Par Emmanuelle Ertel

Qu’ont en commun, Spark, Zagatub ou encore Platform A ? Des appellations originales, des entreprises novatrices entre leurs murs, mais aussi, et surtout, un modèle particulier : ces accélérateurs de startups, lancés par de grandes entreprises, permettent à ces dernières de rester à la pointe de l’innovation. Ce type d’initiatives, de plus en plus répandu, débouche souvent sur des partenariats aux avantages réciproques, qui pourraient apporter un nouveau souffle à l’économie française.

Pour les startups, un nid pour croître sereinement

Dans l’univers des startups, l’accélérateur est souvent perçu comme l’étape qui succède à l’incubateur. Une fois le produit de l’entreprise innovante commercialisé, celle-ci intègre une structure lui permettant d’élargir sa clientèle. La startup y trouve alors un écosystème favorable à son développement. La présence d’autres jeunes entrepreneurs lui permet d’échanger de bonnes pratiques et expériences, de se constituer un réseau, tout en bénéficiant du suivi d’experts internes ou en partenariats avec l’entreprise-mère. Ces derniers lui apprennent à mieux gérer, manager ou designer son produit, et plus encore. Zagatub par exemple, accélérateur lancé par la société Butagaz, propose aux startups couvées de tester leurs produits face à la clientèle de la maison-mère, à travers une plateforme internet dédiée. Quant aux startups intégrées à l’accélérateur Spark, initié par Microsoft, elles peuvent profiter de partenariats avec d’autres grands groupes tels qu’Intel ou Bouygues Telecom.

Au-delà de l’accompagnement classique, les accélérateurs corporate présentent deux avantages non négligeables. Tout d’abord, c’est un moyen pour les startups d’obtenir un soutien à leur développement commercial. Les programmes s’adressant aux entreprises ayant achevé leur phase de R&D permettent aux jeunes pousses de passer du statut de PME à celui d’ETI tout en se focalisant sur la performance du service commercialisé. Autre avantage, les startups suivies évoluent la plupart du temps dans des domaines proches de ceux de la maison-mère, ce qui crée une complémentarité à deux niveaux ; entre elles-mêmes puis avec le groupe les accueillant.

Pour l’entreprise-mère, un levier d’innovation par l’agilité

Pour les entreprises-mères, l’intérêt premier de lancer un accélérateur est de rester à la pointe de l’innovation. A travers l’exemple récent de Plateform A, Adidas entend fournir à sa clientèle des produits en avance sur leur temps en alliant les savoir-faire de treize start-ups internationales de la santé, la vente et le numérique. L’accélérateur constitue alors une arme redoutable pour faire face à la concurrence de plus en plus agile.

Ce genre d’initiatives est aussi l’occasion pour l’entreprise d’élargir son cœur de métier. Auparavant centrés sur la transformation digitale des entreprises par exemple, certains grands groupes entendent désormais proposer à leur clientèle une offre variée de services gravitant autour du parcours client, démarche de plus en plus visible dans le marché BtoC. La création de l’accélérateur de startups, dont les produits et services sont mis à disposition des clients de ces sociétés, leur permet ainsi d’atteindre leur objectif stratégique. L’un des objectifs de Zagatub est de permettre à Butagaz d’implémenter une transformation de son offre. En plus de fournir de l’énergie à ses clients, l’entreprise compte en effet développer d’autres services centrés autour du confort à la maison. Elle s’appuie donc en partie sur les services proposés par l’accélérateur de startups qu’elle a initié pour mener cette transformation.

Enfin, ces structures peuvent dynamiser l’image de certaines entreprises à la recherche de leviers autour de la réputation. Ce type de projet peut ainsi offrir à la maison-mère une image d’entreprise engagée, tournée vers le tissu économique français et en phase avec la modernité, que le grand public valorise de plus en plus [1]. Parmi les 30 entreprises préférées des Français, celles jouissant de la meilleure progression en 2018, à savoir SNCF et La Poste, peuvent chacune compter sur leurs accélérateurs (Start’in Post pour La Poste et Programme Air ou encore Oui Link pour SNCF) afin d’améliorer ou diversifier leurs offres.

Pour l’économie française, un souffle nouveau

Ce principe d’accompagnement de jeunes pousses à la croissance souvent très rapide peut également influer sur les créations d’emplois dans l’hexagone. D’après le Boston Consulting Group [2], les startups françaises permettront d’ici 2022 la création de 400 000 emplois. Ce chiffre, qui peut paraître optimiste au vu du nombre de postes créés par les startups en 2018 (environ 11 000), ne sera d’après cette étude atteignable que si l’accompagnement de ces entreprises innovantes s’améliore. Aujourd’hui, seulement 40 % des startups bénéficieraient d’un accompagnement propice à leur développement, à travers des accélérateurs ou des incubateurs. Si l’on souhaite avoir plus de startups en forte croissance, avec une grande capacité d’embauche, l’accompagnement se doit alors d’être plus ciblé et à même d’adresser les problématiques des entreprises concernées.

Ces accélérateurs et la dynamique qui y est associée semblent constituer un levier de croissance 3 en 1 : en plus de permettre aux startups de croître, ils maintiennent les groupes les accueillant à la pointe de l’innovation, tout en élargissant leurs offres de service. A l’échelle nationale, leur développement pourrait apporter à l’économie un souffle nouveau, créateur d’emplois. Un combo intelligent dont il faut sans plus attendre « accélérer » le déploiement en France !


Emmanuelle Ertel est directrice de la communication et de l’innovation chez Tessi. Elle est également fondatrice de l’accélérateur Pépites Shaker


[1] Korn Ferry, étude sur l’engagement des employés, 2018

[2] https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-400-000-emplois-crees-par-les-start-ups-francaises-d-ici-2022-71460.html

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