Une campagne présidentielle 2022 aux accents virtuels et désabusés

Tribune libre. Nous sommes à 8 semaines de l’élection présidentielle française qui aura lieu les 10 et 24 avril 2022.
Et ça ronronne à peine gentiment. La campagne sera donc très courte, du jamais vu.

Je n’aime pas ces atmosphères mornes et banalisées de non-débat de notre destin commun. Cette indifférence sous-jacente n’est pas un bon signe avant-coureur.

Certes, 2022 est une campagne est très différente et inédite. Elle porte les stigmates du Covid 19. Ces dernières années ont été bouleversées par la maladie, la mort, les chagrins des familles.

Le Covid-19 a transfiguré le rapport des salariés au travail, modifié les communautés de travail, boosté l’E-commerce au détriment du petit commerçant local.
Le Covid a profondément impacté la vie des cellules familiales et percuté la vie scolaire depuis 2 ans, là aussi, au détriment des jeunes de milieux ruraux et les moins favorisés.
On a bien sûr relevé des fermetures d’entreprises, de commerces même si on a réussi à limiter la casse. Les conséquences économiques ont été néanmoins douloureusement vécues par les Français. Et l’économie a souffert. Les inégalités territoriales se sont accentuées derechef. La peur s’est instaurée. Qui dit peur, dit perte de confiance.
Les messages gouvernementaux sur la reprise économique et le marché de l’emploi ne sont valables que pour les grandes villes. Persiste une dégringolade en province. Et ce n’est pas un voyage dans la Creuse qui corrige cette impression. Bien au contraire. Ce serait comme Louis XVI allant voir la mer à Cherbourg, peu avant la Révolution.

Au niveau de la forme de la campagne électorale et de sa communication, les singularités se juxtaposent.
L’implication de nos compatriotes se fait attendre.
Les Français ne sont pas dedans.
D’une part, peu de choses les invitent à se sentir concernés par la présidentielle.
Les Français sont désabusés :
« Voter : ça ne changera rien à notre vie », disent-ils.
Dans ce climat : tout est possible même le pire, par provocation, par folie collective et passagère.

A l’identique, les messages porteurs des candidats ne percent pas. Pourquoi ?
L’offre politique, toutes tendances confondues, est convenue et répétitive. A force d’évoluer avec les mêmes, on produit les mêmes schémas. Et, à deux mois de la campagne, beaucoup de technocrates imposent la prudence et la fermeture des écoutilles des staffs de campagne.

Finalement, seule l’offre politique complète va permettre de démarrer la campagne, c’est-à-dire l’entrée en campagne du  Président de la République actuel.
Naturellement, Emmanuel Macron ne s’est encore pas déclaré. Il a raison. Le faire tôt eût été une faute lourde. Aujourd’hui, les candidatures sérieuses et aussi bien que fantaisistes peinent à séduire. Il faut dire que certains candidats semblent eux aussi usés par les campagnes précédentes : Le Pen, Melenchon voire Hidalgo. Taubira vient d’emporter le Primaire populaire, mettant encore plus en difficulté Hidalgo. Hollande reste en embuscade. Et si Hollande y va, Taubira se rallie à sa candidature….

Les Verts se sont trompés de registres. Ils fatiguent. Intégristes à souhait, ils concourent tous pour Monsieur Propre. C’est à celui qui sera le plus-plus. Ils ont transformé l’écologie, qui avait un boulevard, en écologie punitive qui déteste les agriculteurs en premier chef. Ils condamnent les travailleurs, les personnes âgées pour qui l’automobile individuelle est le seul moyen de transport en province et qui peinent en plus, avec les hausses des carburants …

Dans ce contexte curieux, les médias font ce qu’ils peuvent pour attirer les électeurs à regarder leurs émissions électorales ou leurs débats politiques. A faire le bon choix. A y voir plus clair. Leur rôle est nécessaire parce qu’ils font, eux aussi, vivre la démocratie. Ils sont son reflet. Pour cette campagne présidentielle encore plus que pour les précédentes, les débats présidentiels télévisés seront décisifs pour certains.
Mais les médias le savent : ils patinent. Les téléspectateurs boudent. Les médias moulinent au quotidien les spéculations destinées à maintenir les électeurs en haleine. Les sondages lassent.
Les instituts détournent, par péché d’abondance, l’intérêt des gens.
Ils accentuent l’effet d’immédiateté à satiété. L’électeur est saoulé chaque jour, de sondages avec des arguments contradictoires, comme aux heures de débat du Covid-19.
Saturés, exaspérés, déboussolés, les Français zappent, fuient dans un climat de morosité.
La parole politique s’effondre comme un soufflé raté. Les Français expriment une grande lassitude et méfiance.
Les questions des journalistes, priorisées en fonction du conformisme ambiant, donnent un effet de fiction, d’irréel comme une séance de film qui ne sensibilise pas.
Et pourtant, les médias devraient rester des référents. Ils doivent cesser de courir après les sondages et les réseaux sociaux et imprimer leur différence et leur noblesse. Ils ne font plus de perspectives ni de vues d’ensemble. Qui parle des législatives de juin 2022 ? Qui lie l’Europe et la présidentielle ? Qui se nourrit de sociologie ? Qui se penche sur les mentalités du pays qui n’arrivent plus à suivre l’évolution de la société, sa rapidité ?
Cette absence, c’est pour moi le symbole qu’on refuse de parler globalement des enjeux des cinq ans à venir…
C’est pourtant si facile d’épouser un pays, de le rendre un peu plus heureux, de faire de la vraie politique.
Les médias doivent trouver le moyen de parler à plus de 30% de la France. Ce n’est pas si compliqué quand on baroude sur les terres de la créativité et qu’on laisse les portes ouvertes.

En février 2022, on a l’impression qu’il n’y a pas d’entrée de campagne à 8 semaines de l’élection. Réélire un président est « le rendez-vous » d’un pays, emblématique de démocratie, comme la France.Ma France.

A tout cela, s’ajoute la volatilité des votes. C’est une réalité. Elle est en vraie augmentation. Elle est la résultante du climat. De plus, le nombre d’électeurs indécis n’a jamais été aussi fort. Et pourtant, les gens ont besoin d’espérer en demain. Leur demande de pragmatisme est massive. Leur volonté de s’en sortir est palpable.

Je déplore le manque de réflexion et d’anticipation sur ces campagnes électorales. Rien n’est fait pour combattre cette atonie, le futur absentéisme des électeurs ou un vote de provocation.

Enfin, j’aimerais que l’on comprenne aussi que l’absence radicale et excessive de publicité politique est une gageure. Une erreur.
Les affiches qui caracolaient sur les murs du pays n’y sont plus. Les publicités sont bannies.
Ce qui contribue à conforter ce climat atone.
A aller dangereusement dans le sens de l’abstention.
A ne pas signer la différence des uns et des autres. A ne pas résumer le positionnement identitaire d’image des candidats.
Quelle erreur. Combien de fois faudra-t-il le signaler ?

La publicité politique est indispensable . Elle institue immédiatement un climat électoral. Elle sigle le tempo. Elle est aussi démocratique quand elle est intelligemment organisée. Elle suscite enfin le débat pour l’homme de la rue. L’interpelle. Le force à se sentir concerné.
Je plaide sans relâche pour une refonte des lois désuètes et faussement moralisatrices.

Du coup, sans contre-poids, les réseaux sociaux prennent trop d’importance. Ils véhiculent le vrai, le faux, le n’importe quoi. L’immédiat sans réflexion. Les pulsions. Les fake-news. Ils charrient les intox comme pour le Covid-19. Ils hypnotisent les jeunes en particulier. Les moins de 28 ans, fans de réseaux sociaux sont totalement hors du coup : ni la campagne dans la forme, ni la campagne, sur le fond ne s’adressent à eux.

Du coup, les sondages prennent trop le pas sur les équipes électorales.
Or, la communication politique n’est pas uniquement une politique sondagière à la petite semaine. Quelle sottise de s’arrimer aux sondages. En 50 ans, leur nombre a été multiplié par 40. Un tourbillon.
Les dernières élections régionales de 2021 ont apporté un démenti cinglant. Et pourtant le cirque continue. On scénarise la campagne.
C’est un bon commerce. Ça fait causer dans le poste et sert aussi au buzz médiatique. Tout est lié. Leur relativité n’est pas à l’ordre du jour. Peu de spin doctors affichent une retenue sur les sondages. Elle est pourtant essentielle.

En conclusion des nouvelles différences de 2022 : montrons évidemment du doigt le manque de lien social direct. Pendant les autres campagnes, avant le Covid-19, les rassemblements, les meetings symbolisaient des moments de ferveur pour les militants. Ces derniers repartaient gonflés d’importance et de certitudes et essayaient de porter leurs arguments.
En 2022, il y a eu peu de meetings jusqu’à présent sauf celui de Melenchon à Nantes et ceux de Zemmour. En janvier 2022, Zemmour a réussi à attirer les exilés du RN. Il a bénéficié d’une grosse couverture médiatique. Il a fait campagne où il a donné de lui. Son expression est directe et foudre de guerre. Il est différent. Il n’est pas policé. Ça parle à des gens qui se sentent oubliés. En réalité, il sert d’aiguillon pour poser les questions sociétales et réveiller cette triste campagne. Mais son vernis peut craquer à tout moment. Joueur, il est trop juste pour la fonction, il le sait.

En dehors de cela, le débat est irréel : il n’est parcouru d’aucun courant. La cristallisation de la dynamique est en points d’interrogations . Et dans ce cas, toutes les tempêtes pourront se lever dans cette soupe politique sans sel.
Une catastrophe en Afrique, une tension internationale comme en Ukraine peuvent troubler un débat franco-français. Et notre chère Europe, synonyme de paix et qui est à l’honneur en France, reste tristement éloignée dans l’esprit des gens. Elle n’apparaît plus en recours.

Dans ce contexte, je redoute l’abstention même pour la présidentielle, vote préféré des Français.
Dans ce contexte, je crains la radicalisation des votes.
Cette tribune a pour but d’alerter.
Elle ne se veut pas moralisatrice.
Elle se veut énergisante.
A deux mois de la présidentielle et à 5 mois des législatives, j’intercède pour un plus de vie politique.
A tous les niveaux.
Et je dis aux Français, gardez confiance dans notre pays. Il faut se réconcilier avec la France. Elle reste une belle nation chargée d’Histoire mais aussi remplie de promesses.
Et, il faut travailler et re-travailler avec le génie de la France. Un pays doit être avant tout être gouverné. Et, les élections sont notre rendez-vous.
Faites votre choix mais impliquez-vous.
Allez voter les 14 et 20 avril 2022.
Pour vous. Pour vos enfants. Pour la France.

Ghyslaine Pierrat
Docteur en communication politique et économique
Spin doctor

Auteur de 3 ouvrages :
La communication n’est pas un jeu, Macron et les autres, Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?
aux éditions de l’Harmattan–Paris.

Ghyslaine Pierrat

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