La chronique d’Agnès Verdier-Molinié, Directrice de la Fondation iFRAP

La température de la dette commence à monter peu à peu. Alors qu’elle avait atteint son plus bas en 2020 à 36 milliards d’euros, l’Agence France Trésor précise maintenant sur son site que « la charge de la dette est prévue à 39,5 milliards d’euros » pour 2022 alors que la prévision initiale était de 38,4 milliards. La loi de finances rectificative (2) 2021 révise également à la hausse la charge de la dette de l’Etat pour 2021 à 38,2 milliards d’euros. La charge budgétaire de la dette de l’Etat augmente donc rapidement sous l’effet de l’inflation.  Nous ne sommes plus dans le temps où la France pouvait s’endetter toujours plus en payant toujours moins. 

Et pourtant nous empruntons toujours à des taux proches de 0 (0,11% à 10 ans le 15 novembre dernier). Il faut le souligner : la charge budgétaire de la dette a progressé en 2021 de 1,4 milliard d’euros et de +3,3 milliards entre 2020 et 2022.

Pourquoi une telle progression de la dette ?

La raison de cette progression est à trouver dans l’augmentation du besoin de financement lié aux nouvelles dépenses mais aussi dans l’accélération de l’inflation qui augmente la charge d’intérêt des titres d’Etat indexés c’est-à-dire dont le taux augmente quand l’inflation augmente afin de protéger les investisseurs contre ce risque (229 milliards d’euros de dette indexée à fin septembre 2021 soit 10,66% de la dette négociable toutes maturités confondues).  

Le risque d’inflation pèse aujourd’hui donc assez lourd dans l’augmentation de la charge budgétaire de la dette publique. Mais, étant donné qu’en comptabilité nationale – seule règle qui compte selon les critères maastrichiens vis-à-vis de Bruxelles – la charge de la dette continue à baisser facialement par le biais des modes de comptabilisation (primes d’émission et étalement du coût des intérêts), l’exécutif ne se sent pas pressé d’amortir en priorité la dette indexée. C’est une erreur qui pourrait peser lourd dans le futur si l’envolée de l’inflation n’est pas transitoire.

2022 : l’inflation probablement sous-estimée

Par ailleurs, il est fort probable que l’inflation 2022 soit elle-même sous-estimée comme le relevait déjà dans son avis de fin octobre le Haut Conseil des finances publiques : « la prévision d’inflation du Gouvernement est plausible pour 2021, mais (…) celle pour 2022, inchangée en dépit de la hausse des prix de l’énergie et de la nette amélioration du marché du travail enregistrée depuis le PLF initial, semble en revanche trop basse. » La charge budgétaire de la dette de l’Etat pour 2022 pourrait donc dépasser en exécution les 39,5 milliards d’euros. La température de la dette pourrait continuer à monter vers les 40….

Agnès Verdier-Molinié

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