La communication politique mérite mieux qu’un roman-photo de balourdises estivales.

La politique demeure toujours un révélateur de personnalités en blanc et en noir.

La communication politique est un art.

La meilleure communication reste toujours et encore celle qui ne se voit pas. Les mots sont porteurs de valeurs et ne sont pas des jouets. Elle se doit de les aimer et de s’en servir, en authenticité.

Alors ?

Alors, se croire obligé de communiquer en amont du sondage est une ânerie d’amateur.

Épouser le vil marketing politique en 2022 est une gageure.

J ai toujours combattu cette idée de faire de la politique sondagière pour avancer dans une campagne électorale.

Aux dernières élections, les sondages n’ont-ils pas une fois de plus, montré leurs limites ?

La politique, c’est un projet, une vision de société, des progrès, un cap et surtout une femme ou un homme inspiré et habité par la France, une rencontre entre une femme ou un homme et le peuple de France. Ceci peut paraître naïf mais cela reste vrai.

Certes, les Français, peuple d’une grande maturité informationnelle, sont particulièrement ingérables. Mais, ils sentent et ressentent la femme ou l’homme, sa sincérité réelle ou surfaite.

Le peuple de France est capable de grandes aberrations mais il a aussi le génie de se dépasser, d’avoir du bon sens et d’être apte à faire des efforts pour un présent-futur meilleur.

Encore faut-il lui expliquer clairement les enjeux, et parler humainement…

Aujourd’hui, à droite, pour le moment, deux candidats s’affichent et ont déclaré leurs ambitions pour la présidentielle 2022 : Valérie Pecresse et Xavier Bertrand. Leur communication politique pour la présidentielle offre les premiers échos médiatiques.

Je suis très réservée quand Valérie Pécresse se compare elle même à Merkel et Thatcher pour sous-entendre qu’elle a la même poigne, dans le magazine « Le Point », le 19 août dernier.

Je fais la moue quand Xavier Bertrand fait lui-même un selfie avec sa nouvelle compagne dans « Paris-Match », en août 2021. Je dis « nouvelle «  puisque l’article parle à dessein de sa vie privée.

Le candidat Bertrand cite ses précédentes épouses , ses enfants , ses divorces , façon de dégoupiller avant d’éventuelles attaques sur sa vie privée pendant la campagne et de légitimer Vanessa Bertrand, son épouse actuelle.

Or, la France est un pays évolué et les attaques personnelles existent mais sont moins virulentes qu’aux États-Unis. Elles est moins puritaine que les USA. Toutes ces précisions et précautions sont un peu une faute de goût. Les réseaux sociaux sont souvent les égouts de Paris mais ne sont pas une fin en soi.

Déclarée le 22 juillet 2021, pour Valérie Pecresse et déclarée le 24 mars dernier, pour Xavier Bertrand, voilà deux candidatures au féminin/masculin pour la Droite française.

Même s’il ne faut pas oublier trop vite, Philippe Juvin, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, etc… et l’éventualité sérieuse d’une candidature de Michel Barnier. Penchons-nous sur le décryptage de ces deux profils politiques.

Xavier Bertrand a prononcé, après une interview au « Point », un discours de candidature un dimanche soir dans son fief, à Saint-Quentin , dans l’Aisne, s’adressant à une France qu’on aurait oubliée et déclarant qu’il puise ses forces d’avoir entendu cette France qui pleure.

De sa part, une blague sûrement.

Fils d’employés de banque, Xavier Bertrand est rapidement dévoré d’ambitions. Il effectue des études supérieures de droit, à Reims.

Xavier Bertrand est encore assez méconnu. Il commence sa vie professionnelle dans les assurances et a tenu le cabinet d’assurances de ses beaux-parents pendant une douzaine d’années. Simultanément, il se fait remarquer par le sénateur de la région. Il entre en politique.

Enrôlé au sein des jeunes du RPR, Xavier Bertrand gravit les marches de la politique, une à une : assistant parlementaire de Jacques Braconnier, sénateur de l’Aisne de 1987 à 1992. Il travaille au cabinet ministériel de Brice Hortefeux qui lui garde encore aujourd’hui une hostilité notoire. Il est élu député, pour la première fois, en 2002. Il est nommé 4 fois ministre et notamment Ministre de la santé, Ministre du travail dans les trois gouvernements Fillon.

Sorte de revanche sur la vie pour le jeune étudiant qui avait loupé Siences Po.

Il a été maire de Saint-Quentin de 2010 à 2016. Il est élu, pour la deuxième fois, président du Conseil régional des Hauts de France en 2021. Son slogan est «  Se battre pour vous « . Bon point pour lui : il bat en 2021 , l’arrogant Sébastien Chenu, de l’extrême droite et porte parole de Mme le Pen.

S’il a été Secrétaire général de l’UMP de 2008 à 2010, il quitte les Républicains, avec fracas , quand Laurent Wauquiez est élu à la tête du parti, en 2017, ( dont la candidature est imminente). Ce dernier ne fait pas partie, aujourd’hui, de son fan club.

Parti des Républicains, il refuse de participer en 2021, à une primaire améliorée et se revendique à droite et au centre droit.

Xavier Bertrand est un de ces tempéraments à la présence physique, sans grace, mais qui s’impose, un profil assez peu élégant mais qui polarise, dans une salle de brasserie.

Il a de l’inoxydable dans l’intro-détermination et la croyance à son propre destin.

Il gère une solitude dans le parcours et parfois une absence d’élégance aussi dans la conduite de celui-ci. A ces traits, s’ajoute un bel enracinement provincial cultivé jusqu’à la caricature, qui plaît aux populations loin des pouvoirs et du parisianisme.

Il a conservé une espèce d’esprit de sourde revanche sur tous ces puissants (réels ou autoproclamés) qui ont cru l’utiliser.

Dans un gouvernement, il y avait en lui du matois, regardant, au figuré, ses supérieurs hiérarchiques, avec un mépris insondable et attendant sa revanche.

Xavier Bertrand tranche dans le paysage politique par son image soigneusement cultivée : il est le M.Tout-le-Monde d’une ville de province picarde. Il se méfie du brillant superficiel et parisien. Il tire l’une de ses forces d’une indifférence affichée à ce qui pourrait rappeler qu’il a côtoyé, dans les gouvernements de droite, tous les noms de sa famille politique. C’est un gros atout de connaître les gens autrement que sur papier glacé.

Et en même temps, Xavier Bertrand a su imposer un visage d’homme résolu qui connaît la vie du peuple pour la partager.

Ce positionnement lui semble utile pour affirmer une démarche fondée sur un double ancrage d’élu local et d’expériences ministérielles connues. Cela lui apparaît nécessaire pour imposer l’idée d’une démarche certes d’ambitions, mais maîtrisée.

Il disait à ses très proches, dès l’époque de Nicolas Sarkozy, se réserver pour les présidentielles à deux ou trois échéances.

Cette fermeté est millimétrée dans sa démarche. Elle le caractérise.

Elle est affichée depuis dix-huit mois à l’égard d’Emmanuel MACRON quand celui-ci vient sur des terres et qu’il revendique, comme celles de sa jeunesse.

Dans cette vie politique où tant de ses camarades de droite et du centre se comportent comme des missiles de croisière, variant d’allure et de trajectoire pour coller aux mouvements du terrain, de l’actualité ou de l’opinion, lui, Xavier Bertrand, se pose depuis le départ, en missile balistique de longue portée, aux objectifs clairs et fixes. Il a un cap et il s’y tient. Il est déterminé : ce sera tout ou rien.

Le peuple lui saura gré, il en est convaincu, de laisser aux autres les affeteries et les fanfreluches, les commentaires de paddock et les joutes verbales de plateaux télévisés.

Il reste sobre dans son verbe, avec une vision stratégique. Un ton de proximité et des mots intelligibles, une attitude austère, aux sourires brefs mais aux regards sans cesse aux aguets de l’interlocuteur comme de l’environnement du moment.

Xavier Bertrand se veut une « force tranquille », venue de l’expérience personnelle, parfois difficile, de la vie et portée par l’attente d’un peuple étourdi dans les vents contraires et changeants de l’Histoire.

(Ce peuple criaille son désespoir et sa peur de sortir de roman national et de son monde universel. Les Français ont tellement besoin d’un liant intelligent.)

Xavier Bertrand s’est campé une silhouette, il se veut maintenant un destin. Il est entreprenant, joue sa partition et ancre sa notoriété dans le paysage politique.

A sa faveur, Xavier Bertrand a un langage très maitrisé et net, une clarté d’exposition qui a dû se parfaire dans « les planches », à usage privé. Il a su garder une capacité à combiner des attitudes modestes de « Petit chose » et des affirmations fortes.

A sa défaveur, on note un grand mystère sur sa différence en matière économique, sa vision européenne et internationale, s’il en a. Mais il y a du Truman dans cet homme-là : modeste dimension sociale mais capacité à se positionner pour surgir à des niveaux auxquels on ne l’attendrait pas. A découvrir donc.

Dans un RV avec le maire d’Antibes, au mois d’août, il vient de redire son opposition aux primaires, à juste titre.

(Bien sûr, je continue d’être résolument contre les primaires qui ont déjà faussé les ambitions des écuries politiques passées.)

Dans le paysage politique français actuel, Valérie Pécresse est une des femmes dans la lumière médiatique.

Ses titres universitaires et professionnels – HEC, ENA, Conseil d’État – étaient encore rares pour une femme de sa génération, mais ceux-ci la singularisent.

Sa capacité à tenir des postes ministériels à la fois techniques et de haute sensibilité politique – l’ont imposée, jeune, dans le paysage politique pour une génération au moins.

Réussir au Budget, c’est savoir marier les contraires, les appétits dépensiers des ministres et les objectifs de cohérence quand ce n’est pas de rigueur financière.

Réussir aux Universités en y apportant une réforme qui n’était pas dans les gènes de l’enseignement supérieur français et de ses acteurs, c’était une gageure que peu de titulaires d’un portefeuille éducatif peuvent s’enorgueillir d’avoir tenue, et encore moins de femmes.

Ses décisions symboliques, dès son arrivée au Conseil régional d’Île de France l’ont fait remarquer. On lui doit le transfert du siège vers le 93, quittant le cœur le plus intime du VIIeme arrondissement, symbole du pouvoir en France.

On lui reconnaît sa capacité à imprimer une nouvelle approche dans la région et à s’imposer notamment dans le domaine critique des transports, face à la sémillante Maire de Paris. Tout ceci a débouché sur une belle réélection où elle a su mobiliser l’électorat de droite, faire reculer le populisme poisseux du Rassemblement National et de quelle manière, entre les deux tours.

Elle a pu mieux convaincre qu’elle était une gestionnaire doublée d’une stratège sans esbroufe, mais à la volonté d’acier derrière le mince sourire qui reste surfait et pas naturel pour 2 sous et le regard réservé mais aigu.

Intelligente, instruite, structurée, capable d’écoute, agréable et urbaine en contact superficiel, pourvue d’une expérience ministérielle trés estimable, elle a une certaine vision et anticipation et une capacité à mener des projets et à manager sans bruit des équipes rapprochées qu’elle choisit.

Ses handicaps sont connus : elle reste enfermée dans un style cliché « XVIème arrondissement de Paris + La Baule », tant dans la connaissance directe, charnelle, du pays, que dans sa présentation.

Elle marque une insuffisance d’empathie dans le contact. Un coté secret qui laisse interrogatif sans créer le mystère. Pécresse a une voix insuffisamment forte, mollassonne.

Elle n’a pas su engranger une expérience parlementaire qui lui a vite pesé et n’a pas pris le temps d’acquérir patiemment de l’hypocrisie tactique et les astuces de la manœuvre politique.

Elle aussi, sa pratique de la politique européenne et internationale reste à prouver.

Son orientation sur les questions économiques et régaliennes ne s’appuie pas sur une expérience démontrée publiquement. Une inconnue, sa connaissance opérationnelle des questions militaires et stratégiques.

Sur sa communication, pas d’idée connue sinon qu’il y a une inconnue à gérer : son attitude dans une communication de crise.

Elle me fait, au fond, penser à Ursula Von der Leyen: pas une personnalité de tout premier plan. Une apparence qui n’imprime pas d’emblée, certainement mais qui peut épaissir du fond, de la vision. Quid à la barre d’un navire en haute mer ?

In fine, saura-t-elle se donner, sans réserve, à la France ?

Les sondages, quelque crédit qu’on leur porte, montrent bien que pour l’instant, elle a franchi une marche dans la candidature à une candidature présidentielle.

Elle est partie plus tard que Xavier Bertrand mais se rapproche car son profil est plus mixable avec les leaders de la droite.

Elle est favorisée dans les opinions car c’est une femme politique. C’est un vrai atout réel. Les Français aiment la nouveauté et ne sont pas fidèles en amour politique. Ils peuvent vouloir, en 2022, élire une femme. Cela peut apparaître une respiration pour les Français. Et, elle a peu de concurrence.

Anne Hidalgo peine, pour l’instant, à monter les marches de la présidentielle 2022. Ceci étant, il ne s’agit pas de prendre Hidalgo pour le phénix des hôtes de ces bois. (Je souris avec la Fontaine.)

Pécresse, avec une discrétion qui contraste avec un certain goût de l’exposition chez sa potentielle concurrente parisienne, tranche en tout, à droite, et au Centre, face à un électorat que sollicite la populiste, à la peine, Marine Le Pen. Les potentielles candidates écologistes et autres n’ont guère de champ commun avec elle, eussent-elles été titulaires d’un portefeuille ministériel.

Somme toute, Valérie Pécresse affiche encore un profil trop fade qui manque de relief.

Certes, elle est en pleine force de l’âge, elle aussi, est formatée au niveau intellectuel, bardée de diplômes mais ses qualités personnelles et de profondeur ne sont pas évidentes à déceler.

Son absence de charisme actuel est une terrible question pour ses communicants et la tisane qu’elle boit tous les jours sur son bureau ne renforce pas l’idée d’une future femme qui aura la niaque pour défendre la France face à tous ses dangers.

Comme chacun peut le constater, il y a

de nombreux parallélismes possibles entre ces 2 candidats déclarés : leur volonté d’exister, leur gestion d’image empruntée, peu d’indices sur ce que serait la France dans le monde avec eux et leur énergie pour prouver qu’ils sont à la hauteur.

« J’ai beaucoup innové dans ma région : travail , écologie, éducation … Je fais de la politique par la preuve… Il faut recoudre la société française qui est morcelée. » (comme l’a décrit dans

« L’archipel » Jerome Fouquet)… « Le Point-août 2021 ».

Xavier Bertrand se targue de son volontarisme dans toutes ses rencontres d’appartements :

« Je veux faire en France ce que j ai fait pour ma région » , avec un pragmatisme évident… Je suis un gaulliste à la fibre social. »

Tous deux s’identifient au gaullisme social du Général de Gaulle et sont fiers des progrès emblématiques tels que la naissance de la constitution de la Vème République, la force atomique, la sécurité sociale, le vote des femmes, etc …. Ils les revendiquent et évoquent la fierté de la France.

En conclusion, l’élection présidentielle est très proche, à quelques mois seulement. Rien ne se dessine.

Tout est possible, le meilleur comme le pire.

La Droite a des ressources, des forces vives. Faut-il, à l’automne 2021, qu’elle puisse trouver le bon candidat et le mode de sélection approprié . Pour les LR, rendez-vous le 28 août à leur rassemblement et à la rentrée politique de septembre / octobre 2021, face aux autres partis politiques.

Gros défi pour Jean Leonetti, le maire LR d’Antibes, cardiologue de formation qui a été chargé d’ausculter le cœur des militants et de trouver une solution politique pour départager tous les candidats de droite. Bon courage.

La Droite est, comme toutes les autres composantes politiques, dans la panade et dans le brouillard. Tout est ouvert. Après la Covid-19, la rentrée sera très mouvementée, passionnante à suivre. Nous serons au RV. Si les Français viscéralement passionnés de politiques, se montrent moins abstentionnistes, ils risquent d’être surprenants et foudres de guerre. Attention !

La communication politique est devenue incontournable et déterminante, elle a des effets majeurs. Elle se doit d’être en responsabilité, exercée par des professionnels aguerris et qui eux aussi doivent habités par la France, évidemment pas militants et aux service des Français.


Ghyslaine Pierrat
Spin doctor, Docteur en communication politique et économique.

Auteur de 3 ouvrages :

La communication n’est pas un jeu
Macron et les autres
Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?

aux éditions de l’Harmattan–Paris.

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