Tribune.

La vie, c’est bath comme le disait un connaisseur.

Hormis la terminologie un peu désuète empruntée pour l’occasion, qui dénote son amateur de voitures miniatures Dinky Toys et de roudoudous et boules de coco, comme il avait raison! Il en est hélas de la vie advenu ce qui est arrivé aux chapeaux, vestiges du bonheur quand se vêtir était une joie et se nourrir un plaisir.

Les événements extraordinaires comme l’épidémie du Covid en ce qu’ils troublent profondément la paix publique ainsi que le fit  l’occupation de la France par l’armée allemande en 1940, ont ceci de notables qu’ils font ressortir chez l’humain aussi bien ce qu’il a d’admirable que ce qu’il a de vil. Au registre de la vileté précisément il y a bien sûr la  pente dénonciatoire qu’accélèrent la peur et la jalousie. Et c’est un festival ! Et que je te sermonne en prenant des airs de Madone offusquée, et que je cafarde tes dîners et tes déjeuners occultes en pataugeant dans la boue avec la bénédiction des autorités répressives! La vase remonte ainsi du bocal jusqu’aux lèvres et sa viscosité entache la société tout entière. Vichy avez-vous dit? Il faut le comprendre, ceux qui ne sont définitivement rien ont enfin trouvé leur place dans un monde où jusqu’alors leur nullité encombrait jusqu’à leur conscience. Dorénavant ils existent dans l’espace social, qu’ils perturbent par leurs fadaises, en tout cas jusqu’à la prochaine bourrasque qui les fera disparaître comme la brenne sur le trottoir est nettoyée par l’orage. Est-ce bien le même peuple qui a été prendre Moscou à pied depuis Paris? Il faut lire Henri Heine , le poète allemand qui a célébré la fin de cette épopée grandiose. J’engage vivement le lecteur à se procurer le poème mis en musique par Robert Schumann, sous le titre Les deux grenadiers. Deux soldats revenant de Russie se relèvent de la tombe pour saluer le passage de leur Empereur. La plus belleversion  est celle du chanteur Dietrich Fischer-Dieskau. C’est d’une beauté inoubliable, ça rendra justice au grand silence qui accompagne l’anniversaire de la mort de Napoléon.

Mais comme le disait le connaisseur, la vie c’est Bath et dans le gruyère le meilleur c’est les trous.

Pour en finir avec les dénonciateurs publics qui sont dorénavant légion, armés comme il se doit d’un écouteur dans l’oreille et d’un téléphone à prendre des photos compromettantes, soulignons que cette vocation mérite un qualificatif approprié :  petit métier pour petites gens.

Le jeune spartiate de la Grèce antique eut préféré plutôt se faire dévorer le foie vivant que de dénoncer quiconque. Autres temps…

Revenons à la grandeur, écoutons Victor Hugo ça nous changera des nains qui gesticulent dans l’espace médiatique :

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.

Pour la première fois l’aigle baissait la tête.

Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,

Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.

Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.

Après la plaine blanche une autre plaine blanche.

On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.

Hier la grande armée, et maintenant troupeau.

On ne distinguait plus les ailes ni le centre.

Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre

Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés

On voyait des clairons à leur poste gelés,

Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,

Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.

Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,

Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,

Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.

Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise

Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,

On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.

Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :

C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,

Une procession d’ombres sous le ciel noir.

………………………………………………………………..

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.

Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur !

Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

La garde impériale entra dans la fournaise.

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Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques.

Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !

Au vu des propositions fantaisistes et veules de certains, il faut peut-être nous attendre à ce que la dépouille impériale prenne le chemin d’un retour vers l’île originaire où l’attend déjà sa famille. Ce serait l’occasion de demander à nos amis britanniques l’autorisation de faire revenir aussi les cendres de Napoléon III, son neveu, car l’aiglon Napoléon II suivrait vraisemblablement son père dans ce retour inopiné. Ainsi les aigles rejoindraient-ils leur pinacle pour y reposer à l’abri des polémiques ancillaires.

Puis-je suggérer que dans le cas d’une telle hypothèse, il ne s’agirait pas d’une rupture de la grande nation d’avec la région Corse, mais d’un divorce de la France avec elle-même.

Vive l’Empereur!

Jean-François Marchi

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