Tribune. On voudrait pouvoir parler d’autres choses. Après le Covid, le réchauffement climatique, la mousson qui s’installe sous nos climats, que sais-je encore, il y a une lueur d’espoir cependant. Nous avons pu fêter ce 15 août le 252 ème anniversaire de la naissance de Napoléon et nous avons célébré selon la parole liturgique appropriée le souvenir de son avènement. « Pour la seconde fois Dieu s’est fait homme » dit la chanson. Laissant dire les envieux et les crétins, je m’arrêterai au couplet ironique : « A genoux citoyens et frères », car il y a toujours de l’humour derrière les signes d’affection les plus excessifs.

Les générations qui ont précédé, en Europe en tous cas, ont connu les guerres depuis des temps immémoriaux, des épidémies, la Grande Peste au XIVème siècle qui tua un tiers de la population européenne, le Choléra, mais pas encore le réchauffement climatique. C’est bien la preuve que tout vient à point pour qui sait attendre. Selon la formule d’un ancien Président de la République, jadis disciple et collaborateur de Georges Pompidou, c’est la loi de l’em…maximum.

Hélas, hélas, hélas, que reste-t-il à bulldozer pour emprunter le sobriquet qu’avait donné affectueusement le second au premier. (On se souvient que G. Pompidou avait surnommé le jeune Chirac « mon bulldozer »). Eh non, rien à bulldozer! Ou alors trop de choses! En cherchant bien, dans la mythologie on trouve le personnage d’Hercule, fils de Jupiter et d’Alcmène, qui pourrait interpréter le rôle. N’a-t-il pas nettoyé les écuries d’Augias, et tué le géant Antée?  Un tel héros, oiseau rare entre tous est certainement celui, s’il existe, dont le pays a besoin. Rêvons un peu.

Au beau milieu d’une cacophonie provoquée par le défilé télévisuel d’oracles de pacotille et souvent catastrophores, comment chanter mâtines au réveillé du coq comme faire se doit? Le poète cubain José Maria de Heredia nous invite à rêver le réel au moyen d’un retour dans un passé des plus glorieux. Rome est sur le point d’être livrée à l’armée carthaginoise qui a passé les Alpes avec ses éléphants. La situation est perdue, le désastre se profile, l’Afrique va déferler sur le monde organisé. Et pour tout arranger les éléments se déchaînent.

« Malgré Scipion les Augures menteurs… » …/… « L’aube d’un jour sinistre a blanchi les hauteurs… »). La poésie suggère fort à propos ce que la parole conventionnelle et médiocrement explicative, quoique surabondante, est impuissante à éclairer. Où va-t-on? Et surtout avec qui ? « Sempronius Consul, fier de sa  gloire neuve a fait lever la hache et marcher les licteurs ».

Contre qui? Ah! Poète! Contre qui donc? Que n’eût-il fait marcher les lecteurs en cette époque de livres caviardés quand on les réédite et de morale idiote. Le 15 Août 1769 est né Napoléon, il faut garder cela bien au chaud dans la mémoire, cela peut resservir.

Les Augures menteurs dit Heredia. Tous les Augures sont menteurs, tous les prophètes comme chantait Georges Brassens sont « arracheurs de dents et charlatans ». J’ai cité Georges Pompidou entre autres Georges parce qu’ il faut se souvenir de ce qu’est un President de la République Française, ne serait-ce que pour mémoire. Et à ce propos le remarquable discours qu’il prononça en hommage à l’Empereur le 15 Août 1969 se trouve sur internet. Il faut le lire de toute urgence.

« La trebbia débordée et qu’il vente et qu’il pleuve… »

Oui, il vente, il pleut, il commente, il ment. Et toute la journée sur toutes les chaînes. Il faut lire, c’est impératif car l’instrument, le seul qui déjoue l’imposture de la frousse inoculée, c’est le rêve éveillé que procure la lecture. « Et là-bas sous le pont, adossé contre une arche, Hannibal écoutait, pensif et triomphant, le piétinement sourd des légions en marche ». Hannibal les entend ces légions, mais pas nous. Qu’Alice nous aide en cassant le miroir qui sépare le monde en deux selon ce que l’on veut, ce que l’on voudrait, ce que l’on pourrait et ce que l’on peut vraiment. Le rêve est utile à façonner les désirs et même indispensable. C’est toute l’importance que revêt la lecture. J’ai d’abord rêvé mes victoires avant de les mener dit à Sainte-Hélène le grand capitaine dont j’ai évoqué l’ombre révérée.

Je conclurai avec cet axiome d’un penseur de Martigues dont il est interdit de prononcer aujourd’hui le nom (Ah liberté quand tu nous tiens!) : « Quand on a pensé il faut conclure et quand on a conclu il faut agir ». 

Tout le reste n’est que billevisées, « bullshit » et leçons de pauvres choses.

En restant poli.

Jean-François Marchi

1 COMMENTAIRE

  1. Très agréable chronique musardière ! Voilà qui nous change un peu des tribunes au pas de l’oie, tendues vers l’implacable conclusion assénée par l’auteur omniscient. Nous voilà dans une rêverie qui s’effiloche doucement. Le chronos perd de son implacable rigueur. Peu importe que les augures d’Heredia aient vu juste et que ceux de Brassens soient des escrocs de foire ambulante. Et puis quelle bonne idée de ressusciter le Parnasse ! Qui est donc ce bulldozer contemporain ? Peu importe puisque les statues de marbre deviennent de la faïence à bidet comme disait MF Garaud !

    Très agréable chronique musardeuse ! Voilà qui nous change un peu des tribunes au pas de l’oie, tendues vers l’implacable conclusion assénée par l’auteur omniscient. Nous voilà dans une rêverie qui s’effiloche doucement. Le chronos perd de son implacable rigueur. Peu importe que les augures d’Heredia aient vu juste et que ceux de Brassens soient des escrocs de foire ambulante. Et puis, quelle bonne idée de ressusciter le Parnasse ! Qui est donc ce bulldozer contemporain ? On s’en moque puisque les statues de marbre deviennent vite de la faïence à bidet, comme disait M.F. Garaud ! On musarde… Tiens, Napoleon ! C’est lui l’homme providentiel de l’auteur. L’action ? On a des doutes mais l’essentiel n’est-il pas d’avoir partagé cette rêverie poétique?
    P.S. Où est le correcteur ? Les majuscules, les virgules…

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