Guerre d’Ukraine : halte au feu !

Tribune. Il s’agit manifestement d’un conflit local dans lequel la France s’est laissée attirer malgré son statut de puissance nucléaire, membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU.

Ni la France ni l’Europe n’ont un intérêt direct évident à ce que le Dombass appartienne à la Russie ou à l’Ukraine, et pourtant elles payent  le prix économique  de ce conflit.

Une Europe unie et pacifique devrait inclure en son sein évidemment tant la Russie que l’Ukraine, mais le sentiment d’aversion que suscite l’existence de cet énorme état-continent est tel que les chancelleries européennes se sont alignées derrière la puissance américaine, qui  ne voit dans la Russie qu’un rival à éliminer dans la compétition pour la domination du monde.

Et c’est une erreur tragique. Nous savons depuis les visites de Voltaire à Catherine II, que la Russie est notre cousine et qu’elle désire avant tout partager avec l’Europe le leadership de la culture occidentale. Son tropisme n’est pas en Asie, c’est une évidence. La campagne de Russie comme la guerre de Crimée des deux Napoléon sont des querelles de famille, et la seconde est la revanche du neveu pour la première perdue par son oncle.

Ainsi était l’Europe avant l’invention de l’arme nucléaire. Quand Napoléon III justement initie l’unité italienne en confisquant la péninsule à l’Empire Austro-Hongrois, c’est la punition de la trahison de Francois, Empereur d’Autriche et beau-père de Napoléon 1er pour avoir rejoint les armées coalisées par l’Angleterre à Waterloo. A cette coalition appartient la Russie, c’est dire si elle est pleinement européenne. La politique aveuglement suiviste poursuivie par l’Europe  dans le conflit est suicidaire.

Apres la guerre il faudra faire la paix, et ce n’est pas en injuriant l’un des deux belligérants, ou les deux, qu’on y arrivera quand il faudra déposer les armes. La Russie a sa place parmi nous, interdire aux ressortissants de ce pays de voyager est une ineptie qui vise à couper définitivement les ponts pour que les peuples ne se comprennent plus à l’avenir, et c’est d’une bêtise monstrueuse. Derrière les dirigeants, si fous soient-ils, il y a les peuples. Il ne faut pas l’oublier. L’objectif c’est la coexistence pacifique entre les peuples, ce n’est pas le marché, « l’intendance » comme disait le général De Gaulle.
Il ne faut pas approuver le jusqu’au boutisme imbécile, même quand il se pare de considérations humanitaires, car ce qui se joue c’est la poursuite  de la culture européenne dans ce conflit.

Les russes comme les ukrainiens sont nos cousins, nous en avons besoin à l’avenir pour poursuivre l’oeuvre tracée sur notre continent depuis déjà deux millénaires au moins. Qui ne voit qu’en Ukraine se joue aujourd’hui le legs de la postérité d’Auguste ?

Pour résumer à gros traits, l’Amérique se veut la fille de l’Empire romain d’Occident et la Russie l’héritière de Byzance, soit l’Empire romain d’Orient. Dans les deux cas c’est Rome la mamelle nourricière. Voulons-nous à toutes fins que ni l’un ni l’autre ne l’emporte dans un cataclysme aussi funeste qu’idiot ?

Cessons de jouer les boute-feux ! La raison doit l’emporter et pour cela il faut cesser de nourrir le brasier par des déclarations extrêmes. Il faudra un cessez-le-feu, il faudra des concessions et il faudra in fine que personne ne l’emporte sur  l’autre. La paix c’est la concession et peut-être la frustration, mais c’est la paix et rien ne la vaut.

Halte au feu! Oui, halte au feu pour éviter la catastrophe que poursuivent obstinément les songe-creux qui nous gouvernent. La moraline a envahi l’espace politique tant national qu’international et sa gluance masque tout entendement possible. Jaquadits et perroquets se succèdent sur les canaux pour souffler sur les braises.

Pitié pour vos leçons, Tartuffes et Diafoirus qui sonnez le tocsin, la vie comme le disait si joliment Georges Brassens c’est le seul luxe qui reste au populaire: « Mourrez si vous voulez mais de grâce laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici bas ».

Après le Concile de Nicée, quand Rome fut devenue chrétienne et le pape l’héritier de Cesar, le limes se déplaça et des marches de l’est gagna les rives perdues du sud qu’avaient désertés les oracles milesiens.

Une nouvelle fois le sort de l’humain se joue sur un conflit dont l’importance vitale est masquée par des passions  subalternes. L’Europe s’est suicidée une première fois en 1914, évitons qu’elle ne recommence  en Ukraine.

Halte au feu!

Jean-François Marchi

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