Tribune. C’est le titre  d’un film de Jean-Claude Pinoteau sorti en 1974 avec Lino Ventura et Isabelle Adjani. C’est aussi un événement politique.

On imagine Lino Ventura en situation de se faire gifler par un chaland tandis qu’il interprète le rôle d’un Président de la République? Impensable ! Mais dire cela, n’est -ce pas déjà envenimer le débat? Il ne faut pas pousser la comparaison trop loin tant récriminent les perroquets et les perruches préposés aux commentaires de l’action publique, car nous marchons sur les oeufs de la morale oraculaire. Ce qui est arrivé est un scandale! C’est dit, pas de discussion comme le chantait Bourvil dans la Tacatacatique du gendarme, pas de diversion, la république étant dans la marmite, le fascisme en marche selon Dupont-Moretti et l’heure très grave. Comment disait Sganarelle dans le Dom Juan de Molière ?

« Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se brise ; et comme dit fort bien cet auteur que je ne connais pas, l’homme est en ce monde ainsi que l’oiseau sur la branche ; la branche est attachée à l’arbre ; qui s’attache à l’arbre, suit de bons préceptes ; les bons préceptes valent mieux que les belles paroles ; les belles paroles se trouvent à la cour ; à la cour sont les courtisans ; les courtisans suivent la mode ; la mode vient de la fantaisie ; la fantaisie est une faculté de l’âme ; l’âme est ce qui nous donne la vie ; la vie finit par la mort ; la mort nous fait penser au Ciel ; le Ciel est au-dessus de la terre ; la terre n’est point la mer ; la mer est sujette aux orages ; les orages tourmentent les vaisseaux ; les vaisseaux ont besoin d’un bon pilote ; un bon pilote a de la prudence ; la prudence n’est point dans les jeunes gens ; les jeunes gens doivent obéissance aux vieux ; les vieux aiment les richesses ; les richesses font les riches ; les riches ne sont pas pauvres ; les pauvres ont de la nécessité, nécessité n’a point de loi ; qui n’a point de loi vit en bête brute ; et par conséquent, vous serez damné à tous les diables ».

En fait il n’y a pas lieu de s’émouvoir outre mesure car si des comportements ridicules ont pu entrainer une situation elle-même ridicule,  la république est une bonne fille qui n’est pas en danger pour autant, à la condition de restaurer la dignité qui sied à la fonction de commander. Celle là même que tout souverain, Roi, Empereur ou Président se doit de revêtir pour incarner son rôle avec le minimum de sérieux, ce qui exclut définitivement la complaisance envers les clowns, les agités du bocal et les amuseurs en tous genres. Le Président n’en n’est pas un, il ne peut sans danger être pris pour l’un d’eux. Le risque en est la situation que l’on connait.

« On ne règne pas innocemment » épitapha Saint-Just au supplice de Louis XVI. Il serait bon que l’on s’en souvint à bonne heure. Les politiques aventureuses qui jettent le peuple dans la rue bien sûr il faut les éviter. Quand une  réforme est attendue, elle se fait naturellement plutôt que courageusement. Arrêtons de bomber le torse en se poussant du col!  Bonaparte a changé la France en quatre ans, tout comme De Gaulle. Si le peuple ne l’avait pas voulu, aucun de ces deux hommes d’Etat n’eussent pu le faire. On verra bien avec ce serpent  de mer qu’est la loi sur les retraites si le bon sens

finit par  l’emporter avec son retrait. Au cas contraire, les gifles vont battre la campagne de nouveau et telles les clefs en folie du film Harry Potter poursuivre l’imprudent petit sorcier comme un essaim d’abeilles enragé.

Si le pouvoir s’égare, c’est qu’il a abdiqué toute faculté de décision au profit de cénacles de conseillers gouvernant masqués à sa place en lui suggérant les plus hardies bêtises. Ah! Ces masques!Toujours des masques!

Peut-on vraiment régner si l’on s’en remet à d’autres du soin de savoir agir et dire ? Celui que le destin a choisi plus que lui même ne l’a voulu en somme devrait comprendre que d’être plusieurs à commettre des fautes ne dispense pas hélas de les assumer seul, ce que l’adage populaire résume dans la formule inélégante, certes, mais ô combien parlante: « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ».

Une bonne claque dans la bouille permet de revenir au réel et réveille le somnambule. Isabelle Adjani a donc bien fait d’en administrer une à Lino Ventura, et le film pourra peut-être se terminer sans trop de casse avec seulement un changement de casting et peut-être de genre.

Sinon ? Autant en emporte le vent !

Jean-François Marchi

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