Présidentielle : le scandale des cinq cents signatures

Tribune. Aucun candidat ne doit manquer d’avoir ses parrainages. Il y va de l’honneur du pays. On peut considérer que la règle des cinq cents signatures est évidemment excessive au regard du poids réel de ceux-ci dans l’opinion, et on doit en tirer la conclusion qu’au lieu d’être une mesure de facilitation de l’expression populaire, il s’agit bel et bien d’une volonté délibérée d’entraver celle-ci. Il s’agit bien de confisquer le suffrage à son profit exclusif. Cette idée a germé sans doute en raison de l’agacement provoqué par les candidatures fantaisistes de Marcel Barbu contre De Gaulle en 1965 et la tentative de Coluche contre Giscard en 1981. La réponse apportée à ce risque éventuel, on  le voit aujourd’hui est évidemment déraisonnable. Hélas, au discrédit qui entache dorénavant l’exercice du vote s’ajoute la perte des repères culturels qui contribuaient à la constitution de l’identité nationale, la littérature par exemple. C’est Alfred de Musset qui parle:

« J’étais seul l’autre soir au théâtre français
Ou presque seul, l’auteur n’avait pas grand succès
Ce n’était que Molière
… »

Ce poème a presque deux cents ans. Il n’a pas pris une ride.

Lisons  encore :  « J’écoutais seulement cette simple harmonie et comme le bon sens fait parler le génie ».

Savez-vous que l’on veut réécrire Molière pour le rendre compréhensible ? Avec des iels sans doute et des féminicides ? Le génie en question va avoir du mal à respecter l’auteur à l’aune de ce baragouin. Porcine barbouillade, eut pensé Léon Daudet.

Adieu Molière donc mais aussi Racine puisque  « la fille de Minos et de Pasiphaé » devient un rôle inatribuable aujourd’hui. Qui pour l’incarner ? Hidalgo ? Taubira ? Et qui pour faire Titus dans Tite et Bérénice  : le Président Macron ? Les lettres françaises sont au point mort.

Comme le suggère Alfred de Musset dans le charmant poème cité en début d’article, l’érosion vient de loin. C’est aussi la raison pour laquelle il nous faut protéger nos auteurs classiques, et pour les faire revivre il n’est que de les lire et en enseigner l’entendement bien sûr. Pas les réécrire pour les mettre au niveau du ruisseau car le propre du génie (toujours lui) est d’extraire de la fange de l’ignorance quiconque s’est approché de lui. Lire c’est apprendre à comprendre, à discerner le vrai  du fatras des mensonges, et dans le vacarme des rumeurs malveillantes, reconnaître qui dit juste.

Quand se lève aujourd’hui un vent fait de fureur et de rage pour dissuader qui pense de conclure sous les auspices du bon sens, il est urgent de garder bien en tête les valeurs de notre être profond. Le français se réveille péniblement d’un trop long sommeil dans lequel l’avait plongé le pouvoir.

Des ragots assortis de menaces ont été propagés pour dissuader les élus d’accorder leur indispensable parrainage aux rares candidats qui disent le vrai. La mesure des sondages nous révèle qu’à eux seul ils représentent presque la moitié des votants éventuels, peut-être plus encore. Si on interdisait à ces personnes de concourir ce serait plus qu’un scandale mais la négation de la démocratie. Les apprentis sorciers qui s’y risqueraient provoqueraient à n’en pas douter l’amorce d’un cataclysme destructeur qui signerait la fin du système républicain qui a succédé à l’Empire en 1875.

Ainsi serait accomplie la prédiction du philosophe Jean-Baptiste Vico  au XVIII ème siècle qui enseigna que tout système politique se corrompt d’abord en caricature de lui même avant de laisser la place à l’instauration de son contraire. Nous y sommes.

Disons le tout net, une armada gigantesque est en train d’être organisée, affrétée pourrait-on dire en référence à la flotte dont elle tire son nom: l’invincible armada partie des côtes d’Espagne au XVI ème siècle pour envahir l’Angleterre et qui n’arriva jamais.

Cette armada des faux  sondages, des mauvais commentaires, des mensonges et des perfidies, des juges aussi bien sûr, a pour mission d’empêcher certains candidats de pouvoir se présenter.

Un état qui accepte et même fomente la destruction de sa littérature pour interdire à sa population l’exercice de la comparaison politique que permet la lecture des grands textes du passé, n’est pas un état gouverné mais un état ourdi. C’est à cela qu’il faut mettre un terme.

Laissons le sage et  malheureux Roi Lear tirer la leçon de ces pauvres choses : « Sagesse et bonté semblent viles aux âmes viles. L’ordure ne peut goûter que l’ordure ».

Jean-François Marchi

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