À 59 ans, l’électron libre de la gauche devenu entrepreneur dans le miel et les amandes transcende les clivages avec son plaidoyer pro-made in France. Un programme industriel qui résonne dans le monde économique.

Vous êtes candidat à la présidentielle avec un projet de « Remontada » de la France. Quels sont vos engagements pour le redressement industriel de notre pays ?

Arnaud Montebourg : Je défends ce que j’appelle un « Programme Made in France de taille XXL ». Pourquoi ? Parce que les années Macron ont été celles de la destruction du made in France. Nous avons perdu notamment Alstom, Lafarge, Alcatel, Technip, Essilor… et maintenant c’est Engie qui est en cours de démantèlement et Ariane dont on délocalise une partie de la production en Bavière. Mr Macron, c’est le vendeur de la France en pièces détachées. Il a donné les clés de nos usines à d’autres qui les ont installées ailleurs. On savait que les années Macron avaient été celles de la destruction du made in France, mais avec Ariane, ce sont celles également de son déménagement.

Je trouve cela inadmissible ! Quand on regarde la part industrielle dans la richesse nationale, les Espagnols sont à 16%, les Italiens à 19%, les Allemands à 23% et nous à 11%. On ne pourra donc pas miser uniquement sur les technologies du futur, il va falloir qu’on reprenne des parts de marché sur tout ce que nous importons.

Comment comptez-vous y arriver ?

A.M. : Il faut prendre la liste des 60 produits critiques que nous importons massivement et organiser, d’une part par la commande publique et d’autre part par des mesures de protection de l’intérêt national, le soutien à des usines que nous allons recréer. Par exemple, nous importons 1,8 milliard d’antibiotiques que nous pourrions très bien fabriquer avec notre industrie pharmaceutique, et 10 milliards de médicaments alcaloïdes pour nos hôpitaux et cliniques, dont nous pourrions très bien interdire l’importation pour des raisons de sécurité sanitaire. Rien qu’avec ces 2 exemples, nous pourrions créer 10 usines en France !

Je peux multiplier les exemples, nous importons 3 milliards d’huiles et de graisses, 3,5 milliards d’engrenages et d’organes de transmission, 4,2 milliards de matériel de levage et de manutention… Pour tout cela, nous avons les capacités industrielles, technologiques, scientifiques et productives pour remonter des supply chains dans notre pays.

À condition d’utiliser le levier de la commande publique bloqué actuellement par les lois européennes et les procédures d’appel d’offres ?

A.M. : Exactement. Avec les 116 milliards d’euros de dépenses publiques par an (Etat, collectivités territoriales, hôpitaux…), nous avons les moyens de redonner par la commande publique du chiffre d’affaires à toutes nos entreprises françaises et aux usines que nous allons créer. Il s’agit donc d’utiliser la commande publique comme moyen de sauvetage de l’industrie française. Je suis favorable à la création de zones économiques spéciales dans les territoires désindustrialisés où l’on pourra faire abstraction des lois européennes. Les industriels français savent monter des usines, de nouvelles lignes de production et les rendre compétitives. L’Etat ne sait pas le faire.

Le problème aujourd’hui, c’est que nos industriels n’ont ni le soutien du système bancaire, ni le soutien de l’Etat, qui lui, en revanche, a la capacité de les financer. D’où l’intérêt du soutien de l’Etat à nos industriels pour remonter des usines pour fabriquer ces fameux produits critiques qui sont aujourd’hui importés.

Comment revaloriser le travail dans notre pays et redonner du pouvoir d’achat aux Français ?

A.M. : D’après les enquêtes, 36% des Français sont en difficulté financière et 20% sautent des repas. Avec l’augmentation du coût de l’énergie et du gaz (+35% en trois mois), de nombreuses personnes ne vont pas pouvoir se chauffer cet hiver. Revaloriser le travail, ça consiste d’abord à payer les gens correctement pour qu’ils puissent en vivre. Une société qui ne reconnaît pas le travail est une société qui meurt. Dans la lignée de ce qui se fait partout dans le monde, où l’on constate une remontée des salaires – c’est notamment le cas aux Etats-Unis, en Espagne, en Allemagne -, je propose une hausse du Smic de 10% mais aussi une remontée négociée des salaires, dans tous les secteurs, branche par branche.

On ne s’en sortira pas si on n’accepte pas de partager davantage. Ce qui me permet d’en venir à la question du dividende-salarié. Je propose qu’on partage les résultats des entreprises de plus de 10 salariés, à tous les collaborateurs comme à tous les actionnaires, de façon obligatoire et égalitaire. Aujourd’hui, sur 19 millions de salariés en France, il n’y en a que 5 qui perçoivent de l’intéressement et de la participation.

Vous souhaitez un retour au septennat et l’instauration du référendum d’initiative populaire. Pourquoi sont-ils essentiels selon vous ?

A.M. : Nous avons expérimenté l’abus de pouvoir ces dernières années, c’est-à-dire le pouvoir d’un seul et la disparition de tous les contre-pouvoirs. J’ai en souvenir les demandes des Gilets jaunes : plus d’équité et plus de démocratie à travers le référendum d’initiative populaire. Je propose une transformation d’envergure de notre République. Cela passe notamment par un retour au septennat, non renouvelable, pour donner du temps à l’action présidentielle et lui permettre de se concentrer sur les projets plutôt que sur sa réélection. Et je suis favorable à redonner à la population le pouvoir de contrôler ses gouvernants : « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Article 2 de la Constitution). Cela passe donc aussi par l’instauration du référendum d’initiative populaire sur toutes les grandes questions législatives qui concernent les Français, dans le respect de nos engagements internationaux.

Pensez-vous être aujourd’hui le meilleur candidat «pro-entreprises» et si oui, pourquoi ?

A.M. : Certainement pour mon combat pour le Made in France et parce que je suis moi-même chef d’entreprise. J’ai dirigé ma nouvelle vie après mon départ du gouvernement en créant des projets et des entreprises, j’y ai mis mes économies, j’ai mis en place des équipes – « Les Équipes du Made in France » est le nom de ma première entreprise– dans l’apiculture, dans la production d’amandiers, dans la glace et d’autres encore. Et je l’ai fait avec les moyens du bord comme tous les entrepreneurs. C’est peut-être ce parcours-là qui est considéré comme l’un des symboles de ma passion pour l’entreprise.

Je crois sincèrement que l’entreprise est en mesure de changer beaucoup de choses, en complémentarité de l’action publique et politique. J’ai créé des petites entreprises, avec des équipes et des chiffres d’affaires modestes, mais nous sommes très fiers de ce que nous avons fait, parce que nous avons lancé des marques équitables avec des croissances à deux chiffres que nous partageons avec les agriculteurs. Ce modèle économique a un avenir considérable devant lui. Quand on crée des modèles économiques et de l’innovation, on est en mesure de changer la société. Un entrepreneur, c’est quelqu’un qui change la société de façon très concrète, bien que sur une échelle modeste.

Qui pour vous entourer : plus de chefs d’entreprises et moins de hauts fonctionnaires, pour mettre fin à cette suradministration de l’Etat ?

A.M. : Le pays est bloqué par la bureaucratie et j’en fais tous les jours l’expérience en tant qu’entrepreneur. On ne le débloquera pas de façon homéopathique. Je propose un vaste plan social au sommet de l’Etat pour remplacer tous les directeurs et sous-directeurs des administrations centrales, c’est-à-dire tous les hauts-fonctionnaires qui sont en roue libre et en parfaite autonomie, parce que le pouvoir politique ne les contrôle plus, et qui, de plus, régentent le pays souvent avec mépris et arrogance. Je souhaite les remplacer par des praticiens qui connaissent la société, qui en viennent, des ingénieurs, des entrepreneurs, des syndicalistes, des professeurs qui savent de quoi ils parlent et qui auront à cœur de débureaucratiser le pays.

Que faire pour développer nos territoires ruraux ?

A.M. : J’ai proposé ce que j’appelle un « Programme de retour à la terre », car la terre appartient à tous. Vous avez aujourd’hui 10 millions de Français qui se sentent enfermés dans les métropoles avec des conditions de vie très difficiles, des salaires insuffisants, des trajets domicile-travail infernaux, des loyers délirants… Ils veulent pour beaucoup changer de vie mais n’ont pas les moyens de quitter la métropole. J’ai observé avec mes équipes qu’il y avait un million de biens vacants, abandonnés et dégradés sur le territoire, dans les petites villes, les villages, que l’on peut acquérir dans des conditions favorables.

Mon projet est que chaque bien vacant soit acquis par l’Etat et les collectivités locales, puis attribué à toute personne qui s’engagera à le rénover à ses frais et à l’habiter. Cela va créer des populations nouvelles dans les régions rurales, des enfants dans les écoles, du travail pour les artisans, des emplois nouveaux sur les métiers de demain. C’est une manière d’apporter beaucoup plus d’activité dans ces territoires qui se sont dépeuplés et appauvris, parce qu’ils ont été abandonnés économiquement et oubliés politiquement. Il s’agit là d’un des piliers de mon projet de Remontada de la France.

Quel regard portez-vous sur tous ces sondages en amont des présidentielles ?

A.M. : L’enjeu, ce ne sont pas les sondages qui ne valent rien à six mois de l’élection, le véritable enjeu ce sont les projets. Pour ma part, je propose un projet de « Remontada 2022-2027 », car nous allons devoir remonter la France dans tous les secteurs de son effondrement. C’est sur les projets et les contenus que les Français vont devoir se prononcer. C’est une des raisons pour lesquelles je crois possible de gagner cette élection, car mon projet correspond aux aspirations majoritaires des Français. Le Made in France, le refus de la mondialisation, la mise à distance de l’Europe excessivement intrusive, tout le monde est aujourd’hui pour.

Quel message essentiel souhaitez-vous adresser aux entrepreneurs ?

A.M. : Les entrepreneurs sont la sève de notre pays. Ils sont ceux sur lesquels notre société doit s’appuyer pour se transformer et avancer. Pour moi, ils sont l’avant-garde de ce que nous aurons à assumer dans la Remontada de la France. En ce sens, je lance un appel, au travers de vos colonnes, aux entrepreneurs, ingénieurs, producteurs, ouvriers, techniciens, agriculteurs, en leur disant : Rejoignez-moi, nous ferons de la France un grand pays capable de construire et de produire son futur.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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