Photo Pierrick Villette/ABACAPRESS.COM

Par Marc Alpozzo, philosophe et essayiste

On se lève ce matin, lundi, avec une terrible gueule de bois. Le jeu de dupes des Insoumis, contre toute attente a fonctionné à merveille. Si Mélenchon a réussi son pari, réaliser un 21 avril inversé, il ne l’emportera cependant pas au second tour, mais il prouve une chose : nous avons en France la droite la plus bête du monde !

Au coude-à-coude avec Mélenchon, Macron vient de prouver que toutes ses tentatives pour attirer le vote mélenchoniste de son côté ont été vaines. Nommer une femme à Matignon, un indigéniste notoire à l’Éducation nationale, son recul sur les retraites, sa sémantique écologique, ses non-dits diplomatiques sur les incidents du Stade de France, rien n’aura donc arrêté le séisme nuptial, puisque la Nupes dupe Macron, qui se retrouve en difficulté au début de son second quinquennat, doté d’un parti faible, le plus faible de l’histoire de la Ve République, une victoire amère, et des moyens limités pour gouverner.

Si donc la gauche avait su réaliser une alliance durant les élections présidentielles, elle aurait gagné, et Mélenchon serait à l’Élysée. La gauche étant elle-même à ce moment-là la plus bête du monde, il n’a emporté que la 3e place, largement suffisant pour que les autres partis à gauche ne puissent faire autrement que de se réunir derrière son nouveau leader, et réaliser cette percée exceptionnelle, du premier tour des législatives, le dimanche 12 juin 2022.

Quel bilan en tirer ? Si Ensemble l’emportera au second tour, le président Macron, fraîchement réélu, devra se contenter d’une faible majorité pour engager ses réformes, ce qui présage un quinquennat difficile face à une telle force d’opposition. Les députés macronistes risquent donc d’être souvent chahutés à l’Assemblée nationale.

Cela montre aussi, que la France antisémite de Jeremy Corbyn, la France racialiste d’Assa Traoré, la France islamiste des CCIF, la France « antiflic », la France « anticharlie », la France « antiFrance » peut fort bien entrer à l’Assemblée nationale ce mois-ci, et changer la physionomie des votes de l’Assemblée.

Personne n’a donc vu venir cette nouvelle sociologie des votants, prêts à en découdre avec un Macron qui l’a emporté au second tour de la présidentielle, les mains dans les poches. Personne n’a pris le temps de se pencher et s’épancher sur l’abstentionnisme énorme qui trahit l’essoufflement d’une partie des Français, dont le sentiment d’impuissance aggrave le nouvel apolitisme qui remet en cause la démocratie de demain.

On voit aussi, que la droite est la plus bête du monde. Alors que la France insoumise, malgré ses compromissions avec des instances peu républicaines et anti-démocratiques, ses positions pro-Poutine et anti-américaines primaires n’a subi aucun cordon sanitaire dans son parti (excepté quelques rares socialistes lucides comme Bernard Cazeneuve ou François Hollande), la droite n’a su réaliser son union tant voulue par Éric Zemmour, contre lequel elle a continué de parler d’un « cordon sanitaire ». Résultats des courses : la droite est dans les landes, le parti Reconquête ! battu au premier tour, laisse penser que Zemmour est venu, a vu et a été vaincu sans mal, tant l’aveuglement à droite est devenu insoutenable. Il faut dire que le programme et le discours de Zemmour n’a pas convaincu les Français. La droite de Pécresse a sombré tel un bateau corsaire touché en plein cœur, et Marine Le Pen, comme à son habitude, a sabordé son propre navire, par son impréparation et en prouvant son incapacité à assurer les charges suprêmes de l’Élysée. Ayant assuré mollement la campagne des législatives, n’y croyant plus, elle est arrivée cette fois 3e au premier tour, ce qui lui permettra de s’imposer comme arbitre. Mais la droite demeure divisée, étrillée, K.O.

Gardons en tête deux choses : le score de Mélenchon aux présidentielles et aux législatives est inquiétant. Il montre une sociologie en mutation, verbalement violente, porteuse d’un sentiment de revanche qui menace d’aggraver les tensions en France et d’attiser les peurs françaises, économiquement offensive, idéologiquement antirépublicaine et antidémocratique, racialiste et indigéniste, porteur d’un idéal égalitariste et revanchard venu des États-Unis. Bref, le seul vote à prendre en compte dans ce jeu de dupes est bien celui de Mélenchon, populaire auprès des jeunes, idéologique plus que politique, et redessinant la probable physionomie de la France de demain…  

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

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