Tribune. En écrivant ce mot pour titrer cet article, il m’est venu le soupçon que certains pouvaient en méconnaître aujourd’hui le sens. Qui connaît encore dans ce vieux pays chrétien ce qui se rapporte aux curés agonis d’insultes à tour de langue, aux offices que l’on nommait des messes, vêpres, complies, angelus, none et messes basses.

Qui va expliquer au jeune lecteur d’Alphonse Daudet quand on lui offre « Les Lettres de mon moulin « ce que signifie la hâte scandaleuse de Dom Balaguer: à célébrer les trois messes basses de la nuit de Noël,   et qui lira demain « La messe de l’athée » , hommage de Balzac à son personnage de la Comédie Humaine le Docteur Bianchon. Qui rappèlera à ce jeune et impatient lecteur qu’au moment de mourir l’auteur demanda qu’on le fasse venir à son secours.

Appelez Bianchon ! Pour Balzac, grande était sa foi dans la vérité de son oeuvre et la présence à ses cotés de ses fameux personnages. Alors, le bedeau? Ce serviteur des offices, ce double? Je n’aurais  pas osé comparer les sermons et les objurgations de qui nous dirige de propos de curés, même de campagne. Mais de bedeau? Pourquoi pas. »Je ne vote pas pour le bedeau » disait mon oncle, au village. Singulier aphorisme quand le bedeau précisément avait épousé la soeur cadette de ma grand-mère, donc elle était ma tante et son bedeau un autre oncle. Encore celui-ci s’abstenait-il de remontrances.

Manifestations dans Paris, on crie à l’étouffement des libertés. Il faut dire que le temps qui passe laisse penser que rien ne présage un mieux-être rapide. Ruine et désolation comme perspective, restent les sermons et bientôt les serments. Mais la foi s’émousse à frotter le réel. Dom Balaguer aurait du mal à les dire, même à toute vitesse ses trois petites messes, et nul Garrigou ne lui servirait d’enfant de coeur. Reste le bedeau! Rentrez chez vous, ne parlez à personne, mettez le masque même tout seul, car vous pouvez attraper mal et mourir tout de go . Oui-da, mais est-ce que c’est vivre cela? Le bedeau a l’accent du midi, ça fait passer la pilule. Pourtant, il semble qu’un sentiment le lassitude, et même d’incrédulité commence à gagner le populaire. Ce n’est pas bon signe. Les élections régionales qui sont des messes locales ont été désertées, cela ne signifie rien de bon. Le clergé « républicain » comme il se prétend serait-il  en perte de vitesse? Les fables, ça s’use aussi, et les mots jadis chatoyants ressemblent un jour à de vieux instruments dont on a perdu le sens. Comme le mot bedeau précisément! J’écoutais sur Cnews débattre Zemmour et Onfray, c’était passionnant et sans langue de bois. Qu’on était loin du bedeau ! Girondins? Jacobins? Tant de vieilles lunes! Mais une vérité, le grand penseur du dix-neuvième siècle, c’est Taine. Quand on lit « Les Origines de la France contemporaine » on comprend tout. J’ajouterai qu’on peut également lire Pierre Gaxotte et Jacques Bainville, par goût de la France. En tous cas pour ceux  qui en gardent la nostalgie. C’est comme le goût d’un calisson dégusté avec un petit verre de muscat. Ah!oui? Ça rappelle « Le curé de Tours »? Que voulez vous, je préfère  lire Balzac que Zola! D’où m’est venue cette idée du bedeau.

Et lisez Barrès: « L’ennemi des lois »  c’est magnifique, « Un homme libre » aussi. Où est cette liberté derrière les masques qui nous bâillonnent ? Et les mots qu’il ne faut plus dire? Et les pensées qu’il ne faut plus penser? Et qu’est-ce qu’il ne faut plus faire encore? Quand l’Etat oblige ses fonctionnaires à espionner , à rapporter, que fait l’homme libre précisément? Dans un article éblouissant Barrès avait vanté « l’ivresse  de déplaire », on en est loin. Peut-être les temps qui viennent nous laisseront-ils le loisir de nous y essayer? En votant par exemple.

Il peut arriver que l’exercice d’un choix soit guidé par l’instinct de se prémunir. Il arrive aussi que ce soit le désir de renverser les tables. Dans tous les cas c’est la liberté qui est en cause, l’indépendance de l’individu  qui doit absolument se soustraire , comme pour la confession, à l’influence d’autrui, pour être lui-même, enfin lui. « Cultive ce qu’on te reproche, c’est ce que tu as de plus précieux » disait Nietzsche.

En attendant le jour fastueux où selon le vers célèbre de Laurent Tailhade, il pourra être dit des rabats-joie de toute nature: « Qu’ils se congrègent  pour un départ concaténé », goûtons chers lecteurs le nectar qui sied à cette période malgré tout vacancière, le Champagne du soleil et de la joie. Buvons!

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