheval au véhicule à moteur car tout changera dans la voiture. La fierté des équipes de Valeo, c’est de participer à cette transformation. Nous avons développé toutes les technologies nécessaires : le moteur électrique, l’onduleur, le chargeur, le système de refroidissement des batteries, la pompe à chaleur et beaucoup d’autres composants. Notre ADN, c’est non seulement de développer toutes ces technologies, mais aussi de les rendre accessibles économiquement.

Les coûts explosent, comment allez-vous faire ?

Vous avez raison, je pense que l’inflation est aujourd’hui une préoccupation majeure de tous les industriels. Il s’agit d’abord d’une inflation des matières premières : depuis le début de l’année 2021, en Europe, le prix de l’acier a été multiplié par 3, celui de l’aluminium et du cuivre par 2. Nous n’avons pas d’autres choix que de répercuter ces coûts dans nos prix. Nous le faisons. Dans le même temps, nous continuons bien sûr nos efforts pour améliorer nos produits et nos méthodes de production.

Et les salaires ?

Les salaires augmentent aujourd’hui significativement, plus vite aujourd’hui qu’avant.

Renault quitte la Russie : vous regrettez cette décision ?

Nous respectons bien sûr la décision de Renault qui était, à travers Avtovaz, notre principal client en Russie. Le marché russe représentait pour Valeo significativement moins de 1 % de notre chiffre d’affaires. Notre usine en Russie et ses 400 salariés ne produisent plus en première monte.

Quel est votre style de management ?

Je travaille chez Valeo depuis 22 ans alors les équipes me connaissent bien. Il faut leur poser la question. Il est difficile de se décrire. Comme le monde est complexe, j’essaierai de me décrire en utilisant des termes qui peuvent sembler contradictoires mais ne le sont pas :
Agilité et rigueur.
Écoute et vitesse.

Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai voulu mettre en avant 3 comportements que je souhaite trouver dans l’entreprise pour traverser avec succès cette période inouïe de transformation : agilité, courage et solidarité.

J’espère que ces comportements sont les miens.

L’automobile est une passion depuis toujours ?

Je me souviens avoir visité en classe de troisième une usine automobile dans le cadre d’une visite scolaire : l’usine de Renault à Flins dans les Yvelines. Je ne me souviens plus quel modèle était sur les chaînes à l’époque, mais je me souviens avoir été époustouflé : des bobines d’acier et des bacs de composants au début de la chaîne, des voitures prêtes à être conduite à l’autre bout. Et la danse des robots dans l’atelier de ferrage ; l’organisation millimétrée d’une chaîne d’assemblage.
Tout cela avait marqué mes yeux d’adolescent et avait sans doute fait naître en moi les premiers germes d’une passion pour l’industrie et pour la technologie. Quelques années plus tard, je réalisais un rêve en dirigeant une usine. J’avais 28 ans (NDLR Flins produisait à cette époque, en 1980, la R18 et la R5).

Quelles évolutions voyez-vous pour l’automobile en termes d’innovations ?

J’ai beaucoup parlé de la voiture électrique. Permettez-moi de parler maintenant de la voiture plus sûre. Une voiture plus sûre, sur le chemin de l’autonomie. Car oui, la voiture progressera vers sa propre autonomie et le conducteur pourra enfin faire autre chose en roulant. C’est cela aussi qui marquera la prochaine évolution de l’automobile dans le monde. En 2022, pour la première fois dans le monde, sortent 2 voitures avec une autonomie de niveau 3. C’est-à-dire que vous pouvez déléguer la conduite à votre voiture. Ces 2 voitures ont un élément en commun : un capteur extraordinaire, un lidar, que seul Valeo fabrique dans le monde et qui permet cette prouesse technique. Mais au-delà de cela, Valeo fêtera l’an prochain ses 100 ans d’existence : une histoire écrite grâce à de très nombreuses innovations qui ont fait de Valeo un acteur majeur de l’industrie automobile (NDLR, l’embrayage, le chauffage dans les voitures, les phares, les essuie-glaces, les bougies, les alternateurs, les démarreurs).

Conduisez-vous votre voiture ? Et comment choisissez-vous le modèle, vous qui servez plusieurs constructeurs ?

Je conduis ma voiture mais je n’aime pas beaucoup conduire car j’ai tendance à m’endormir au volant ! C’est pourquoi j’attends avec impatience la voiture autonome. À la maison, nous partageons 3 voitures : une Renault Captur, une Renault Clio et une Opel Agila (du groupe Stellantis). Vous constaterez mon sens de la synthèse : un peu de Renault et un peu de Stellantis !

Quel regard portez-vous sur la situation climatique ?

Je suis 100 % convaincu de la nécessité d’aller très vite vers un monde décarboné. Je suis fier de diriger un groupe dont c’est la mission. Tous les collaborateurs de Valeo partagent cette fierté.

On parle d’entreprises à missions : est-ce le cas de Valeo ?

Je me méfie des déclarations ou des slogans. Ce qui m’importe, c’est ce que nous faisons tous les jours. Et ce que nous faisons, c’est d’inventer et de rendre accessible une mobilité électrique et plus sûre. Vous savez, sur 100 voitures vendues chaque jour, 10 sont des véhicules électriques pour le moment. Si l‘on tient compte d’un marché de 80 millions de voitures neuves par an, cela veut dire que 8 millions de voitures neuves aujourd’hui sont électrifiées. Et Valeo électrifie une voiture électrique sur 3. C’est déjà beaucoup. Et cela va aller encore plus vite. Aujourd’hui, les usines existent, les technologies sont prêtes. Ce qui va permettre d’atteindre l’objectif d’1 véhicule sur 3 électrifié en 2035. Valeo est prêt.

Votre passion personnelle ? Peut-on la connaître Monsieur Périllat ?

Ma famille, bien sûr (j’ai 4 enfants) mais je dois avouer une autre passion. Une passion pour les arbres. Ils dégagent mystère, sérénité et force. Cette force et cette solidité sont invisibles car elles sont enfouies sous le sol. J’aime penser que ce qui se voit n’est pas l’essentiel. J’aime poser mes mains sur le tronc de ces arbres. J’aime ce contact qui transmet la force et la puissance.

Propos recueillis par Eric de Riedmatten

Conclusion : Cet entretien se termine sur une belle image de forêt, une image de verdure qui illustre la volonté du patron de Valeo de réussir cette transition vers la voiture propre. Et rappelons-le, au cas où on ne le saurait pas, Valeo, en latin signifie : « Je vais bien », ce qui est rassurant quand une entreprise se charge de nous conduire vers l’avenir.

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