Macro shot with focus on the word français and its definition in a french dictionary.

Tribune. On dit un triste sire aussi bien qu’on dit un joyeux drille. Et pourquoi pas un triste drille ou un joyeux sire ? L’étymologie nous est précieuse pour le savoir. Sire vient de seigneur, comme monsieur de monseigneur et drille de drigil, du haut allemand, grosso modo  « soldat en maraude ». Le haut et le bas de la société, en somme, et si  l’on imagine fort bien la joie de qui a tout, le joyeux sire, on redoute tout autant le danger que représente celui qui n’a rien, le triste drille. C’est là qu’intervient l’invention locutive habile à réparer les situations encombrantes. Le drille devenant joyeux et désarmé, est même inoffensif aux yeux de qui en avait peur hier. Le bourgeois n’aime pas les maraudeurs, on le sait bien depuis le film Le Juge et l’Assassin de Bertrand Tavernier.

Le verbe se fait thérapeute, en somme. Artifices que tout cela me direz-vous, jeux de significations, jeux de signes. Paroles, paroles,… Méfions-nous des paroles. Micron peut bien dire qu’il n’y a pas de problème migratoire, il y en a un quand même. Notre sire est-il sincère ou joue-t-il avec les mots pour nous berner ? Joyeux sire ou triste sire ? Et nous, électeurs gavés de mots, tristes drilles ou pauvres drilles, réduits à cheminer sur le bord des routes, abandonnés soldats d’une armée en déroute précisément, ô la retraite de Russie !

Quand la France était un grand pays, ses soldats, qui n’étaient pas encore des drilles, étaient partis à pied visiter la Russie. C’était une autre époque. Ah Macron ! Ah Biden ! Ah pour tous les autres !

Tristes drilles ? Joyeux sires ?

Il faut aussi se demander si les tristes sires ne sont pas ceux-là qui permettent, par l’inversion permanente des significations, que ne s’installent l’arbitraire et le non-sens, sinon même l’arbitraire du non-sens.

Les glissements sémantiques ne sont jamais anodins. J’ai cru au départ que seuls la bêtise, l’ignorance et le défi étaient à l’origine de l’utilisation du mot « citoyen » à des fins d’adjectif, quand il existait le mot « civique » qui disait la même chose. Mais non ! Le but poursuivi par les démolisseurs de la langue française était tout simplement de débarrasser de sa charge émotionnelle et historique un mot dont l’origine romaine, civis (citoyen), était patente.

Le mot « civique » évoquait trop visiblement la cité antique, quand il est question aujourd’hui  de distribuer de la citoyenneté à qui vient d’ailleurs et même de partout ! Par son coté pittoresque et jargonneux, l’utilisation du terme « citoyen » comme adjectif permet son appropriation par qui n’est justement pas le citoyen de la cité ! Il fallait y penser ! Avec ces gens là, tout s’explique. Le mensonge organisé par la disparition du sens des mots. Le dernier avatar en est l’utilisation pâteuse de la la forme locutive « état de droit », pour justifier, par exemple si l’on suit l’actualité, qu’en présence du viol d’une enfant de six ans par un pseudo « citoyen » en herbe, on choisisse d’accabler le père de la fillette ayant entrepris de corriger le monstre arrogant et rigolard coupable du forfait. N’en jetez plus, nous y sommes!

Quels sont les tristes sires en l’occurence ? Les cafard-la morale prétendent qu’on ne se fait pas justice soi-même ! Encore faut-il qu’il y ait justice ! Au fer-à-repasser des idées reçues, la bêtise sociale s’épaissit jour après jour comme un ruban gommeux, propre à faire disparaître tout entendement raisonnable des choses. En tuant la langue, on a détruit la compréhension du monde que seul l’usage pertinent des mots utilisés révélait.

Quels sont les tristes sires en l’occurrence ?

Je me souviens d’un souverain du passé, que l’on appelait sire, quant à lui à juste titre, qui eût l’audace, en pleine déréliction, de proposer qu’enfin « il est temps que les bons se rassurent et que les méchants tremblent. »

C’est ce qu’il fit, donc on peut le faire

C’était hier, en 1851.

Jean-François Marchi

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