Rappelons-nous  Sir John Falstaff récriminant dans la pièce Henry IV de William Shakespeare : « Qu’est-ce que l’honneur ? Du vent ! » Eblouissante tirade dont je recommande la lecture complète à ceux que la politique du jour éberlue. Et le déshonneur alors ?

Les excellences de la République , revêtues pour la circonstance de la seule  considération qu’elles se portent à elles-mêmes à défaut de pouvoir en convaincre les autres,  se retrouvent bien dévêtues parce que la brise est venue. Cela nous rappelle quelque chose. Elles peuvent donc être du jour au lendemain confondues dans le seau commun du pêle-mêle avec les grumeaux de la foule, à moisir dans le fond d’une geôle pour la seule raison que leur imposture a été découverte et leurs manies révélées au grand jour. J’appelle manies les mille et un petits  travers que  la morale ne réprouve que peu venant des puissants tant qu’ils le sont, mais qu’elle réprime avec férocité quand ils ne le sont plus. C’est là le risque de toute semblance et le pouvoir n’en n’est qu’une. Alors, l’honneur dans tout ça ?

Pour témoigner  aux autres, (le public), que ce mot a un sens, afin de démontrer que l’on a vraiment cru à la fable qu’on leur a joué, parfois une vie durant, ne serait-il pas logique que l‘on acceptât de faire à ce mythe le sacrifice de son existence? Ce serait du style que cela. Mais le style aujourd’hui vu la tenue de certains! Leurs téléphones intimes! Leurs videos ! Leurs tics verbaux! Leurs copinades! Il fut une autre époque presque  précursive où Jacques Fauvet avait pu titrer son éditorial du soir : « Quelle équipe! ». C’est le mot juste.

Il importe peu de savoir si la modernité commande d’accepter la perméabilité des cultures jusqu’alors séparées par les nationalités, mais s’il est normal d’admettre que certaines soient amenées à disparaître du fait du submergement d’un continent par un autre. Si c’est le cas , pourquoi avoir fait l’effort d’une politique d’armement dont le coût fut exorbitant afin de doter de vieilles nations voulant le rester de l’arme nucléaire? Cela pose la question à laquelle vient de répondre la Grande Bretagne avec courage en quittant l’Union Européenne, trop dissolvante de son identité.

Caecina Paetus, patricien de la plus haute tenue disgracié par l’Empereur pour avoir conspiré contre lui, se vit acculé par l’événement à devoir choisir entre le déshonneur de sa chute, et à la sanction qu’il encourait et quitter volontairement la scène pour conserver dignité et liberté, la liberté de demeurer soi-même conformément à l’illusion qu’il avait du reflet de sa propre image. Devant son hésitation, sa femme aimante  et ferme lui arracha le poignard qu’il tenait dans sa main indécise et s’en frappa mortellement avant de le lui rendre en prononçant ces mots « Paete non dolet », que l’on peut traduire ainsi: »Tu peux le faire Paetus, ça ne fait pas mal ». Ça dépend évidemment de l’endroit où l’on préfère souffrir, dans son âme ou dans son corps.

L’honneur me parait exiger qu’après avoir prétendu que l’on était unique, voire exceptionnel, on se dispense par tous moyens d’être mélangé au vulgaire.

Mais chacun voit midi à sa porte… Tout le monde n’est pas Silvio Pellico et la prison plus généralement ratatine ceux qu’elle abrite plutôt qu’elle ne les grandit.

Est-ce que l’on imagine Danton maquignonner avec Robespierre et le Comité de salut public une relaxe au rabais afin de retourner  dans la ville vendre des draps sur un marché, comme tel dignitaire soviétique déchu que l’on retrouva, après qu’il fut chef de gouvernement, pompiste dans une province de l’Empire? N’est ce pas là un sort pire que toute prison, voire que la mort elle même?

Bref, quand on raconte une fable, il importe d’abord d’y croire si l’on veut être écouté.

Le mot « bouffon », dont est tiré bouffonnerie, a connu récemment une nouvelle vie depuis que s’en sont emparés les énergumènes de nos banlieues qui désignent ainsi leurs adversaires de classe sinon de caste quand eux-mêmes prétendent incarner la vigueur et la force. C’est un vieux mot de notre histoire, jadis réservé au fou du roi ou du seigneur, autorisé à proférer  des vérités sous l’allure de la farce..

La force de la farce? A méditer. Le roi s’amuse, précisément, Rigoletto pleurant sa Gilda, le Bouffon c’est le père bafoué et moqué. Si sa Gilda, fille séduite et abandonnée c’était la France, le pitre serait alors l’électeur, père et cocu, quand le monarque se permet de chanter « la donna e mobile qual piuma al vento « ( la femme est changeante comme la plume au vent).

Mais voilà:il y a plus fort que Verdi et son maître Hugo, il y a Rossini ami de Balzac.

Et dans la Cenerentola, (Cendrillon) Dandini, le valet de chambre pronostique à bon droit : « Je crains que la comédie ne se transforme bientôt en tragédie ».

On y vient.

Jean-François Marchi

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