Par Jean-François Marchi

Tribune. Après avoir écouté la petite messe solennelle de Gioachino Rossini, qui est un chef d’oeuvre absolu, à la télévision sur la chaîne Classica Stingray, je me suis senti régénéré, comme dessouillé et habile à repartir commenter l’actuel.

La culture aide le réel à perdurer dans ses qualités profondes et pérennes, elle conforte l’identité préalable et c’est pour cela que les sauvages l’attaquent. L’ignare parle des « codes »comme s’il s’agissait de cribles destinés à trier avec iniquité entre les hommes en instituant des préférences justifiées par l’ancienneté des positions sociales, quand c’est justement le contraire: l’apprentissage de la connaissance affranchit le pauvre de la prédestination en lui ouvrant la porte de l’égalité. On ne s’affirme l’égal de qui nous domine que par le savoir qui rétablit la jauge et assure le triomphe de l’esprit sur les forces brutales que sont la richesse et la force physique. Comment dire aux idiots que le sport n’est qu’un loisir, en aucun cas une toise, même le plus agréable des jeux qu’est le déduit, et en ce dernier cas jamais un concours ni un spectacle, sauf pour les singes du jardin des plantes qui  offrent à la joie des enfants venus les visiter le plaisir de rigolades provoquées par leurs concours intimes.

Réduire l’homme civilisé à l’expression de sottises éructantes semble être une pente que certains préconisent au nom de  leur conception de la démocratie, qui ne serait selon eux que la création d’un corps incertain et pâteux d’humains agglomérés dont on aurait ôté les particularités dérangeantes que sont la beauté qui désigne et expose (d’où les vêtements en forme de sacs troués qui uniformisent) et la culture qui humilie celui qui n’en a pas. Alors, comme dans La Flûte Enchantée de Mozart, on pose un cadenas sur les lèvres de celui qui en sait plus que les autres en lui interdisant de proférer un son articulé, le contraignant en somme à meugler de concert avec le troupeau.

Et ce serait la démocratie cette blague ? Une bauge plutôt! La Hongrie fait parler d’elle actuellement. Ses lois déplaisent à ses voisins. Hélas il en est des idées reçues ce qu’il en est des odeurs :on ne supporte que les siennes. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…. ».

De fait, il faut comprendre que l’électeur est lassé des farces qu’on lui joue et que le taux d’abstention pharaonique des dernières élections régionales n’est pas autre chose que la marque de sa réprobation, beaucoup plus que le signe d’un dédain. C’est le signe irréfragable d’une colère qui risque d’éclater d’une manière plus explicite au nez de qui gouverne. Comment s’étonner de ce qu’un scrutin dit régional soit boudé par les « régionaux » quand on a supprimé les régions justement, c’est à dire l’histoire sentimentale de ses habitants. Pourquoi un Alsacien se réjouirait-il d’élire les représentants d’un hypothétique Grand Est qui n’est rien à son coeur, quand également les Flandres ou l’Artois ont été confondues dans la mélasse d’un faux Haut de France dont le seul mérite est d’avoir complu à un président à nom de fromage.

Dans un article remarquable écrit dans le journal Causeur, l’essayiste Paul-Francois Paoli explique ainsi les raisons qui font que la Corse est la seule région de France à ne pas s’être  abstenue car elle est restée la Corse et n’a pas été agglutinée à autre  chose de décérébrant et dévitalisant: les corses ont voté  pour  des corses dans le souci de la région corse. Est-ce si dur  à  comprendre?

Le découpage et le remodelage des régions a pour  volonté de faire  oublier aux habitants du pays les anciennes Provinces françaises. C’est un pétrissage qui s’accompagne d’un gommage intentionnel de l’histoire nationale car elle n’est plus enseignée à dessein. Il s’agit de priver le peuple de ses racines afin de lui ôter toute mémoire. Aussi est-il nécessaire au surplus de mutiler sa langue originelle afin que la littérature soit oubliée parce qu’elle est révélatrice aux yeux de qui dirige, d’un ordre culturel et de valeurs que l’on veut abolir. C’est ce dessein mortel qu’il faut combattre. Alors, quand il le faudra, mais certes pas pour complaire, le peuple retrouvera le chemin des urnes pour recouvrer son identité dérobée.

Disons cependant pour finir, que le destin d’un peuple, ou de plusieurs si l’on considère que  la France est une réunion de plusieurs petites nations qui vont de la Provence à la Bourgogne en passant par la Bretagne, la Normandie, le Pays Basque, la Catalogne, l’Alsace et la Corse, et il y en a d’autres, n’est pas accompli si elles ne sont pas respectées. On en est loin. La Révolution qui se prépare est de cette eau, malgré la toquardise de ceux qui s’y refusent. Gérard de Nerval n’a-t-il pas prophétisé:

Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !

Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;

La terre a tressailli d’un souffle prophétique …

Cependant la sibylle au visage latin

Est endormie encor sous l’arc de Constantin :

— Et rien n’a dérangé le sévère portique.

Jean-François Marchi

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

16 − 9 =