Tribune. J’étais reçu à diner l’autre soir chez Mario d’Assurbanipali, le célèbre marquis maltais, dans sa résidence de Porto Vecchio, quand la conversation roula sur la pandémie covidique des jours présents. Nous étions neuf à table, tous à jour de nos impôts et vaccinés de frais.

– Vous parlez des jours présents, cher maître, mais vous oubliez les nuits! m’interloqua le marquis tout à trac, tandis que nous attaquions le salmis de merles noirs qui est la spécialité de son coq.

Avez-vous songé au tribut que nous devons payer pour le respect des règles sanitaires  au plan des sentiments? Avez-vous même essayé d’embrasser avec un masque? Et pour ce qui est du déduit, je vous laisse juge…

Le marquis avait raison. Qui va s’y mettre demain si nous y manquons? L’hypothèse d’une rupture dans la chaîne des générations m’est alors apparue dans sa funeste nudité. Serons-nous les derniers de la ligne? Et tout ça pour du beurre? (si j’ose cette métaphore).

Dans son hôtel du 3 rue Benatov, la fête battait son plein mais le coeur n’y était plus.

A l’instar du banquet donné chez le banquier Taillefer au début du roman La Peau de chagrin , les vins fins  coulaient à flot mais le héros de L’Auberge rouge n’était pas là pour nous conter ses exploits sanguinaires. La réalité remplissait cet usage.

Les patrouilles vérificatrices achevant les fermetures administratives d’établissements réfractaires et les punitions virevoltant au gré des dénonciations, la vie comme  la mer se retirait du rivage. En dépit de l’adage « les buveurs d’eau ne sont pas tous méchants ni la police toujours conseillère », les cancans allaient bon train :  « ne vous inquiétez pas, c’est bientôt fini ».

– Ah! Marquis! Vos merles! Vos vins!  (et tintin pour le reste).

Une table de jeux fut dressée dans le salon après le festin et les convives furent priés pour un poker amical et conclusif. Dames et messieurs s’empressèrent d’agréer l’invitation et notre hôte se proposa pour procéder au change. Les billets violets jaunes et verts papillonnèrent sur la table comme autant de friandises offertes à la convoitise des invités et la soirée s’acheva sur cette lueur d’espoir.

Quant au vrai, faut-il persévérer dans la terreur? Au vu des conséquences dramatiques que le surconfinement  peut avoir sur le moral de la population et donc sur sa santé, on peut raisonnablement se poser la question. Outre la faillite généralisée des commerces de détail, c’est l’ensemble de l’économie du pays qui est menacée dans son existence. Certes c’est une guerre, mais nous nous la sommes déclarée à nous-mêmes! Si l’on y ajoute les tracasseries coutumières générées par l’organisme répressif que constituent les administrations fiscales et judiciaires, il est absolument certain qu’un désastre est à prévoir dont on mettra vraisemblablement des années à mesurer l’ampleur et les répercutions. Fort heureusement il semble se dessiner l’hypothèse d’une baudruche alternative pour égarer les colères au dire de quelques thaumaturges: le responsable du mal dont nous souffrons serait Napoléon dont il convient impérativement de ne pas fêter l’anniversaire de la mort pour que tout aille mieux dans le meilleur des mondes. Peut-être ont-ils raison. Mais que faudra-t-il faire s’il ressuscite le 5 mai prochain?

Raisonnons cependant. Les apprentis sorciers que nous voyons à l’oeuvre ont déchaîné sur le pays un déluge de mensonges dont on voit les flots emporter jusqu’au simple bon sens de ceux qui faute de réussir chargent le populaire de tous les maux de la terre. C’est évident, le coupable c’est le bouc ou l’âne de la fable Les Animaux malades de la peste. C’est une joie sans mélange de constater combien les vieilles recettes restent les meilleures en politique. Voilà une vérité qui n’a jamais été démentie depuis l’Antiquité, le coupable c’est toujours la victime.

Jean-François Marchi

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