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Charles Gave : “Quand une élite est incompétente, il faut la virer”

Entreprendre.fr

Avec "Sire, surtout ne faites rien", l'économiste Charles Gave publie aux éditions Jean-Cyrille Godefroy un nouveau livre rafraîchissant, pédagogique et, cerise sur le gâteau, souvent désopilant : "J'essaie toujours d'expliquer aux gens que les choses ne sont pas aussi compliquées qu'on veut bien le dire. Et qu'il n'est pas interdit d'en rire". Rencontre avec un financier bienveillant, dont le sourire malicieux désarmerait les plus acharnés des anti-libéraux.

 Que pensez-vous du résultat des élections américaines ?

 

Cela touche à quelque chose d'assez profond, dont je parle à mes clients depuis deux ou trois ans : il y a, un peu partout, une révolte des peuples. Nous avons une ploutocratie technocratique qui a pris le pouvoir voilà une quinzaine d'années et qui gère les Etats, ainsi que les monnaies, à son bénéfice exclusif. Et qui, en plus, passe son temps à expliquer au peuple qu'il est idiot. Cette classe dirigeante n'écoute pas, elle est confite dans sa propre perfection.

 

Les archétypes en France sont Attali, Alain Minc, BHL : ils ne comprennent pas qu'ils vont se faire écraser par un train qu'ils n'auront pas vu arriver. Comme l'écrivait Charles Péguy : "Les patries sont toujours trahies par les intellectuels et défendues par les gueux".

 

 

 L'euphorie boursière qui a suivi l'élection de Trump est-elle un signe rassurant, selon vous ?

 

Oui, je l'attendais. Et je l'avais annoncée, d'ailleurs. Cela fait 15 ans au moins que les Banques Centrales, les Etats, fabriquent des faux prix, sur la monnaie, sur les taux de change, partout. Ils font monter les marchés "à la main". Je suis intervenu dans une conférence à New York il y a deux ou trois ans et celui qui parlait après moi s'appelait Lord King. Il venait de quitter la Banque d'Angleterre, comme gouverneur. Quelqu'un lui a demandé : "Quel est le plan à long terme de la FED ?". Il a répondu en riant : "Empêcher que le marché ne baisse la semaine prochaine".

 

Tout le monde sait qu'aujourd'hui, dans le système économique, vous avez des investissements qui ont été faits depuis 5 à 10 ans sur des faux prix. Si Trump, une fois au pouvoir, remet les choses d'équerre, le capitalisme va pouvoir recommencer à fonctionner à l'avantage de tout le monde. Donc pour les années qui viennent, les gestions indicielles risquent fort de se faire massacrer. Ce qui ne me fera pas de peine d'ailleurs, puisque c'est une paresse de l'esprit.

 

 

 Cette victoire de Trump n'est-elle pas également le signe d'une révolte des entrepreneurs contre Wall Street ?

 

En effet, c'est la rébellion des gens pour qui le rêve américain est une chose importante, contre ceux qui bénéficient des structures de pouvoir, en particulier financières, pour s'enrichir sans cause.  S'il existe un peuple que le spectacle d'une richesse qui n'est pas la sienne ne gêne pas, c'est bien les Américains. Autant un homme comme Bill Gates, qui a fait sa fortune avec Microsoft, qui a pris des risques et qui a rendu service à tout le monde, incarne le rêve américain dans sa perfection, autant les gens qui travaillent chez Goldman Sachs, qui s'enrichissent comme des fous parce qu'ils sont copains avec la Banque Centrale, sont aujourd'hui montrés du doigt.

 

La force des Etats-Unis, c'est, d'une certaine manière, l'égalité devant la loi. Au moment du Watergate, ils ont mis 57 personnes, dont le ministre de la Justice, en prison. Quand, sous Reagan, il y a eu les grandes crises des "sellings and loans", c'est à dire les Caisses d'Epargne de l'époque, ce sont 4000 dirigeants de ces établissements qui ont été incarcérés. En 2008, nous avons eu la crise financière la plus importante depuis les années 30 et personne n'a été inquiété.

 

 

 "Le pire ennemi de l'entrepreneur", écrivez-vous, c'est "l'homme de Davos". Comment décririez-vous ce spécimen ?

 

L'homme de Davos, c'est précisément celui qui cherche à s'enrichir par complicité avec les Etats, qui pratique ce qu'on appelle le "capitalisme de connivence". C'est quelqu'un qui essaie de se créer des rentes. Et la rente, en bonne théorie économique, c'est l'ennemi du profit.

 

Il est évident que l'entrepreneur qui a bien réussi essaie de transformer son profit en rente. A ce moment-là, c'est le rôle de la concurrence et de la législation de l'en empêcher. L'homme de Davos, c'est celui qui cherche une rente sans avoir créé de profit avant, uniquement par ses contacts politiques. C'est quelqu'un dont la place, dans un pays normal, est en prison.

 

 

 Steve Bannon, l'un des conseillers de Trump, distingue, d'une part, le capitalisme de "connivence" ("crony capitalism"), le capitalisme libertarien (qui tend à assimiler les hommes à des matières premières) et de l'autre, le capitalisme "éclairé" par les valeurs judéo-chrétiennes. Qu'en pensez-vous ?

 

J'ai publié en 2005 un livre qui s'appelait "Un libéral nommé Jésus", qui montrait que toutes les valeurs qui ont amené au développement de la démocratie viennent de l'Evangile. Le capitalisme, dans un pays qui n'a pas de racines chrétiennes très profondes, amène automatiquement aux deux premiers excès auxquels Bannon fait référence. A mon sens, un capitalisme qui ne respecte pas l'égalité de chacun devant Dieu ne peut pas marcher, car cela vous amène soit à l'esclavage soit à la révolte des esclaves.

 

 

 Nombre de vos collègues économistes sont très hostiles à une éventuelle sortie de l'Euro. Pas vous. Pour quelles raisons ?

 

Je n'ai jamais eu peur d'un retour à la liberté. Comme disent les Allemands : "Il vaut mieux la fin de l'horreur qu'une horreur sans fin". On ne peut pas maintenir dans un taux de change fixe des gens qui ont des productivités différentes. Quand l'Euro est sorti, j'ai écrit un livre qui s'appelait "Des lions menés par des ânes", qui annonçait que la monnaie unique allait créer trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France et trop d'usines en Allemagne.

 

L'Euro est une stupidité, et je suis poli, qui a été mise en place dans l'espoir de créer un Etat européen. Cet Etat, les peuples n'en veulent pas. Ils l'expriment au travers des référendums. Moi, j'étais partisan de l'Europe de la subsidiarité, celle de l'Eglise Catholique. Ces grands incompétents que sont Trichet et Delors ont essayé de nous faire un Etat européen sur le modèle de la Rome Antique.

 

Toutes les tentatives de recréer l'Empire romain, ce fantôme qui hante l'Europe, se sont toujours terminées dans le sang et dans les larmes. Ils ont essayé une nouvelle fois. Ça va échouer une fois encore. La "destruction créatrice" de ce brave Schumpeter vaut aussi pour les systèmes institutionnels humains.

 

 

 Dans ce contexte, quel avenir envisagez-vous pour la France ?

 

Le drame de notre pays, c'est que les hommes politiques sont trop souvent choisis dans la fonction publique. Si vous êtes fonctionnaire, c'est que vous n'aimez pas le risque. Toutes nos lois, toutes nos règlementations - comme le principe de précaution - sont décidées par ce genre d'individus.

 

Or, la noblesse du capitalisme, c'est justement la rémunération de la prise de risque. Tout le contraire du capitaliste de connivence qui dit : "Si ça marche, c'est pour moi. Si ça échoue, c'est pour le peuple". Ce qui est moralement inacceptable. Quand une élite est incompétente, il faut la virer, sinon c'est le pays qui saute. Nous y sommes.

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