Présidentielles 2022 : imposture, hypocrisie et mensonge ?

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Tribune. C’est ainsi qu’autrefois le starter donnait le signal du début de la course hippique. La course est commencée, les chevaux sont partis!

Le Comité scientifique d’application des peines (CSA) a commencé son travail réformatif en interdisant tout temps d’antenne à l’un des candidats putatifs aux élections présidentielles. Ça commence à sentir bon, comme le disait mon ami regretté, le Procureur Frezouls. Nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Les chevaux, jadis au paddock, se sont élancés vers le but tant désiré : l’accession à la charge suprême pour le primus equus inter equos (!). Il en faut du courage pour courir sous la chaleur avec le réchauffement climatique ! Alors ça triche, ça biaise, ça dégoise. Toujours au fait de toutes les  tricheries – nous le savons bien pour lire avec attention la presse pénale qu’on pourrait qualifier de presse pénible – les organisateurs du challenge (comme on dit en jargon new-langue), s’appliquent à faire prendre des vessies pour des lanternes aux électeurs répartis en deux équipes à peu près égales : ceux qui ne demandaient que ça et ceux qui n’en demandaient pas tant. Bref Zemmour est dans les choux.

La narine altière, sa concurrente n’en est pas pour autant mieux lotie tant les embûches se multiplient pour gêner le concours. J’hésite entre deux films des années 30 pour illustrer la situation : Les Chasses du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game de Schoedsack et Irving Pichel, 1932) et Le Cirque de Charlie Chaplin (The Circus, 1928). Comme dans Les Chasses du Comte Zaroff, le gibier le plus dangereux, livré à la férocité du chasseur, c’est l’homme qui doit affronter la jungle, des précipices et des falaises pour éviter son persécuteur. 

Dans le jeu électoral qui nous préoccupe, les obstacles à éviter se nomment l’imposture, l’hypocrisie et le mensonge. C’est un film à suivre, plein de rebondissements et de suspense. Pour une fois l’écran, d’ordinaire idiot et stupéfactoire sera bien utile pour permettre à l’électeur de suivre la trajectoire de ses héros. Le risque existe bel et bien et n’est pas figuré. Si dans le film cité le fugitif candidat à la survie risque la mort à chaque instant, nos compétiteurs, quant à eux, risquent la prison, puisque c’est la nouvelle règle qu’imposent les organisateurs-commentateurs-arbitres de la joute.

D’où le film de Chaplin, Le Cirque, où il est patent que les clowns demeurent les maîtres de l’épouvante. Passons sur les candidats plus officiels —comme on disait autrefois dans les fêtes de villages où, près de la piste de danse, était disposée la table des « officiels », réservée bien entendu au maire et à l’aréopage de ses courtisans. Rien n’a changé sous les étoiles. J’ai parlé des clowns, mais avec respect bien entendu, car il sortira de cet étonnant pancrace la figure d’un César quand les jeux seront faits. En 1929, en voyage en Italie, Henri Béraud, écrivain et journaliste de talent, rapportera un livre prémonitoire et finement analysé sur l’installation du fascisme.

Le portrait des clowns tragiques et sanglants qu’il a rencontrés dans ce voyage lui donneront l’occasion d’inventer une formule qui fera mouche, celle de « César de carnaval ». Au delà des personnalités plus ou moins controversées, des personnages historiques qui ont été aux prises avec les événements regrettables qu’il a été donné à l’humanité de connaître aux siècles passés, au- delà même de l’intention affichée et de la nature juridique des pouvoirs qui ont été érigés en ces périodes, il demeure que, pour l’essentiel, les tyrans sont rendus possibles et même inévitables par l’organisation préalable et bureaucratique d’un système sans liberté, et c’est bien ce qui chagrine aujourd’hui quand on voit s’organiser sous nos yeux un monde à la liberté mesurée, comme en témoignent le contrôle de l’information, la disparition de l’argent liquide et le recours systématique à la délation d’Etat.

Le propre des clowns est d’abord de faire rire, mais ils peuvent inspirer la peur, je l’ai dit. 

Je ne connais qu’une seule manière de vaincre celle-ci : la lecture,  car la peur est un spectacle avant tout, auquel on ne peut se soustraire que par la diversion qu’offre l’imaginaire. Quel plus beau chemin que celui d’un poème ou d’un roman pour s’abstraire du réel, afin de le retrouver l’orage passé et de pouvoir s’en rendre maître par le raisonnement et l’analyse!

Ce n’est certes pas en empêchant quiconque de s’exprimer lors d’une confrontation d’idées qu’on parviendra à ce but.

Jean-François Marchi

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