Et si Robert Ménard avait raison de vouloir réconcilier la France de Zemmour et celle de Macron

CC BY-SA 4.0 — Pablo Tupin-Noriega (Wikimedia France)

Robert Ménard est un drôle de loustic qui a toujours pris comme un malin plaisir à vouloir flirter avec les tabous et les interdits. Me revient qu’il était venu me voir au début des années 2000 pour parler de « Reporters sans frontières », l’association qu’il dirigeait à l’époque.

Il passait alors pour un lanceur d’alertes plutôt d’extrême gauche prêt à ferrailler avec tous les pouvoirs de la planète pour défendre le droit légitime d’informer pour les journalistes partout et en tous lieux. Une belle cause, même si elle est parfois instrumentalisée, on le sait.

Il y a quelques temps, Monsieur Ménard se vantait de vouloir réunir à la même table les deux candidats de la droite nationale, Marine Le Pen et Éric Zemmour. Peine perdue pour l’instant, ce qui donne raison à l’éditorialiste au Figaro, Yvan Rioufol parlant de « droite la plus bête du monde ». À vérifier sous peu…

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Ménard paraissait donc être le moins bien placé du monde pour pouvoir accueillir dans la capitale du vin le chef de l’Etat. D’autant plus qu’il avait été évincé de manière obscure lors du dernier Grand Débat organisé dans la région Occitanie par l’Elysée lors de la crise des Gilets Jaunes. Et pourtant que n’a t’on vu lorsqu’Emmanuel Macron s’est cru avisé de venir lancer le programme géant d’investissement de l’entreprise Genvia dans le cadre du plan de soutien à la filière hydrogène française. Un soutien public de 200 millions d’euros dans une usine qui s’inscrit directement dans les 8,9 milliards déjà actés dans le plan de relance…

Un programme audacieux de la part de la co-entreprise entre Schlumberger, le CEA, Vinci construction ou Vicat et qui force l’admiration, y compris de la part du président Macron parlant du projet Genvia comme « d’une pépite apte à transformer le paysage de l’industrie française ». Tant ce lancement semble réunir tout ce dont notre pays a besoin pour revenir dans la course de la compétitivité industrielle. Ne boudons pas notre plaisir.

Le maire le mieux élu des villes de plus de 50 000 habitants ne boudait pas le sien ce 17 novembre dernier sous le soleil languedocien. Les mots employés à l’encontre du président de la république, bien que prononcés derrière un masque, ne dissimulaient pas le contentement de l’édile face à une visite présidentielle qui est la première de l’histoire dans cette ville de rugby, de corridas et de défis. Et Ménard d’asséner sans craindre de viser directement son ami Zemmour : « Il y a un discours pessimiste qui est suicidaire pour le pays. Mon camp aurait intérêt à le comprendre. Une des clés de la réussite de Macron, c’est d’incarner un espoir, de proposer une France rayonnante. Il faut être volontariste et optimiste, c’est ce que je ne cesse de répéter à Éric Zemmour et à Marine Le Pen. Ils ne réussiront pas en passant pour des rabat-joie », conclue-t-il sans sourciller.

Fermez les bancs. Le coup est porté et fait mouche, même si cela fait déjà tiquer certains proches du Rassemblement national, à l’instar de l’avocat Gilbert Collard, jamais en retard d’une réaction.

Sur le fond, la remarque de Ménard semble pertinente. Notre pays a certes un énorme besoin de ne plus se dissimuler les problèmes et de pouvoir dresser un diagnostic froid presque clinique, comme le fait par exemple avec courage Eric Zemmour. Mais il a également grandement besoin de dégager des perspectives d’avenir et des chemins d’espoir pour une population française cruellement en manque de confiance en son avenir. Il est là le paradoxe politique de 2022. Notre pays a autant besoin de la rigueur intellectuelle d’analyse de ses maux à la manière d’un Zemmour que des envolées sur le grand large et l’ambition planétaire d’un Emmanuel Macron. Et pourtant, ces deux-là semblent plus opposés que jamais sur le plan de l’échiquier politique. Quelqu’un peut-il réussir à faire la synthèse entre la ligne Macron et celle de Zemmour ? À la limite, cela aurait pu être Montebourg… s’il avait accepté de rompre les amarres avec son camp d’origine. On ne refait pas l’histoire.

Robert LAFONT

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