La tribune. En déplacement en Occitanie,  Marine Le Pen s’est confiée aux journalistes qui l’accompagnaient, «  je trace ma route imperturbable » leur a-t-elle déclaré, ajoutant, « dans la fureur du moment, les gens n’ont pas besoin de quelqu’un qui s’agite ».

Voilà, le décor est planté et le scénario dévoilé! Cette compétition entre deux personnages, l’un « se hâtant avec lenteur », et l’autre « parti comme un trait », nous la connaissons tous ; avec le pain au chocolat et le verre de lait du goûter, cette fable fait partie de nos souvenirs de l’école primaire, et beaucoup d’entre nous la connaissent encore par cœur !

Son auteur, Jean de La Fontaine, est dans l’ADN de notre culture, et pourtant ce n’est pas dans nos campagnes qu’il a trouvé son inspiration, mais à des milliers de kilomètres de chez nous, en Asie Mineure, dans la ville turque d’Amorium, terre natale d’un autre fabuliste de légende, Esope le phrygien, auteur de plus de trois cents fables, dont celle du lièvre et de la tortue. Un exemple très réussi de métissage culturel, La Fontaine ayant largement puisé dans le répertoire de l’auteur antique pour rédiger son œuvre, et en faire le fleuron de l’esprit français !

Vie et mœurs des animaux dans les prés

Qu’ils soient représentants du monde animal ou des cercles politiques, lièvres et tortues partagent le même habitat, et se nourrissent des mêmes herbes et des mêmes fleurs, absorbant tout ce qu’ils trouvent dès qu’ils en ont l’occasion ! Cette concurrence pour les mêmes ressources entre deux espèces différentes est ce que les biologistes appellent la « compétition interspécifique », dont la conséquence est souvent la disparition de l’une des deux espèces.

D’ailleurs, histoire de couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen, Eric Zemmour s’est rendu dare-dare aux Sables-d’Olonne, le 8 janvier dernier, pour se repaître avant elle de la force symbolique dégagée par la statue de l’archange Saint Michel, chef de la milice céleste, et ne lui en laisser que quelques miettes.

Mais le combat entre ces deux-là ne fait que commencer ! Le 5 février prochain, ils vont changer de style, tenant meeting le même jour ; mise au courant des intentions de son rival, Marine le Pen s’en est ouvertement moquée, parlant de « parasitage », un comportement qui consiste à envahir un autre être vivant pour se nourrir de lui, et se développer à ses dépens.

Mais, dans la mesure où ils seront, l’un à Lille et l’autre à Reims, à plus de deux cents kilomètres l’un de l’autre, il serait plus exact d’utiliser le mot d’« amensalisme », un terme très savant qui signifie à l’origine « privation de nourriture », et qu’on peut expliquer de façon imagée par l’expression  «  faire de l’ombre à l’autre », comme dans la nature les grands arbres captent toute la lumière du soleil et empêchent les plus petits de  croître.  Et c’est probablement ce qu’on verra avec les deux « meetings interposés » de la semaine prochaine, ce sera la course à qui aura les commentaires de la presse les plus nombreux et les plus élogieux, et à qui marquera le plus de points, ou pourra le prétendre !

La grande parade de la prairie

Tortues et lièvres sont des animaux solitaires, sauf à la période de la reproduction, où ils se mettent en quête d’un alter ego. Fidèle à sa réputation de zénitude, la tortue femelle s’expose tranquillement au soleil, pendant que le mâle se bouge pour trouver sa partenaire, qu’il va séduire en la titillant, lui mordillant les pattes, puis s’en éloignant,  jouant à « j’y vais, j’y vais pas », un divertissement très à la mode en ce moment dans la campagne… électorale !

De son côté, le lièvre se fait plutôt discret en s’abritant sous des haies ou des broussailles, mais à la période du rut, pris d’une sorte de frénésie, il gambade à découvert dans la prairie et s’exhibe dans une joyeuse agitation pour impressionner les femelles. Ces démonstrations spectaculaires pour leur conquête sont appelées « bouquinages », et on ne les observe pas que chez les animaux des prés ; certains êtres humains aiment aussi à s’y livrer, et à le montrer au grand jour, « sans Sarah Knafo, il n’y aurait pas eu de campagne », a ainsi affirmé Eric Zemmour au micro de Bruce Toussaint.

Et, puisqu’avant de sortir avec elle, Eric Zemmour n’avait jamais déclaré d’ambition politique, sa candidature à l’Elysée est précisément ce qu’on qualifie en termes d’éthologie de « bouquinage » !

Dans le bestiaire de Jean de la Fontaine, on croise aussi  un petit animal, fin et long, couvert d’un pelage délicat et élégant, la belette ! Si elle est le plus petit de tous les carnassiers d’Europe, elle n’en est pas pour autant le moins performant, capable comme elle est de se faufiler dans le terrier d’un lapin et de le tuer et, contrairement à d’autres prédateurs comme le lion et le tigre qui dorment quinze heures par jour, elle est, elle, toujours en activité. Avec le lièvre et la tortue, la voilà désormais alignée au départ de la grande course de la prairie, dont la récompense  sera une demeure aux Champs-Élysées et cinq ans de règne dans ces enviables pénates !

Et puisqu’à toute fable il faut une morale en guise de conclusion, voici la mienne : le monde est plein de grenouilles qui ne sont pas sages, constate le bœuf, et cette conclusion, précisée par le renard, vaut bien un fromage !

Catherine Muller
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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