Tribune. « Boule d’amour « , déclare, dimanche dernier, l’ancien ministre inconventionnel et gros bosseur Jean-Louis Borloo sur le 20 h de TF1. Que oui.
Tous nous rendons, à notre manière, de modestes hommages à Bernard Tapie, parce-que curieusement, tu as raison Jean-Louis, avec lui, y a une petite partie de soi qui est partie. Tu as perdu beaucoup car non seulement tu étais son avocat mais un vrai ami pendant 44 ans.

En ce lundi, je témoignerai, à mon tour, le compagnonnage auprès d’une comète qui ne laissait personne indiffèrent.
Humblement, je lui rends un sincère hommage parce que les qualités de Bernard Tapie sont plus grandes que ses défauts.
Qui n’a pas de défauts ? Qui n’a pas de personnalité complexe, de sensibilité exacerbée ? Bernard Tapie avait les défauts de ses qualités mais surtout, il était un ouragan d’énergie qui boostait tout son monde.

A l’époque, j’étais une jeune conseillère en communication, fière comme Artaban de travailler à la Délégation interministérielle de la ville avec l’excellente et différente magistrate Marie-Pierre de Liège et la formidable et énergisante Chef de cabinet du Ministre de la ville, Noëlle Bellonne, pour Bernard Tapie.

Cette équipée savait ce qu’était la vraie vie. Ils parlaient cash. Ils avaient tous la responsabilité sociale chevillée au cœur. C’était une époque où avec ce genre de patron et d’équipe : tout était possible. Chacun se dépassait, sortait de sa zone confort. Les « Bougez-vous le cul » dansaient autour de nos oreilles suivis des éclats de rire, de sourires et d’affection réelle. On partageait tout. Nos vies étaient entremêlées et on donnait tout ce que l’on avait dans le ventre. Pour monter des événements, on remuait ciel et terre. Il fallait vaincre la fatalité du terrain. Bernard Tapie était l’incubateur de la société civile dans la politique. Le novateur.

François Mitterrand avait choisi Bernard parce qu’il était d’abord un tempérament généreux. Il comprenait le peuple et savait se faire comprendre de lui. Lui aussi comme pour Jean Paul Belmondo, les gens lui pardonnaient tout et l’aimaient.

Avec Jean-Paul Belmondo, Bernard Tapie :
On perd deux de nos étoiles, des êtres solaires qui irradiaient autour d’eux. Quand on les rencontre, on sait de suite que ce sont des exceptionnels.
Il nous ont fait travailler, rêver, chacun dans leur registre.
Dimanche dernier, c’était un sale et triste dimanche.

La France a eu du chagrin et pourtant, elle a tant besoin de bonheur, d’optimisme, d’amour.
Ces élans collectifs des Français qui partagent notre peine. Ce n’est pas anodin. Cela a une signification. Tapie était populaire. Ce n’est pas par hasard. Les grincheux, les « tout gris », les jaloux ont beau faire. Peu ont ce parcours de vie aussi rempli. Peu ont eu ce goût d’entreprendre. Peu ont réussi dans tous ces aventures professionnelles ou artistiques.

Je plaide pour que nos dirigeants entendent ces manifestations collectives de chagrin partagé et la quête d’espoir des Français. Les gens ont été marqués par les périodes de solitude, de désarroi, de deuil, de bouleversements de leur vie, de faillites, de suicides, de divorces liés à la Covid. Le peuple de France a soif d’espoir, d’optimisme et de bon sens collé à l’intelligence. De plus en plus, ils refusent l’absurde et réagissent. Il faut un large élan de renaissance sociétale de cette France anesthésiée. Il faut parler aux Français, à la fois, de leur identité et de leur Histoire. C’est essentiel. Et il faudrait les aider à reconstruire un avenir commun. Pas seulement avec des chiffres, des ratios et du rationnel. Il attendent autre chose, plus du registre de l’affect, de la compréhension et du panache…

La France a besoin de projets et d’action. Elle souffre d’un manque d’imagination et d’audaces. Ce que la judiciarisation de la vie politique entraine : c’est la paralysie. Tapie avait refusé cette paralysie.
L’Histoire de France est notre fierté . Il ne faut pas déconstruire l’Histoire de France mais s’enorgueillir. C’est peut-être tout ce qu’il reste aux Français !
« De l’audace, encore de l’audace » : disait le terrible et surprenant Danton.
Tapie était beau mais beau d’un visage puissant.
Danton était affreusement laid, mais avait un  visage éloquent et vigoureux.
« Bourreau, tu montreras ma tête au Peuple, elle en vaut la peine ! »

Regardons le visage de Tapie, ce masque mortuaire qu’il portait depuis des mois, témoignant, sans relâche, du courage d’être. C’était le visage de l’énergie, de la flamme de ses yeux. Agissons. C’est là qu’on peut essayer/tenter de trouver un peu plus de bonheur. Pas dans une France où il y a 8 pour cent de chômeurs et des centaines de milliers d’emplois à pourvoir, autrement dit où le ressort est grippé.

Quand on reconnaît des forces vives dans ce pays, aidons-les au lieu de les moquer, de les caricaturer et de les jalouser.
Portons-les pour qu’elles galopent aux vents des réussites nationales.
J’ai envie de crier gare :
Qu’est-ce que c’est que ce pays qui se recroqueville ?

Au printemps dernier, lors d’une interview audiovisuelle, Bernard Tapie disait : “On n’a pas à se vanter de trouver le courage, on a à avoir honte de ne pas l’avoir. Il faut l’avoir, il est à la portée de tout le monde.”
Hommage Bernard. Tu nous auras bien montré qu’on pouvait être plus grand que nous-mêmes.

De là haut, veille sur nous.

Ghyslaine Pierrat
Spin doctor, Docteur en communication politique et économique.

Auteur de 3 ouvrages :
La communication n’est pas un jeu
Macron et les autres
Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ?
aux éditions de l’Harmattan–Paris.

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