Phénomène #MeToo : les hommes sont-ils tous en danger ?

Entretien avec Olivier Bauer

Par Marc Alpozzo, philosophe et essayiste

Olivier Bauer est psychanalyste en cabinet. Depuis les débuts du mouvement #MeToo aux États-Unis, et #BalanceTonPorc en France, il reçoit en thérapie des hommes brisés, dépressifs suite à une histoire d’amour avec une femme qui a mal tourné.

C’est donc par le moyen d’un premier roman Ni Pantins ni soumis (Le Sémaphore, 2022), qu’Olivier Bauer a décidé de sonner le tocsin, au regard de ces évolutions sociétales profondes, certainement positives quand on parle de libérer la parole des femmes victimes, mais dangereuses et inquiétantes si l’on prend en compte les nombreuses logiques de destruction poussées à l’extrême par le mouvement #MeToo. Roman d’une dérive, le premier roman de ce psychanalyste n’a pas plu à tout le monde, au point qu’Olivier Bauer a reçu des menaces sur les réseaux sociaux. Je suis entré en contact avec ce nouvel auteur, et je l’ai interrogé sur un phénomène de société qui doit être très vite réglementé. L’urgence semble désormais évidente !

Marc Alpozzo : Olivier Bauer, vous êtes psychanalyste, et auteur d’un premier roman (Ni Pantins ni soumis, Le Sémaphore, 2022) qui porte sur les croyances théoriques cimentant le hashtag #Metoo. Pourquoi un roman et pourquoi maintenant ?

Olivier Bauer : Pourquoi un roman ? Parce qu’il permet de personnaliser un thème par la voix d’un héros fictif et sensibiliser ainsi le plus grand nombre. Pour que le lecteur, homme comme femme, puisse s’identifier, éprouver de l’empathie, et surtout ne pas cantonner à une élite ce débat nécessaire et indispensable : celui de savoir quelle évolution sociétale souhaitons-nous pour nos enfants. Pourquoi maintenant ? Parce que l’hystérie clivante que l’on traverse actuellement – que ce soit sur les débats autour des migrants, autour de l’identité de race, de sexe, de genre- n’a jamais été aussi extrême, le rejet de l’autre aussi affirmé, décomplexé.

Le titre de votre roman Ni pantins ni soumis, reprend avec beaucoup d’ironie et de subtilité le nom du mouvement Ni putes ni soumises qui s’est donné pour mission principale de lutter contre toutes formes de violences faites aux femmes. J’imagine que vous l’avez choisi pour dénoncer les violences faites aux hommes, dans des histoires d’amour qui ont mal tourné. Votre narrateur est un de ces hommes embarqué dans une histoire d’amour qui tourne mal et qui l’impact financièrement et psychologiquement. Quel message voulez-vous véhiculer par ce roman ?

Le titre de mon roman Ni pantins ni soumis est effectivement une analogie au mouvement Ni putes ni soumise, initié il y a une vingtaine d’années, pour lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes. Vous y voyez de l’ironie, il s’agit pourtant d’un hommage et donc d’une filiation, d’une continuité d’idées. En effet, le message véhiculé par ce roman est le suivant : toute violence, volonté de domination et d’écrasement de l’autre, hommes comme femmes, blancs comme noirs, judéo-chrétiens comme musulmans, est à bannir de notre société. Toute forme de communautarisme, sexuelle ou sectaire, toute velléité de s’arroger la raison, et donc le pouvoir sur autrui, est à mes yeux une impasse pour le devenir du genre humain.

Olivier Bauer, auteur de « Ni Pantins ni soumis » (Le Sémaphore, 2022)

Il est vrai que le mouvement américain #Metoo, qui a libéré la parole des femmes, traduit très grossièrement en français par l’hashtag #BalanceTonPorc, fausse forcément les relations entre les hommes et les femmes, puisqu’à l’heure d’Internet, des rencontres virtuelles, on peut se demander ce qu’est devenu les codes de séduction, la confiance mutuelle, et même l’engagement. Vous êtes psychanalyste, et recevez beaucoup d’hommes dans votre cabinet, poussés à la dépression par des relations avec des femmes qui ont mal tourné, qu’en dites-vous ?

En effet, le mouvement #Metoo est né de l’affaire Weinstein aux États-Unis qui dénonçait précisément cet abus de pouvoir, en l’occurrence celui de l’homme sur la femme, mais aussi peut-être des puissants sur les plus vulnérables. Eu égard au nombre de victimes de viols, de féminicides, d’inégalités en tout genre dont les femmes sont victimes depuis l’origine – au motif d’une prétendue supériorité physique et d’un instinct grégaire prétendument plus développé chez l’homme-, ce mouvement, qui se voulait initialement dans la continuité des féministes des années 70 pour une égalité réelle des droits, la fin du sexisme et de l’asservissement de l’un sur l’autre, était louable. Nécessaire et indispensable. Pourtant, à l’heure d’Internet, des réseaux sociaux et de leurs excès, leurs dérives – là aussi de plus en plus décomplexées –, dénaturent et faussent -définitivement ? – les rapports de séduction et de complicité, de confiance mutuelle et d’engagement, pourtant si nécessaires aux êtres humains. Nous sommes subrepticement passés à l’ère de “Balance ton porc”, balance ton porc violeur, balance ton porc étranger… L’altérité est devenue, par réaction épidermique et sans autre forme de procès, coupable par nature. Coupable d’avoir fait porter aux femmes – et de continuer à le faire- le statut de victime. Or, pour ne plus être victime, l’on devient bourreau. Le cercle de la reproduction et du bizuteur bizuté. Une logique implacable et terrible que je tente de mettre en lumière en tant que psychanalyste. Je déplore ainsi le regard manichéen porté sur la 4ème de couverture de mon livre. Sans même l’avoir lu, l’on me traite de masculiniste par principe. J’ai découvert ce mot dans lequel je ne me reconnais pas. Chacun s’arrogeant sa propre vérité comme étant supérieure à celle de l’autre.

#MeToo n’a pas que des vertus. Parmi l’un des effets pervers de cet hashtag, on voit aujourd’hui un nombre incroyable d’hommes, notamment des hommes célèbres, je pense à Patrick Poivre d’Arvor, Damien Abad, Éric Coquerel, jetés en pâture sur les réseaux sociaux, incrimés de manière nominative, souvent par des gens qui agissent dans l’anonymat, vouant de facto chaque homme a la vindicte publique. Cet hashtag n’est-il pas aussi, voire surtout la plaque tournante de la dénonciation publique, calomnieuse et généralisée ?

#Metoo n’a effectivement pas que des vertus. Si les réseaux sociaux se veulent et s’arrogent l’espace de libération de la parole, encore faudrait-il qu’elle soit réellement salutaire. Or aujourd’hui tout le monde peut y délivrer sa haine, accuser de facto et de manière anonyme tout un chacun, ici des hommes, les incriminer nominativement et, sans autre forme de procès, les condamner à la vindicte publique comme étant forcément coupables. Quid d’une possible instrumentalisation de la Justice ? Ou encore l’ire de quelques déséquilibrées dont une séparation douloureuse pourrait servir cette nouvelle arme, devenue toute puissante, ce nouveau pouvoir, devenu implacable. Celui de la délation systématique. Le quart d’heure de célébrité de Warhol ? Quand il suffit d’accuser pour condamner, ou le nouveau pouvoir conféré par le #Metoo. Tous les hommes doivent-ils être les victimes expiatoires d’un système insuffisamment pensé et réfléchi ? La formation de policiers, juges, psychologues, assistantes sociales, éducateurs et infirmier(es) est assurément la seule perspective possible pour recueillir les paroles en question, être étayées, soutenues et préservées.

Pensez-vous qu’une société humaine et éclairée puisse accepter un tel hashtag, même s’il prétend défendre les femmes, et libérer leur parole, lorsqu’on connait le nombre d’hommes qui ont été broyés dans des affaires sordides, où ils n’étaient que « présumés coupables », alors qu’ils ont été innocentés par la justice à la suite d’une instruction ?

Si la question des violences faites aux femmes doit constituer une absolue priorité ; je combats depuis quinze ans au sein de mon cabinet les violences de toute nature, recueille la parole et soutiens les victimes, si souvent des femmes, il existe aussi des hommes en grande souffrance, avec un accroissement significatif depuis quelques années, de manière concomitante aux excès du #Metoo. Des hommes à qui l’on rejette la notion même de l’instinct paternel – forcément réservé aux femmes puisqu’elles portent l’enfant dans leur ventre. Un mythe ? La parentalité se construit, elle est le fruit d’une réflexion d’adulte, un équilibre de couple, quel qu’il soit. Il est un fait que la garde des enfants est quasi systématiquement donnée à la maman en cas de conflit parental. Quid des hommes et des pères investis, aimants et bienveillants ? Il en existe, et nombre d’entre eux souhaiteraient prendre toute leur part dans l’éducation des enfants. Ce livre se veut aussi une mise en alerte -au regard des témoignages traumatisés de mes patients – sur l’autocratie régnant dans les points de rencontre en milieu médiatisé. Au grand dam des familles, de l’intérêt premier des enfants et leur équilibre.

Que pensez-vous des agissements de Sandrine Rousseau, qui a accusé Julien Bayou sur le plateau de C à vous, sur France 5, d’harcèlement sur sa femme, alors que cette dernière n’a jamais porté plainte contre son mari ?

Sandrine Rousseau se veut le chantre du néo-féminisme, elle porte le symbole de ses excès. L’affaire Bayou éclaire avec force les dérives de ce système. Sandrine Rousseau assume sans complexe, et revendique même, l’existence de cellules internes dans son parti où l’homme n’a pas vocation à être entendu. Condamnation par principe et alerte au stalinisme. Instrumentalisation politique ici, pour des enjeux de pouvoir, encore et toujours. Le grand remplacement, si cher à M. Zemmour et sa théorie xénophobe et haineuse, ne serait finalement pas une affaire de race, mais peut-être bien de sexe ? On apprend toujours de l’autre, il est un miroir. Et plutôt que d’y voir un danger, le rejeter ou le combattre, ne serait-il pas temps d’ouvrir les yeux sur ce que les différences, de culture comme de sexe, peuvent nous apporter ?…

En tant que psychanalyste, que préconisez-vous pour rapidement régler ce problème social, et continuer de donner la parole aux femmes réellement victimes, tout en préservant les hommes d’accusations calomnieuses ?

En tant que psychanalyste, je préconiserais une judiciarisation spécifique, et plus rapide aussi. Le fossé médiatique avec le judiciaire étant trop souvent fatal aux individus, le délai de prescription pour enquêter sur de tels faits nécessiterait à mon sens d’être définitivement levé. Nous sommes sur une seule et même embarcation. Il nous faut collectivement s’assurer un avenir plus serein, être à la hauteur de l’évolution d’une jeunesse où l’équité des droits et la complémentarité des sexes, des genres, trouvent enfin toute leur place.

Propos recueillis par Marc Alpozzo

1 COMMENTAIRE

  1. Non mais au secours le biais de l’intervieweur… à montrer en contre/exemple dans les écoles de journalisme.

    Les hommes en danger… quand ils se blessent au cours d’un feminicide ?
    PPDA jeté en pâture… par la trentaine de femmes qui ont porté plainte ?

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