Agnès Verdier-Molinié

La chronique d’Agnès Verdier-Molinié, Directrice de la Fondation iFRAP

Nous vivons une époque insolite. Elle l’est aussi sur le plan budgétaire. En 2020, on avait trop emprunté car la récession n’était pas aussi terrible que prévu ? Qu’à cela ne tienne, on a reporté plus de 28 milliards de 2020 sur 2021… C’était interdit car on ne peut pas transférer plus de 2% d’un programme budgétaire de l’Etat d’une année sur l’autre mais cela n’a arrêté personne.

Pour 2022, sont renseignées à ce stade, les prévisions de dette, de déficit, de recettes publiques mais pas de prévisions pour le niveau de dépenses. Là aussi, il ne semble pas grave de braver les règles budgétaires et le gouvernement explique qu’il fera des amendements à l’Assemblée nationale pour dépenser peut être 5 milliards d’euros de plus. Alors oui, cela changera les prévisions de déficit et de dette donc tous les chiffres sont faux mais cela n’a pas l’air de déranger qui que ce soit.

Comme cela ne dérange personne que les annonces de dépenses de 240 milliards en soutien aux entreprises pendant la crise du Covid soient fausses car faites en additionnant des aides (chômage partiel – plus à destination des salariés, faut-il le souligner ?- fonds de solidarité, etc…) et des prêts garantis par l’Etat qui… devront être remboursés par les entreprises et qui ne sont pas « cadeau » ? A moins qu’on n’ait pas bien compris ?

Alors, au moment où les couteaux s’aiguisent pour la présidentielle de 2022, comment s’étonner que les propositions partent déjà dans une valse folle des milliards ? Notamment la proposition d’Anne Hidalgo de doubler les salaires des enseignants dont personne n’a bien compris si ce sera 7 milliards d’euros de coûts annuels ou 100 milliards ce qui reviendrait à doubler la dépense annuelle d’éducation ?

Le « quoi qu’il en coûte » et ses milliards brandis -pas toujours à bon escient- risque bien de faire relativiser nos concitoyens et de leur faire avaler des propositions de dépenses supplémentaires qui sont impossibles à réaliser ou nous projetteraient dans une crise des finances publiques gravissime.

Mais comment leur en vouloir (à la fois aux dépensiers et à nos concitoyens) quand la valse des milliards et des annonces continue tous les jours à la télévision sans jamais un mot sur le rétablissement des comptes publiques, sur comment faire pour redresser la barre et empêcher le décrochage de notre pays ? Il serait peut-être temps de ranger le tapis rouge pour dépensiers, non ?

Agnès Verdier-Molinié

Directrice de la Fondation iFRAP
Auteur de La France peut-elle tenir encore longtemps ? aux Editions Albin Michel

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