Tribune libre.

Le premier aime la France tandis que la seconde hait[1] les étrangers. Zemmour propose aux étrangers de donner des prénoms français à leurs enfants tandis que la seconde souhaite ne plus avoir d’enfants d’immigrés[2]. Pour le magazine le Point, Marine déclarait  : « Je n’ai pas peur » de l’immigration, « Je considère juste que c’est néfaste pour mon pays. Je vois juste les effets négatifs d’une immigration clandestine, qui pèse sur nos finances publiques, qui est un des éléments de l’aggravation de l’insécurité dans notre pays, qui génère des troubles à l’ordre public, qu’on doit prendre en charge[3] », a-t-elle ajouté. 

Et auparavant, elle avait pourtant dit sur une chaine de tv : « Je n’ai pas de sentiment négatif à l’égard des étrangers, je n’ai aucune haine, je n’ai aucune peur, d’ailleurs, des étrangers [4]», a affirmé la dirigeante d’extrême droite et candidate à l’Élysée sur BFM TV ». D’un autre côté, que le juif Zemmour soit fier et content de s’appeler Zemmour, témoigne de son intégration et de son désir d’intégrer les étrangers.

Un de mes amis se prénomme Mohammed, mais exige de moi que je l’appelle Momo. Si ses parents l’avait appelé Maurice, le réflexe  des amis de cet enfant aurait spontanément été de le surnommer Momo! Ainsi va la vie et la nécessité de s’adapter au pays et à la civilisation où ils décident de vivre en y intégrant leurs enfants par leur prénom, ce qui constitue une faible concession. Le patronyme de ces enfants reste d’ailleurs un de leurs liens avec leur pays d’origine tandis que le pré-nom, inspiré du pays où ils vivent, témoigne de la volonté  des  parents de voir leurs enfants s’intégrer à une autre culture qu’ils aiment. Il va de soi qu’en refusant de donner un tel prénom, les parents ne souhaitent nullement adapter leurs enfants à un pays qui, au fond, n’est pas le leur. La fille de Victor Hugo, Leopoldine, a fait l’objet d’un poème où son prénom n’apparaît pas puisqu’elle a disparu. Il s’agit de Demain dès l’aube. Comme quoi, le prénom joue un rôle important. Dans certains pays d’Afrique où le taux de mortalité infantile est élevé, les parents ne donnent un prénom à leur enfant que lorsqu’il il atteint l’âge de 7 ans !

Peut-être que Demain, pour leurs enfants vivant en France, les français issus de l’immigration donneront à leurs enfants un prénom courant ou rare, mais inscrit dans la tradition de ce pays.

Hugo cite cependant un prénom très courant dans l’un de ses poèmes :

« Ordre du jour de floréal
Victoire, amis ! je dépêche
En hâte et de grand matin
Une strophe toute fraîche
Pour crier le bulletin.
J’embouche sur la montagne
La trompette aux longs éclats ;
Sachez que le printemps gagne La bataille des lilas.
Jeanne met dans sa pantoufle
Son pied qui n’est plus frileux ;
Et voici qu’un vaste souffle
Emplit les abîmes bleus.
L’oiseau chante, l’agneau broute Mai,
poussant des cris railleurs, Crible l’hiver en déroute
D’une mitraille de fleurs.
 »

 A noter qu’à la différence des musulmans, les enfants chinois nés en France portent des prénoms bien français ou, pour le dire autrement, comment « l’intégration chinoise est une affaire de prénoms[5] ».


[1]– Haïr : sentiment d’aversion ou de répulsion envers une personne ou un groupe, qui pousse à mépriser ou à vouloir détruire ce qui en est l’objet

[2]– Son père, Jean6Marie Le Pen déclarait ainsi le 27 janvier 2002 pour sa candidature à l’élection présidentielle: Le processus de destruction de la France est d’autant plus féroce que cet amour inconsidéré de l’étranger se double de la création ex nihilo d’un formidable complexe de haine de soi au sein de la population française.

[3]– Le Point,  Marine Le Pen : « Je n’ai aucune peur des étrangers », 12 mars 2021

[4]– Le Point, idem. Quant elle dit qu’elle n’a pas de haine, c’est pour tenter de démentir ce qui transpire évidemment de son comportement et de ses    

[5]– titre de l’article de Anne Diatkine, Libération, 17 février 2007

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