« Et si l’on jugeait tous ces incapables ? »

Par Jean-François Marchi

Tribune. L’idée se développe et tournicote. On l’a entendue s’exprimer d’abord à Paris, devant l’incommensurable fatras créé par la gestion anarchique des travaux municipaux, puis on l’a vue se faufiler de dépits en dédains, d’amertume en exaspération, de votes en absentions, jusqu’aux marches du trône. « Et si l’on jugeait tous ces incapables »?

Tel que colporté par un insecte babillard, un bourdonnement têtu a commencé un travail donbasilesque d’oreilles en cervelles:  il faudrait un procès pour punir ce qui s’apparente à une trahison d’Etat.  On a perdu la France clament même certains que la douleur entête. Halte là ! Point n’est besoin de s’affoler, la France se perd, peut-être, mais laquelle? Il n’est que de voir l’incrédulité avec laquelle est reçue cette inquiétude, pour constater que le mot France ne dit déjà plus grand-chose à beaucoup. Au train de l’oubli du jour la rumeur aura disparue bientôt… Est-ce bien si sûr?

Le vote des législatives de juin dernier suggère au contraire l’imminence d’un de  ces mouvements secrets, quoique telluriques, par lesquels le populaire s’exprime, comme en 1789, 1830 ou 1848 par exemple, ou en 1871 devant l’image du pays vaincu et occupé. Le spectacle de Ceausescu quittant son palais en hélicoptère n’est pas  fait pour rassurer quant  à la bonté qui anime les foules en colère.

La rumeur tintinabulante dont j’ai parlé en début d’article, ne doit pas être considérée comme un propos de chauffeur de taxi, lassé par les embouteillages organisés par la seule conjonction de la prétention et de la bêtise, mais comme une alerte prémonitoire.

Dans son livre nommé Le Coup d’Etat de Cheri-Bibi , Gaston Leroux imagine un tel désordre sous la III ème République. Sacrebleu, la III ème République, mais on y est revenu avec ces élections sans  majorité !

Tout s’enchaîne ensuite. Emeutes, réunion du Congrès, Comités de Salut Public, arrestations en chaîne et valse des Assemblées : Constituante, Législative, Convention, pour finir par la Terreur avec la dénonciation des traités internationaux et la guerre en prime . Imprévisible? Et la Yougoslavie? Et l’Ukraine? Qui aurait le cran de dire que la guerre d’Ukraine n’a pas été préparée par les guerres de Yougoslavie et du Kosovo? « Aimons-nous ceux que nous aimons »? a écrit Henry de Montherlant. J ‘y ajoute: nos amis sont-ils toujours  nos amis ?

Dans le roman précité Gaston Leroux évoque le personnage charismatique et bonapartien du Subdamoun, qui n’est autre qu’un militaire couvert de gloire par ses faits d’armes aux colonies et qui est le fils secret des amours du redoutable Cheri-Bibi et de la belle Cecily. Est-ce là notre avenir et notre seul espoir, la survenance opportune d’un  Subdamoun qui rétablirait l’ordre ? Il faut prendre garde aux rumeurs, elles sont parfois des présages, Jules Caesar  en a bien fait les frais le  15 mars 44 avant JC.

Les suites  ridicules de l’élection du Président de la commission des finances à l’Assemblée nationale démontrent bien la folie dénonciatoire qui s’installe dans le pays. Les réseaux sociaux  nous dit-on, se déchaînent. C’est qu’on avait mal fixé la chaîne.

Les dits réseaux sont des égouts, pourquoi les écouter ? Pour imiter Jean Valjean dans sa fuite souterraine, obligé de prendre le chemin des égouts ? Qu’on puisse nous raconter sans rire que ne pas porter de cravate à la chambre des députés est une victoire de la démocratie, comme de ne pas mettre la main devant sa bouche quand on baille, ou refuser de serrer la main d’un homme plus âgé que soi, c’est confondre l’activité humaine avec la vie des bêtes. Il est vrai qu’on parle parfois d’ « animal politique ».

Oui, il est possible qu’en fait il faille juger tout ça.

Jean-François Marchi

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