Tribune. Par Henri Fouquereau.

Un modèle inspirant pour 2022?

1958 : le Général de Gaulle revient  à Matignon, appelé par le Président de la République René Coty qui nomme le plus illustre des Français au poste de Président du Conseil, Le Général  sera le dernier « Président du Conseil » de la IVè République, René Coty le dernier Président de la  République de cette 4ème République.

Que trouve le Général en arrivant à Matignon en 1958 sur le plan des finances et de l’économie ? Une situation préoccupante sur le plan économique, quasi catastrophique sur le plan des finances :

  • Des réserves en devises  inexistantes
  • Une balance des paiements  lourdement déficitaire
  • Une dette extérieure qui dépasse l’entendement
  • Une  situation de la trésorerie alarmante
  • Tous   les budgets sont  en déséquilibre, (Déséquilibres entassés chaque année sur les déséquilibres précédents). 1957  déficit égal à 5% du PNB,
  • Nos achats à l’extérieur ne sont pas compensés par le produit des ventes
  • Pour calmer les demandes, les salaires ont été augmentés sans que la productivité  le soit, d’où ces nombreux déséquilibres

Rappelons qu’un mouvement, vient d’envoyer 80 députés à l’Assemblée. Il défend artisans et commerçants menacés par la transformation des habitudes de consommation et par le manque de défense juridique de ces catégories socio- professionnelles.

  • Le Franc vient de perdre 20% de sa valeur
  • 500 000 militaires français sont engagés Algérie avec armes et bagages, dépenses faramineuses pour un pays à la limite du défaut tant sur le plan monétaire que financier
  • Le monde entre dans celui de la compétition, alors que la France n’est pas préparée pour une telle  situation.
  • Le budget reste déficitaire et les réserves de change inexistantes (630 millions)
  • Mais surtout, la France est dans l’incapacité de répondre aux engagements internationaux qu’elle a pris

La priorité des priorités est de préparer la France à la compétition internationale, – car elle a déjà perdu, avec la IV è,  la moitié  de ses parts dans le marché mondial.

Nos défauts, le Général les connaît et les a, à maintes fois décrits :  l’individualisme,  les fameux ferments de la dispersion, un certain refus des élites trop souvent contestées, ce que je résume en disant  La France préfère les Poulidor aux Anquetil, les petites initiatives avec un haut le cœur lorsqu’il est question de se rassembler, de s’unir de travailler en commun. La machine  a été mal acceptée, la France n’aimait pas son industrie.

L’industrie française ainsi que l’économie sont trop protégées pour être  compétitives dans ce monde où la concurrence devient âpre et alors qu’il faut être capables de faire mieux que les autres, surtout au niveau des prix de production. La productivité par tête n’est pas non plus à la hauteur

Manque aussi, ce qui nous a toujours manqué : Le savoir vendre, véritable métier que l’on doit apprendre , mais qui  est, chez nous,  toujours considéré, et pratiqué  comme du maquignonnage  

Malgré ces défauts qui nous pénalisaient dans ce monde où la concurrence devenait le pilier central imposé par  l’Amérique, le Général a décidé de poursuivre l’oeuvre  entreprise dés  le 18 juin 40 : Aprés avoir libéré la France il entreprend  de la  redresser.                         

N’importe qui aurait pu être terrifié par la situation :  le Général ne l’est pas  il sait qu’en matière d’économie et de finance, il n’existe qu’un seul remède ; LA CONFIANCE. Son arrivée  à Matignon la  ramène : la  preuve : le Général   lance un emprunt LE 17 JUIN 1958 , il  sera couvert en 3 jours.

L’Etat  peut ainsi régler ses dettes, et permet à la France de remplir ses devoirs suite à la parole donnée TOUT EST DESORMAIS POSSIBLE

Mais pour en arriver là,  il a fallu envoyer des messages aux Français, les rencontrer , leur expliquer et ne rien leur cacher  de la situation. Le Général a visité 29 départements, rendu visite à l’Algérie puis à 12 pays d’Afrique, catastrophe de Malpasset : 500 morts, il est venu à Fréjus, j’en ai été témoin

Partout, Il a émis  des propositions  pour redresser le pays:  d’abord  l’effort, ensuite  l’effort, enfin  l’effort, tout cela avec un appel à la nécessité du   rassemblement

Il stabilise  la  situation, puis  commence  le redressement de la France

Partout  il fera passer le message de la vérité, celui de la rigueur, il déléguera aux  élus, aux Chefs d’entreprises, aux  Présidents d’associations, qu’il a rencontrés, chacun doit  participer ,  diffuser  le message, et faire appliquer les principes énoncés

Il use de PEDAGOGIE  pour susciter l’adhésion, puis l’application, – stabilité des prix, équilibre du budget, soutien aux investissements ; Il fait part à tous  que seule la grandeur de la France peut sortir le pays de l’ornière. Mais aussi,  il fait partager son sentiment sur l’obligation de l’indépendance, sur l’honneur, sur la grandeur de la France, vertus qui s’opposaient à la rage des bourgeois français à vouloir effacer la France à tout prix.  (Jean Mauriac)

D’abord une politique économique doit se prévoir et ce sera le Plan qui fixera des objectifs, qui établira les urgences, qui fera entrevoir le sens de ce qui est global, qui ordonnera et constatera.

Pas facile à établir au pays des Gaulois, mais la chose sera installée et fonctionnera – Ce Plan  favorisera  la productivité collective, amènera au rassemblement des activités afin de protéger nos productions contre la globalisation  « américaine » qui s’est mise en place

La recherche doit être effectuée par l’ensemble des entreprises et elle le sera

Cette politique encourage l’esprit d’entreprendre, volet important de la politique du Général, Sans cet accent mis sur la recherche à effectuer ensemble et l’encouragement à entreprendre, rien n’aurait été possible

Le résultat : le redressement qui permet de fortifier la valeur de la monnaie

L’emprunt réussi permet de payer une fois encore les factures et de faire repartir la machine -324 milliards DE FRANCS entrent dans les caisses,

Mais il y a aussi le retour en France de 150 tonnes d’or, retour qui mérite une explication  : Encore Breton Woods, les américains financent depuis 44 leurs déficits par l’émission de dollars qui devenaient les réserves de leurs partenaires (clients)

Drôle d’engeance : l’Amérique fabrique de la « fausse » monnaie que les autres lui achètent, cette dette sera considérée et est toujours considérée comme une valeur et va s’entasser dans les coffres des autres. Le Général se méfie, il impose aux Américains de nous rembourser en OR, comme prévu par les accords de Bretton Woods 85% des dollars que nous détenons. L’Amérique accuse alors la France du Général d’être la destructrice du Système monétaire International Les Américains ont tort sur une chose : le SMI n’était pas un système mondial mais un système américain, en réalité ce n’était même pas un système monétaire, mais une servitude, ceux que certains en France ont nommé le système maudit

Tous les autres Etats ont plié la tête en disant merci notre bon maître, le Général n’a pas cédé, bien au contraire, il fut une fois encore, l’honneur de la France

LE CREDIT DE LA FRANCE EST RELEVE, mais il reste encore à faire :

-Les prix agricoles sont trop élevés,le général indexe les prix sur un indice. -Les prix baissent, les Français peuvent à nouveau consommer

-Les produits de luxe sont taxés, ce qui rapporte 50 milliards de Francs

-Le Crédit est nationalisé, c’est à dire contrôlé ce qui permet un certain investissement réel et d’éviter la constitution de  bulles, toujours génératrices de crises

-La production à l’export est privilégiée, notre balance des paiements s’équilibre

LA FRANCE REDEVIENT  INDUSTRIEUSE, ELLE CHANGE DE STATUT ET DE STATURE

Une commission est installée, elle sera présidée par Jacques Rueff

Première action : arrêt de l’inflation par une compression des dépenses publiques et  l’augmentation des recettes

Arrêt de la création monétaire artificielle

Le fin du fin, on freine la consommation qui s’emballe pour que l’épargne s’accroisse et s’investisse dans la production. La garantie de l’Etat suffit aux Français pour avoir confiance, ils prêtent, ils investissent, ils permettent à la machine de fonctionner, de gagner.

On réduit les subventions versées aux entreprises nationalisées

On arrête le versement des retraites d’anciens combattants

On augmente les impôts sur les stés et les gros revenus

Augmentation des taxes sur l’alcool, le tabac, sur le gaz et l’électricité 15%)

Aide aux revenus modestes

Le Franc redevient convertible , l’étranger  le rachète – les choses vont mieux.

Puis vient la libéralisation des échanges, la France peut se dégager du joug, imposé par la situation antérieure, parce qu’elle est redevenue compétitive

Si pendant la IVè nos élites ont évité l’évolution imposée par le début de globalisation, ce qui nous a rendu non compétitifs ; le Général impose aux gens du Plan de modifier la donne : Le Pays doit être prêt à supporter les changements du monde

L’entreprise doit devenir compétitive en cessant d’être protégée, c’est la  grande révolution imposée par le Général, l’autre celle de la Participation devra malheureusement attendre

Il y aura le passage du Franc au nouveau Franc : 1er janvier 1960 , message envoyé : « La France garantie l’avenir »,

Message reçu 5/5, la récession cède la place à la reprise et à la croissance, nos exportations dépassent nos importations, permettant l’entrée de devises, la bourse reprend (le nombre de transaction est multiplié par 2).

Croissance en 1960 : 7,9%  + 6,8% en 1968.

La production industrielle augmente de 5% l’an.

Nous résistons fort bien désormais à la concurrence étrangère.

Cette politique économique et financière possède des résultats incontestables

Elle ramène la France sur les plus hautes marches du podium. Pour résumer établissons le bilan succinct mais parlant :

  • Le PNB a augmenté dans des conditions uniques en Europe
  • Les investissements productifs  sont passés à 18% du PIB (en dessous de 4% décennie 2010)
  • Les constructions scolaires ont été multipliées  par 4
  • Les constructions hospitalières   par 10
  • Le logement 300 000 constructions  avant 58, = 500 000 ensuite
  • Budget de l’éducation nationale passe de 12,5% à 19,9% du budget nal
  • La progression du pouvoir d’achat des Français a été de 4% l’an
  • La consommation des ménages de 58 à 69  a progressé de 56%
  • Les taux d’équipement  sont passés de 28 à 53%
  • Les transferts sociaux  ont progressé de 12,6% l’an
  • Les prestations familiales de14,2%
  • Les retraites ont gagné  16,5%

Nous pourrions ainsi ajouter des lignes et des chiffres, mais ce bilan doit suffire à expliquer aux Français ce qui a été fait, ce qui a été réussi, mais plus encore, nous Français avons le devoir de dire merci au Général car  si la France est toujours dans le peloton de tête des nations et si nous pouvons distribuer encore, c’est grâce à l’oeuvre du Général,

La situation depuis son départ s’est dégradée,  si nous avions continué sur la lancée de 58 à 69, notre PIB serait de plus du double (M.Allais)

Que s’est-il passé depuis pour que nous ayons replongé vers le bas ?

Les clans, les camps et les partis ont repris leurs luttes afin de conserver les avantages de leurs cadres politiques.

Sous Pompidou, tant que Chaban s’est trouvé à Matignon, la France a continué à progresser, puis le combat entre castes, clans, camps et partis, a repris, le très court terme, privilégié au mépris du long terme. La vision (le long terme) a ainsi disparu , plus de Plan, de la politique au jour le jour, le pacte d’honnêteté qui reliait le pouvoir et l’épargne s’est effacé – les idéologies sont revenues sur le devant de la scène, des hommes , pour être élu ont laissé croire qu’ils appartenaient à telle ou telle famille politique : Pompidou n’a jamais été gaulliste, Giscard, n’a jamais été centriste, Mitterrand n’était pas de gauche,  Chirac était Radical socialiste et certainement pas gaulliste. Pour leurs successeurs, toute notion d’appartenance à une famille était d’un autre temps, la pensée unique était véritablement devenue unique , les partis des syndicats d’ambitions personnelles -Les Lions qui nous gouvernaient ont laissé la place aux renards toujours à la recherche de quelques dépouilles. Nous avons vécu 4 décennies d’humiliations, de délocalisations de chômage et de désespoir alors que la France ne peut être la France sans la grandeur,

NOUS AVONS PERDU DE LA HAUTEUR, le parti de l’étranger, associé au parti  de l’argent a gagné : les Patries sont toujours livrées par les possédants, nous en sommes là

Manque d’hommes, manque d’idées, manque de volonté

les derniers géants ont été Le Général de Gaulle, Jacques Chaban Delmas, Philippe Seguin, Jean Pierre Chevènement,

Existe-t-il encore un espoir ?  Nous ne pouvons rester sur un NOUS AVONS FAIT CE QUE NOUS AVONS PU, alors reprenons ensemble «  la flamme de la résistance ne s’éteindra jamais » car nous nous engageons à sans cesse,  la ranimer.

Henri Fouquereau

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