Nicolas Sarkozy : un an de prison – bracelet électronique ? Vraiment ?

Tribune. Garde à vue, interrogatoires spectaculaires et longs, mises en examen, longueur de procédures, filatures, écoutes, stratégie à l’usure, acharnement, pourquoi notre chère et respectée institution judiciaire fait autant de zèle sur L’ex-Président de la République française ? C’est barzingue et disproportionné.

J’ai été conseillère en cabinet ministériel, au Ministère de la Justice, Place Vendôme, auprès du Garde des sceaux. Je suis restée plusieurs années à ce ministère et j’ai eu d’excellents rapports avec les magistrats de la Centrale et en province.  J’ai gardé de nombreux contacts avec eux et je les apprécie. Nous échangeons très régulièrement.

J’ai fait ensuite plusieurs cabinets ministériels et travaille à l’Assemblée nationale. Je connais la vie politique de À à Z . Mon expérience est donc approfondie. J’ajoute que Je suis un spin doctor, un vrai, pas d’opérette pour plaire. Et, dès lors, je sais ce que c’est qu’une campagne électorale de haut niveau.

C’est un tourbillon. Il faut l’avoir vécu pour comprendre. Il faut interroger des gens qui ont vécu ce genre de H24. Les réunions à 3 h du mat. La course à l’infini. Les voyages non stop. La fatigue. Les guerres d’influence des médiocres. La recherche de l’efficacité. La protection du candidat, sa vraie vulnérabilité. La fatigue de tous. La nervosité permanente.
Le candidat ne peut pas physiquement et intellectuellement être au courant de tout. C’est impossible. Vraiment.

Entre la théorie et le réel : il y a une différence.

C’est pourquoi, aujourd’hui, J’ai une certaine légitimité à m’exprimer pour avoir vécu des campagnes électorales, leur folie, leur rapidité et leur immédiateté.

Est-ce que Nicolas Sarkozy a tué quelqu’un ? Non.
A-t-il assez surveillé ses affidés, ses comptes ? Non.
Ça mérite la prison ? L’humiliation du bracelet électronique ? Non, assurément.
Est-ce qu’il a tout contrôlé ? Non, j’en suis persuadée. La campagne 2012 était tendue comme un arc et électrique.

A droite, à gauche, au Centre, hier soir, je crois que la plupart des passionnés de politique, beaucoup de Français étaient choqués.
Alors au-delà de la compassion bon teint, de service , je ne dis pas qu il n’y a pas de réponse judiciaire, d’amende, etc… de la part des magistrats instructeurs.
Mais, il y a des équilibres, des proportions à respecter.
D’ailleurs, le Conseil constitutionnel n’a-t-il pas donné un avis circonstancié ?
A-t-il été suivi ? Non.

Je crois que cette  judiciarisation de la vie politique est un vrai sujet. A appréhender. A légiférer.

A force de chercher tout ce qui peut faire exploser en vol un politique, nous allons avoir, une classe politique où il n’y aura plus que les inconscients, les gens qui n’ont plus rien à perdre, les assoiffés de reconnaissance, les vrais mythos.
La politique est la fille de la démocratie.
Elle a besoin de femmes et d’hommes de valeurs. De forces vives de qualité.

Je n’aime pas ce climat de chasse à l’homme.
Je n’aime pas cette disproportion pour faire jurisprudence, pour l’exemple, pour faire peur.
Non décidément, ça ne me plait pas.

Je pourrais encore citer François Fillon, l’exemple de la perquisition chez le Ministre de la Santé, de la Justice et la Chancellerie récemment, pour démontrer l’essentiel. La Justice perquisitionne et saisit les matériels électroniques.

La justice a aussi une responsabilité sociale
Un homme politique de haut niveau peut-il être hors justice ? Bien sûr que non .
Sarkozy est un homme politique de haut niveau mais personne , même pas un chef d’État ,ne doit échapper au « rappel à la loi ». C’est entendu.


À l’inverse, tout homme qui respecte ses valeurs,  respecte sa fonction et se respecte, a droit à  notre respect et au respect et à la protection de sa fonction et de ce qu’il est, et naturellement par la justice.
De son côté, la magistrature est à sa place quand elle joue correctement, même parfois en dépit des pressions, son rôle de « garde-fou », dans le respect de notre constitution qui est la loi fondamentale de notre république. Plus elle est en connaissance des faits, du réel, plus elle est louable et respectable.

Je voudrais que ce billet serve à faire évoluer le débat en objectivité et en appel à raisonner de façon plus ouverte de part et d’autres.
Les magistrats doivent garder leur rôle de vigie mais s’interroger objectivement.
Les politiques doivent savoir ce qu ils veulent pour la vie politique française et les futures générations.

Une piste à explorer sous forme de conclusion, je déplore que les plafonds alloués à la communication politique soient aussi bas. Concrètement, c’est impossible à tenir.
Je m’insurge également contre la suppression inopportune et imbécile de la publicité politique. Elle a enlevé l’émulation du climat politique pour les élections. Elle n’a apporté que de la désaffection des Français pour la politique, et une abstention supplémentaire. Tout ceci est à repenser et à réformer vite.

Ghyslaine Pierrat
Docteur en communication politique et économique
Spin doctor

Auteur de 3 ouvrages :
La communication n’est pas un jeu
Macron et les autres
Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?
aux éditions de l’Harmattan–Paris.

Ghyslaine Pierrat

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