Tribune. Dans un petit roman hilarant nommé  Le nègre Léonard et maître Jean Mullin, Pierre Mac- Orlan fait rencontrer le diable au narrateur, sur le fond d’une histoire d’amour avec une sorcière l’emmenant au sabbat à califourchon sur son balai volant, pour pratiquer des messes noires.

Il va sans dire qu’il s’agit d’orgies sataniques où les rites chrétiens sont singés et bafoués, tandis qu’une assistance respectueuse va présenter dévotement ses respects au Grand Bouc.

Au cours de cette présentation, le narrateur est rebaptisé « crâne de Ploum » par son nouveau seigneur. Il s’ensuivra de ce sobriquet, dont il ne pourra se défaire des mésaventures extrêmement dangereuses pour notre héros. Ce livre est à lire absolument pour sa légèreté et, comme c’est la façon de l’auteur, pour sa profondeur empreinte de gaieté.

Le nègre Léonard est l’un des deux démons préposés à l’accompagnement de l’auteur dans ses tribulations. On imagine, dans cette période justement tribulatoire où la guerre s’installe à nos frontières, tel de nos hauts dignitaires se présentant à ses homologues réunis à Bruxelles, ou ailleurs, pour énoncer des axiomes définitifs à s’en décrocher la mâchoire, sous cette forme pittoresque :

« Bonjour, ici crâne de Ploum ». Peut-être ne faut-il pas chercher plus loin le mérite de cette gratuite et phantasmatique supputation, l’image parle vrai. Lisons le livre, c’est encore une liberté qui reste, sans risquer un procès en injonction de se taire, fomenté par une chapelle d’incapables cafardeurs et peureux comme celui qui est fait à Ségolène Royal. Elle aurait lu La vache tachetée d’Octave Mirbeau, qu’elle aurait su qu’on va souvent en prison pour avoir proféré une vérité.

Lisez vite les livres du passé avant qu’ils ne soient réécrits par les armées  de censeurs qui s’affairent à mal faire, c’est encore permis. Pour combien de temps ? Quand on aura changé le titre de l’ouvrage conseillé  cité en tête de l’article, comme on l’a fait pour le roman d’Agatha Christie  Dix petits nègres, quand les nains auront caviardé la tirade de Shylock du Marchand de Venise du grand Shakespeare, quand on ne pourra plus exprimer une opinion, un doute, une réserve ou une nuance, on ne  pourra plus se prétendre héraut de la démocratie.  Zéro sans doute, de tout, en tout et pour tout.

La réponse à toutes nos questions se trouve dans les livres du passé de la pensée humaine, depuis les grecs et les romains. Relisons-les ! Et surtout Shakespeare et son théâtre. Il s’y rencontre foison de « crânes de Ploum ».

A lire parce que c’est dit sans langue de bois, l’une des dernières interventions  du philosophe Michel Onfray :  il y brosse le portrait de l’inculture pavanante de qui gouverne à coup de commentaires repentants et moralineux, c’est terrifiant de justesse.

Si l’inculture est ravageuse, la prétention à dicter le réel et à en modifier le contour par le mensonge est ce qu’il y a de pire dans la politique suivie en France. Quand il se présente aux autorités de la gendarmerie sous le nom ridicule de « crâne de Ploum », le héros malheureux du roman de Pierre Mac-Orlan ne peut faire autre chose parce qu’il est sous la domination satanique du Grand Bouc auquel il a voué un devoir de soumission par amour de la sorcière l’ayant conduit au sabbat. C’est une catastrophe, mais il ne peut s’y soustraire. Arrêté et jeté en prison pour ce qui apparaît être une insolence inadmissible, il voudrait pouvoir crier son véritable nom, mais il ne le peut pas car le charme qui agit est plus fort que sa volonté, et il se ridiculise en mettant sa vie en danger.

Le charme qui assujettit aujourd’hui notre propre pays est d’une même essence. Adieu la France, bonjour « crâne de Ploum » comme on le voit dans les instances internationales où la parole de qui nous représente finit par déclencher rires et galéjades. Comment rompre l’envoutement, sinon en abjurant à toutes forces les serments qui nous ont éloignés de notre véritable nature ? Certainement pas en poursuivant avec docilité les rites hallucinants qui nous ont fait perdre le contact avec le serment qui nous a fait naître , du baptême de Clovis au sacre de Charlemagne.

« Crâne de Ploum » vous dis-je .

Jean-François Marchi

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