Présidentielle : comme un parfum de décomposition

Tribune. Le premier tour a eu lieu. Il donne un panorama dévasté à contempler. Plus de grands partis à la manoeuvre, mais des rognures, des rogatons. Hidalgo à 1,5 %, Pecresse à 4,8%. Où sont passés les glorieux RPR et PS d’antan ? Le score dérisoire de Deferre en 1969, 5%, est pulvérisé. Tout est à reconstruire. Un enfant jouant avec des cubes coloriés représentant l’organisation du monde politique d’hier, sur fond de guerre en Europe et d’épidémie, tel apparaît le Président sortant et ce n’est guère rassurant.

27,60% pour Emmanuel Macron et 23,40 % pour Marine Le Pen, ça ne fait qu’un écart de 4 % pour le premier tour, soit un différentiel réel de 2% en plus ou un moins. C’est infime.

Or il apparait, au vu du score de Mesdames Pecresse et Hidalgo qu’un « vote utile » a été pratiqué par leur électorat respectif, qui a siphoné par anticipation les réserves de report de voix pour le deuxième tour. Ces personnes ayant appelé à voter Macron se trouvent dans la situation de ne pouvoir promettre que du vent : ceux de leurs électeurs susceptibles de reporter leur suffrage sur le President Macron l’ont déjà fait, d’avance. Jeu nul. Reste le vote Melenchon, fourre-tout des exaspérés de tous poils. Il  y a fort à parier qu’il va se répartir entre trois tiers identiques, vu l’hétérogénéité de ses motivations : Macron, Le Pen, abstention, 33% X 3. Le sondage sortie des urnes 51% / 49% est donc probable, et l’issue quant à elle imprévisible.

La configuration Giscard/Mitterand de 1974 se reproduit presque à  l’identique. Souvenons-nous du score final : 50,81% pour Giscard. Or le President sortant cumule les particularités singulières des deux candidatures Giscard 1974 et 1981.

Comme en 1974 le score sera très serré, et comme en 1981, la cote de popularité du sortant s’est effondrée dans le galop final, passant d’une promesse de réélection triomphale à un risque réel d’effondrement-exfiltration le jour terminal. La cause en est le caractère vieilli, et même vieillot des terminologies usitées pour caractériser le choix. Ni gauche ni droite n’existent réellement plus dans l’imaginaire collectif des électeurs, la notion d’extrême droite, on le voit, n’étant utilisée de plus qu’aux fins d’épouvantail, dénué de pertinence comme un bonhomme de neige dont on aurait figuré la tête avec une demi-citrouille d’Halloween percée de dents pointues à faire venir le diable.

La division des candidats mobilisés pour la sauvegarde du cadre national, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour n’a donc pas eu l’effet démobilisateur pronostiqué, mais au contraire l’effet râteau qui a permis d’agglutiner au plus large des voix qui sans eux se seraient perdues dans l’abstention ou le vote machinal des partis de la veille. 

Les oracles comme toujours avaient tort qui pariaient sur l’atomisation : tout au contraire, la diversité des discours, la radicalité d’Eric Zemmour en premier lieu ont servi de catalyseur des craintes et des espérances, ce qui a permis pour la première fois depuis De Gaulle la claire énonciation des préoccupations et des priorités.

Cette campagne a dynamité l’usage de la langue de bois, plus rien ne sera comme avant.

Le débat d’aujourd’hui oppose plus sérieusement les gagnants de la mondialisation, sans racines à l’américaine, avec ses cortèges d’enfants obèses nourris de burgers ilotes et les décatis de l’histoire privés de leur mémoire,  de leurs paysages et de leur maigres sous, lutte  contre la fraude fiscale oblige car le fraudeur aujourd’hui c’est le pauvre. Il ne faut pas s’étonner alors de la violence des anathèmes qui seront usités.

Ceux qui perdront demain perdront tout, les riches le système qui les a établis au dessus des frontières de la vétuste nation, cet habitacle pour éclopés, et les pauvres perdront leur liberté et le  dernier espoir de sauver leurs coutumes et leur langue.

« On va leur crever la bidoche

Faut qu’ça rentre ou bien qu’ça pète

Faut qu’ça saigne« 

chantait Boris Vian dans l’inoubliable « Tango des bouchers de la Vilette »

Bon vote à tous et merci pour la France.

Jean-François Marchi

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