Emmanuel JAFFELIN, philosophe, conférencier, auteur des Célébrations du Bonheur (Michel Lafon)

Tu le sais lect-rice/eur, même si tu n’en es pas atteint(e), qu’une maladie incurable est une maladie que la médecine ne peut guérir. Jusque-là tout va bien, au moins pour la définition du maux, plus que pour la guérison des maux ! Mais dans notre société, les maladies dites incurables sont présentées comme des maladies exceptionnelles qui méritent l’attention de tout le monde, y compris celle des malades concernés. A dire vrai, lorsqu’un malade est suivi par des médecins pour une de ces nombreuses maladies incurables[i], il doit respecter ses médecins comme un troupeau doit suivre son berger et ses chiens.

 Pour être plus clair, il s’opère un glissement de sens du mot incurable dans la plupart des propos des médecins qui laissent entendre au malade, non qu’ils sont impuissants, mais que celui-ci est victime d’une pathologie grave que par malchance ils ne peuvent qu’alléger faute de pouvoir la guérir. Et en raison de la gravité de cette maladie, et non de la grave impuissance de cette médecine, le patient doit se plier aux ordonnances comme à des ordres !

Si l’on considère comment sont aujourd’hui soignés, du moins en Europe et en Amérique du Nord, les personnes atteintes de la peste ou de la tuberculose, avec des médicaments antibiotiques, il est bon de se dire que la médecine des siècles qui précédaient le XXe siècle s’avérait très impuissante, mais qu’elle avait plus conscience de ses limites que celle du XXI e siècle qui reconnaît si peu ses limites qu’elle fait croire aux patients que les limites de la guérison sont internes à sa maladie !

Dès lors, lect-eur/rice, tu comprends que si tu « as » une maladie incurable, la faiblesse n’est pas en toi : elle se loge dans l’incapacité du corps médical à reconnaître sa maladie : la vanité !

La médecine du XXIe siècle nous montre ainsi que ce que disait Voltaire au XVIIIe, dans son Candide, n’est pas périmé :  « Cependant à force de médecines et de saignées, la maladie de Candide devint sérieuse ». Disons que la nouveauté depuis Voltaire, ce n’est pas que la maladie devienne « sérieuse » et que la médecine ne pratique plus les saignées : c’est que des maladies comme la médecine deviennent « incurables ».


[i] – Parmi les maladies incurables, dont le nombre est très variable, il y a le Sida, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, le cancer, l’asthme, le diabète , la sclérose en plaque, etc. Pour toutes ces maladies, la médecine donne aux patients des médicaments qui atténuent leurs symptômes, non qui les guérissent.

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