Jean-Luc Mélenchon (Photo:Stevens Tomas/ABACA)

Tribune. Ceux qui se souviennent avoir possédé des vinyles ou disques noirs se rappellent le soin qu’il fallait apporter à leur entretien, pour leur éviter poussières et rayures, dont la conséquence fâcheuse était, en cas de survenance de ces inconvénients, de subir à l’infini le hoquet de la phrase musicale, revenant inlassablement sur ses pas.

A l’instar de ce bégaiement mélodique, aujourd’hui révolu grâce aux CD dépourvus de sillons, dont l’obturation ou le dévoiement étaient la source du problème, le discours politique quant à lui s’ingénie à reproduire cet effet lancinant du mouvement arrêté.

L’époque des vinyles, c’est les années 1970, les grands débats sur l’autogestion et la « fin programmée du capitalisme »(sic). Merci aux orateurs de la Nupes, Mélenchon en tête, de rajeunir nos neurones par des invocations à faire revenir sur terre Dario Moreno, l’irremplaçable interprète de tout l’amour que j’ai pour toi et bien sûr de si tu vas à Rio.

C’est un bonheur insoupçonnable que se retrouver plongé ainsi en plein chaos fin de siècle des lumières, alors que les lampions s’éteignent l’un après l’autre, d’une fête que l’on croyait éternelle, avec des accents à la Georges Marchais, grimaces presque en moins, comme si la vie s’était arrêtée à la signature du programme commun en 1972. La vie commence à cinquante ans.

C’était il y a cinquante ans. Demain ce sera toujours d’actualité que d’arrêter la pluie et stopper le capitalisme, comme d’apprendre à respirer sous l’eau. La jeunesse, c’est peut-être de croire au père Noël. Au grand air du disque rayé, revenons donc au menu du Grand Soir que nous promet le Grand-Loup des midinettes, qui fait son marché dans les banlieues à problèmes : tire la chevillette et la bobinette cherra. Mais voilà, à force de choir, la bobinette s’est transformée en bobine, puis en trombine, et devant celles que l’on rencontre dorénavant au sortir de chez soi, il n’est pas sûr que l’électeur soit tenté de venir danser au petit bal promis.

Le Président, nous dit-on, s’accommode fort bien de ce décor et sur le fond d’une chute programmée, quant à elle, de la pratique institutionnelle qui a prévalu jusqu’alors, il accepterait que le parlement reprenne du poil de la bête.

Oui mais de quelle bête précisément ?

Il m’est arrivé de penser, en mélangeant quelque peu les fables de La Fontaine, qu’à force de jouer les mijaurés, Perret avec son pot au lait se pourrait rencontrer un loup cherchant aventure, l’apostrophant sans ménagement : qui te rend si hardi etc…

Le disque rayé c’est aussi ne pas se souvenir du passé.

Au peu de sérieux apparent de qui s’oppose, gardons-nous bien également de tolérer le peu de sérieux de qui gouverne.

On le voit, cette rentrée fait tout pour être une sortie de route.

On a entendu clairement Jean-Luc Mélenchon souhaiter une dissolution de l’Assemblée nationale, au plus vite. C’est dire que la situation présente ne lui convient pas. On le comprend, dépourvue de tout pouvoir, hormis celui de faire du bruit et de faire claquer les pupitres, contrairement à ce qu’elle prétend, la NUPES ne sert pas à grand chose.

Devancée par le Rassemblement National, divisée en son sein en multiples radicules, sa rage grandit de redouter que Madame Borne puisse gouverner dans son dos, pourrait-on dire, avec l’appui tacite et complaisant des Républicains et du RN. Radicule puis ridicule, où s’arrêtera la potion à ingurgiter ?

Cette situation, en revanche, n’est pas plus inconfortable pour le pouvoir, que celle qu’a vécue, de 1976 à 1981, le gouvernement du Premier Ministre Raymond Barre, n’ayant pu faire voter aucune de ses lois de finances par le groupe RPR, majoritaire à l’Assemblée, en rébellion ouverte contre le Président Giscard D’Estaing. Rien de nouveau sous le soleil, on le voit.

Il y avait de l’Achille Zavatta chez Georges Marchais. C’est un exemple à éviter pour qui voudrait s’inscrire dans un futur plus sérieux que le simple rabâchage des slogans du siècle dernier.

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, comme l’écrivait fort à propos Simone Signoret, égérie d’une gauche à jamais disparue.

Jean-François Marchi

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