Par Jean-Philippe Delsol, avocat, Président de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales (IREF)

En France, l’audiovisuel public est extrêmement important : France Télévisions, qui compte quatre grandes chaines (2,3,4,5) outre les chaînes d’outre-mer, Arte, Radio France ( France Inter, France Info, France Culture, France Musique, France Bleu…), France Médias Monde (Radio France internationale, les chaînes France 24 et TV5 Monde).  Ce qui a un coût important pour les contribuables.

Radio France, France Télévisions et France Médias Monde, observe Eric Zemmour, c’est 3,6 milliards d’euros, soit plus que le coût de l’administration pénitentiaire (3,3 milliards). Il propose de privatiser deux chaînes de télévision généralistes : France 2 et France Info TV ainsi que trois radios : France Inter, le Mouv et FIP et d’en transférer d’autres aux régions : France 3 et France Bleu. Parallèlement il supprimerait la Redevance publique qui coûte 138€ par an à chaque ménage et constitue la principale ressource de ce secteur public. Marine Le Pen a exprimé son envie de privatiser Radio France et France Télévisions. Valérie Pécresse a fait savoir que pour elle ce n’était pas un tabou.

Les défenseurs de l’audiovisuel public soutiennent qu’il garantit une information neutre reposant sur « l’équilibre de toutes les sensibilités politiques, la modération, et l’indépendance » comme le dit Jean-Louis Missika dans une note rédigée en octobre 2021 pour Terra Nova.Mathieu Gallet, ancien patron de Radio France, ajoute que le service public « éclaire le citoyen au moment où il vote en lui expliquant les enjeux sociétaux et historiques alors que les médias d’opinion ont pris énormément de poids ». Sauf que de l’avis général il est reconnu que l’audiovisuel public exprime principalement des opinions qui vont du centre gauche à l’extrême gauche. Il s’agit donc d’une neutralité très orientée !

Certes, on peut comprendre qu’autrefois, l’Etat ait voulu disposer d’un canal d’information pour transmettre ses messages. Mais est-ce encore utile à l’heure d’internet ? Et pourquoi posséder tant de médias publics ? Les Etats Unis n’en ont pas, sinon très marginalement, et n’en ont pas besoin pour être la plus grande puissance mondiale. La France défend l’idée que les médias publics ont moins de publicité, mais la différence est bien maigre et ne vaut pas 138€ par an.  La Constitution française protège « la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias », mais ne prévoit pas que les médias soient publics ! En dotant les journalistes du service public du statut de fonctionnaire, l’Etat empêche qu’ils puissent être licenciés ou sanctionnés quand ils ne respectent pas – et ils en sont coutumiers- le principe de neutralité. Mais des médias publics, ce sont aussi des médias qui risquent de tomber sous la coupe du pouvoir comme en Russie ou en Biélorussie, en Pologne ou en Hongrie, ce qui n’est pas mieux.

Il est d’autant plus opportun de s’interroger sur l’existence des médias publics que le financement par la Redevance devient problématique. Jusqu’à présent, celle-ci était perçue en même temps que la taxe d’habitation. Mais M Macron a supprimé cette taxe. Le recouvrement de la Redevance devient donc très coûteux en proportion de son produit. Son produit brut a été de 3,8Md€ en 2019, mais les coûts de dégrèvement et recouvrement ont représenté 600M€ environ.

Alors que le nombre de Français ayant un téléviseur diminue chaque année et que les chaines privées ont démontré des qualités au moins équivalentes à celles du public, pourquoi faudrait-il que l’Etat dépense encore de l’argent public pour financer des médias dont le caractère public n’est plus justifié, s’il l’a seulement jamais été. L’idée que l’Etat s’occupe du divertissement audiovisuel des Français est obsolète et dangereuse. Il vaudrait mieux privatiser les médias publics et réduire les règlementations et les impôts qui handicapent les sociétés françaises de production et de télévision pour leur permettre de lancer de vraies plateformes capables de concurrencer les Netflix, HBO Max ou Disney.  Ce dont le service public est incapable ainsi qu’en a témoigné l’aventure déjà à moitié avortée de France Télévision dans le capital de Salto.

Jean-Philippe Delsol

1 COMMENTAIRE

  1. En France, le pouvoir réel est concentré entre les mains de moins de 1% de la population (gouvernants et dirigeants des grandes organisations).

    Assez logiquement, les médias appartiennent aux mêmes personnes.

    Connaissez-vous leur dernière blagounette ?

    La Cinquième République serait un régime démocratique !

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