Marion Marechal

Tribune. La mode est au sondage quotidien. Comme aux courses de chevaux, chacun a son favori : « Regardez le 8, il progresse dans la montée, il a presque rejoint le 7 et le 4, attention au virage, le 12 se dégage , etc… ».

Mais voilà, sondage après sondage, sauf un plouf que personne n’attend pour l’un des candidats, la tendance est au rapprochement des lignes d’intention de vote, le président sortant tirant pour l’instant, mais pour combien de temps on ne le sait pas, son épingle du jeu.

Si la tendance se poursuit, c’est dans un miroir de poche que se jouera le premier tour, avec l’hypothèse un peu dérangeante que personne ne peut vraiment prédire l’ordre de sortie des quatre premiers.

On peut imaginer Emmanuel Macron contre Marine le Pen, Marine Le Pen contre Eric Zemmour, ou plus drôle encore Marine Le Pen contre Valérie Pécresse. C’est là que la candidature de Christiane Taubira prend tout son sel quand on se remémore l’élimination de Lionel Jospin que personne n’attendait au premier tour de l’élection de 2002. La déclaration de Marion Marechal vient éclairer la donne plutôt qu’elle ne l’obscurcit.

S’il y a en fait vraiment deux lignes politiques distinctes entre la nièce et la tante, on ne peut parler de fracture doctrinale dominante et même de Valerie Pécresse à Marine le Pen en passant par Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, la droite, et c’est tout le mystère de sa fragmentation, étant globalement en accord sur l’essentiel. Jeux d’ego, souvenirs familiaux et peur de la gauche-bien-pensante sont les racines véritables de sa division.

Il faut se souvenir d’un livre incroyable paru en 1898, soit quatorze ans avant le naufrage du Titanic, nommé Futility, signé Morgan Robertson pour se faire une idée de ce qui attend la droite. L’auteur décrit l’histoire du naufrage catastrophique d’un navire gigantesque, le Titan coulant en mer heurté par un iceberg. Ce livre hallucinément prémonitoire rejoint par son opportunité factuelle le livre également prophétique de Jean Raspail : Le camp des saints.
Le suicide aboulique de la droite qui représente entre 52 et 56 % des intentions de vote pour un sortant qui plafonne au premier tour à 24%, ne laisse pas d’évoquer le sort du Titanic, géant malchanceux que son aveuglement livre au tranchant mortifère de l’iceberg.

Pour la droite, l’iceberg se nomme la division qui s’additionne à la mollesse des résolutions. C’est ce que signifie me semble-t-il l’analyse que nous livre Marion Marechal dans sa remarque cruelle.

Marion Marechal semble préférer éclairer l’électeur plutôt que lui masquer la réalité, sans se soucier des censeurs habituels : elle indique Eric Zemmour comme celui qui est susceptible de réaliser à terme l’union des droites, faisant en sorte le diagnostic qu’en raison des pesanteurs sociologiques issues des quarante années de diabolisation du Front National, il ne sera pas possible à sa tante d’élargir son audience auprès de la bourgeoisie, c’est à dire les cadres supérieurs, les professions libérales et plus généralement la classe des diplômés supérieurs, malgré tous ses efforts.

De fait, Marion parle au coeur, et ce qu’elle indique a des accents du livre de Morgan Robertson. Boris Johnson quant à lui a fait prendre la poudre d’escampette à la Grande-Bretagne. Ce pays a fait sa révolution un siècle avant la France et s’est débarrassé de la monarchie absolue en conséquence bien avant nous, l’Habeas corpus a précédé la Déclaration des Droits de l’Homme et sans Churchill pas de De Gaulle. L’Angleterre aura-t-elle donc toujours raison sur la France parce qu’elle a le courage de tirer les conséquences de ce qu’elle constate sans souci du « qu’en dira t-on ? » C’est toute la question.

La question qu’il convient de se poser pour les candidats en lice, vu la gravité des événements est la suivante : comment gagner ?

Cela élimine donc déjà de la réflexion les candidatures de positionnement pour un avenir incertain et les opérations de posture ou de témoignage.

On peut considérer qu’à l’instar du parti communiste sous les présidences De Gaulle et Pompidou, le vote ouvrier et populaire, quand il se fige ou coagule, atteint un stade de développement appréciable en cas d’apport mais qui ne lui permet jamais à lui tout seul d’accéder au pouvoir, dans l’impossibilité qu’il est de nouer des alliances en raison principalement de sa rugosité intellectuelle et sociale.

C’est un fait, le peuple c’est bien de loin. On le voit d’ailleurs avec les palinodies parisiennes du maire qui se soucie fort peu de rendre la vie impossible aux rares classes populaires qui vivent encore dans la capitale.

Par un discours pétri de culture classique, Eric Zemmour parle très aisément à la bourgeoise, fer de lance du gaullisme de jadis, qui n’a jamais eu de problème pour intégrer cependant tout ou partie du socle populaire. Cette analyse parfaitement bonapartiste est celle qui permet de comprendre les mouvements du jour. Elle n’est cependant pas sans risque, comme l’ont démontré les deux retraits du General De Gaulle et les premiers échecs du futur Napoleon III.

C’est pourtant la seule capable de déclencher cette fameuse coagulation des votants qui force les appareils à rechercher l’union. Quoi qu’il puisse en être, c’est davantage le fait de taire les problèmes qui est la raison de la difficulté à les résoudre.

J’aimerais pour finir dédier au lecteur cette phrase d’Henry de Montherlant : « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds à porter dans leur cercueil ».

Ainsi en est-il des nations.

Jean-François Marchi

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