Tribune. Les régionales 2021 resteront dans les mémoires pour le record d’abstentions (67% environ au premier tour et 66% au deuxième tour ) d’électeurs démobilisés, qui a déferlé sur les collines de la France. Le chef de l’Etat a qualifié les chiffres de l’abstention « d’alerte démocratique « .
La deuxième raison c’est pour le manque d’organisation de la campagne. Pour la première fois, les professions de foi n’ont pas été intégralement distribuées. Cette pagaille a été aussi incompréhensible que pénalisante.

Assurément le fait majeur de la post-élection, c’est que les résultats des régionales 2021 rebattent les cartes, ouvrent le jeu politique. Plus que jamais, tout est possible, même le n’importe quoi. La campagne pour la présidentielle 2022 est lancée.

Dimanche dernier, la majorité actuelle est ressortie humiliée de ces régionales, avec pas une seule région à son actif.
La droite est galvanisée par cette élection locale. Cette dernière a été renforcée par un électorat plus âgé et plus réactif. Elle a montré qu’elle pouvait aussi être un rempart contre le RN. En Marche n’est plus le seul à avoir le label, anti Marine le Pen et son RN. La droite pèse aussi. Elle garde ses 7 régions. Reste à trouver le bon candidat à la présidentielle.
Les électeurs du RN, avec un % important de jeunes et d’électeurs issus des quartiers populaires, ont fait la grève des urnes sans préavis. Le RN accuse un échec cuisant pour ces régionales, notamment pour son porte-parole toujours inconnu, Mr Chenu. C’est un échec pour la stratégie de Marine le Pen.
La gauche s’est réveillée de son état comateux. Elle reprend des couleurs avec 5 régions conservées et re-gagnées.
In fine, les régionales comme les municipales ont montré le peu d’ancrage du parti d’Emmanuel Macron. Où sont les permanences d’en marche dans les grandes villes ?

Dès lors, pour sortir des éternelles ritournelles « y a qu’à – faut qu’on … » , après les chiffres éléphantesques de l’abstention, on peut s’interroger sur l’idée suivante :
Le droit de vote , comme en Belgique, en Suisse, etc… doit-il être rendu obligatoire d’une part et d’autre part modernisé ?
Vaste débat qui pourrait être discuté entre les arcanes mediatico -politiques et le peuple de France.
Richard Ferrand , Président de l’Assemblee nationale, a annoncé des « initiatives « qui pourraient déboucher sur des propositions de modernisation avec le vote par correspondance, vote anticipé ou vote électronique.
C est un premier pas mais il faudra le compléter par une modernisation et une ouverture de la publicité politique et la communication, comme je l’ai déjà suggéré, précédemment. Revisiter les interdits de la publicité politique est d’une ardente actualité. Tous les pays européens l’ont fait. La publicité politique nouvellement encadrée, réveillera le civisme et combattra l’abstention.
On ne répondra pas à près de 70% d’abstentionnisme, uniquement par le vote par correspondance sécurisé. Et, déplorer que les enjeux des débats politiques sont trop éloignés des préoccupations des Français relève de propos du café du commerce.

Le vote doit-il alors devenir obligatoire ? Soyons pragmatiques dans un premier temps. A mon sens, il serait sage et pertinent d’engager une réforme menée tambour – battant par le Ministre de l’éducation. Définir et rendre surtout obligatoire les cours d’instruction civique et ce, dès le plus jeune âge. Apprendre à réfléchir, à prendre conscience de ce que représente la démocratie, expliquer les enjeux et les différentes élections. C’est une idée qu’il ne devrait pas être si difficile à concrétiser dès septembre 2021.

Deuxième proposition, notre civilisation est en profonde mutation, il est nécessaire de l’accompagner de pédagogie et de renouveler les idées. La principale source de de l’abstention, c’est l’offre politique et non la demande. Il faut régénérer les messages, le contenu, les visages et les usages. Raviver l’enthousiasme électoral passe plus que jamais par l’imagination societale, la production d’idées opérationnelles, en somme le fond.

Troisième proposition pour le pouvoir : accepter de se remettre en cause pour rebondir. Parfois l’ennemi, c’est soi-même. Si on arrive à un tel désamour aujourd’hui, on ne peut pas faire comme si les régionales n’avaient pas eu lieu. Opter pour un déni du réel pour le minimiser est une gageure.
Il est urgent d’en tirer les leçons. Les enseignements. Il est intelligent de retrouver le sens du réel, du pragmatique et de l’humain.

Alors aujourd’hui, les régionales 2021 sont-elles le calque de la présidentielle 2022 ?

Je ne le crois pas.

Je suis frappée du sondage IFOP/LCI de ce dimanche soir disant que seuls 55 % des électeurs envisagent d’aller voter aux présidentielles : ça n’a aucune valeur prédictive. Par contre, ça en dit long sur le trouble actuel des électeurs.

Au niveau politique , le distinguo entre le local et le national reste fort.

En province, il existe toujours en province le clivage gauche / droite et ses valeurs emblématiques.
On l’a vu dans les échanges houleux de ces deux dernières campagnes électorales.
Au niveau national, le clivage a évolué, il est d’un côté différent : progressistes contre nationalistes. Et d’un autre côté, le clivage est plus poreux.
La présidentielle reste un moment unique et fort de la nation. Et, les enjeux de la présidentielle sont différents de ceux des régionales. Ils impliquent davantage.

Mais alertons, pour la présidentielle 2022, le vote se jouera, en partie, sur la personnalité, sur la crédibilité des femmes et des hommes – candidats.
Bien sûr , il y a et il y aura une soif de sérieux . Une attente d’un futur président capable de se battre pour défendre les intérêts de la nation, comme toujours. Mais l’affect- l’humain, le pragmatisme, vont être de puissants vecteurs électoraux. Les Français veulent un président connecté à leur réel .
D’où l’importance de la communication politique, alliée à l’authenticité du candidat. Pour la présidentielle, l´abstention sera évidemment moins forte au regard des enjeux. Les personnalités seront mieux identifiées. Sans aucun doute, la dimension de la présidentielle demeure différente à tous les niveaux.

En conclusion, à partir de ce dimanche soir, le jeu politique est grand ouvert. Rendez-vous pour la présidentielle qui se tiendrait, selon les toutes récentes prévisions, les 10 et 24 avril 2022.
La volonté comptera double, et réconcilier les Français avec leurs dirigeants politiques sera difficile mais pas impossible, parce qu’au fond, les Français restent toujours passionnés de politique : c’est dans leur ADN.
Ad augusta…per angusta !

Ghyslaine PIERRAT


Spin doctor
Docteur en communication politique et économique

Auteur de 3 ouvrages
La communication n’est pas un jeu, Macron et les autres, Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?
aux éditions de l’Harmattan –Paris

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