Par Emmanuel Jaffelin, auteur de l’Eloge de la Gentillesse (Bourin 2009, Pocket 2018) et On ira tous au Paradis (Flammarion)

Médecin généticien, ce médecin était jusqu’à présent connu par ces hautes fonctions de Président de la Ligue nationale contre le cancer et de Président de l’Université Paris-Descartes (2007-2011) ainsi que par la puvblication de ses Essais, à l’instar de L’Homme, ce roseau pensant ,  il l’est désormais pour son attitude courageuse face à sa maladie (un cancer). Il s’est ainsi manifesté dans les médias écrits et audio-visuels pour annoncer sa mort prochaine. Sur France Inter, il déclare ainsi : « Je suis en train de parcourir l’itinéraire final de ma vie. » C’est peu dire que peu de gens font cette déclaration et aborde la fin de leur vie avec autant de sérénité et un non mutisme. Peut-être même Axel Kahn est-il le premier médecin cancérologue au monde à présenter un tel rapport avec la mort ?

La raison en est pour le moins paradoxale dans la mesure où la cancérologie se définit comme la spécialité médicale qui s’intéresse aux tumeurs cancéreuses et où, si Kahn est cancérologue, on peut s’étonner qu’il assume l’échec de ce secteur médical. Bien sûr, en tant que spécialiste de cette maladie, il connaît la fragilité et la difficulté qu’elle rencontre à sauver les malades atteints de telles tumeurs. Son savoir de la faiblesse de la médecine l’a sûrement mieux préparé que ceux qui lui accordent une confiance absolue ! Sa démarche est donc doublement courageuse, d’abord parce qu’il accepte la mort qui se profile et d’autre part parce qu’il reconnaît implicitement (donc sans la dire) la limite de la médecine !

Cette attitude de Axel Kahn a donc un double mérite :

  1. Elle offre d’abord un Exemplum de courage aux personnes actuellement atteintes d’un cancer déclaré « incurable » par les médecins qui les suivent (au lieu de les guérir). Il faut se souvenir que dans la philosophie stoïcienne, celle de Sénèque, Epictète ou Marc-Aurèle, la liberté vaut mieux que la santé  (considérée par eux comme un « indifférent ») et que la première consiste à anticiper ce qui va arriver. Or, il va de soi que le médecin sait, en général, mieux que le malade, s’il va guérir ou mourir. Par un telle attitude médiatique, ce médecin invite donc les malades autant que les médecins à accepter et assumer ce qui arrive, à devenir des « sages » plutôt que des singes nourris de faux-espoirs. Rappelons la définition que donne Aristote du courage[1] : il est une vertu intermédiaire entre la crainte et la témérité. Dit autrement, celui qui croit que la cancérologie va la guérir est téméraire ; et celui qui craint la mort ignore la vie ! Le courageux est celui qui reconnaît la possibilité de sa mort tout en se battant pour sa survie
  2. Elle permet aux médecins de devenir lucides et honnêtes vis-à-vis d’eux-mêmes en reconnaissant les limites de cette médecine plutôt que de la brandir comme une source de gloire (pour les carriéristes) ou de guérison efficace (qui n’est pas le cas vu le nombre de morts soignés, mais non guéris par la cancérologie).

Pour rappel, ses mots qui, souhaitons-le, ne seront pas les derniers : « Ma maladie a été rendue publique à partir du moment où elle ne pouvait plus être tue. Je lutte contre le cancer et il se trouve que la patrouille m’a rattrapé. Moi aussi, j’ai un cancer, » a déclaré Axel Kahn, se retirant après près de cinquante années dédiées à la science[2] ». Gloire à vous, cher médecin rare, car sage et  fidèle à Pascal et à son roseau pensant qui se courbe devant le vent sans se laisser arracher !


[1] – Aristote : Ethique à Nicomaque, 1107a33-b1

[2] –  le 22/05/2021 : Rongé par le cancer, Axel Kahn accepte la mort et offre une belle leçon de vie (journaldesfemmes.fr)

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