Vincent Clerc, un rugbyman à l’aise dans les affaires

L’ancien ailier de l’équipe de France de rugby est un exemple de reconversion réussie. Actionnaire et dirigeant de trois sociétés, Vincent Clerc avait anticipé très en amont sa transition vers le monde de l’entreprise. Comment l’ancienne star du rugby français s’est-elle muée en entrepreneur ?

À la retraite depuis un peu plus d’un an, l’ancien joueur de Toulouse et Toulon, qui possède à 38 ans un palmarès impressionnant (3 titres de champion de France, 3 coupes d’Europe et 3 victoires dans le tournoi), garde un emploi du temps bien chargé. « J’avais multiplié les projets avant la fin de ma carrière, explique celui qui a passé 20 ans chez les professionnels. Je voulais assurer une transition qui soit la plus enrichissante et la plus dynamique possible. »

Pour les sportifs professionnels, la transition vers le monde de l’entreprise n’est pas toujours une mince affaire. Cette appréhension, Vincent Clerc y a été confronté. « On ne sait pas bien où on met les pieds. Même si je suivais ça durant ma carrière, le fait de devenir opérationnel au quotidien, c’est autre chose. Il y a beaucoup de déplacements, d’ investissement personnel, plus la télé le week-end (il est consultant pour Canal+ — ndlr)… Après un an, je commence seulement à trouver mon équilibre. »

« Préparer sa reconversion pour ne pas être dépendant du rugby »

Ayant su anticiper sa reconversion — il a obtenu son Master en management du sport à la Toulouse School Of Management en 2008 —, il le doit en partie à ses aînés qui l’ont aiguillé. «J’ai beaucoup échangé avec la génération précédente, assure- t-il. Ils mettaient toujours l’accent sur le fait qu’il était important de préparer sa reconversion pour ne pas être trop dépendant du rugby et avoir un certain confort en fin de carrière pour ne pas tout devoir gérer dans l’ urgence. » On se souvient que Jean-Baptiste Lafond (chaîne de restaurants Olé Bodega), Christophe Dominici (vin rosé So Bacco et textile), Franck Mesnel (Eden Park) ou bien sûr Serge Blanco, l’arrière mythique du XV de France, dont personne n’ ignore les établissements de thalasso à Biarritz ou la marque de sportswear, ont tous marqué de leur empreinte le monde économique.

Team One Groupe, le navire amiral

Clerc, lui, est impliqué dans trois projets différents. Créé en 2008 avec deux autres rugbymen professionnels (Philippe Spanghero et Grégory Lamboley), Team One Groupe (5 M€ de CA, 23 salariés) est la pierre angulaire de la reconversion de l’ancien ailier de l’équipe de France. « C’est le projet qui m’a suivi tout au long de ma carrière, glisse-t-il. J’ ai toujours eu pour ambition de devenir directeur associé dès que j’ aurais pris ma retraite. » Régie commerciale pour des clubs de Top 14 (Castres) et Pro D2 (Montauban, Perpignan), Team One Groupe est spécialisé dans le marketing sportif, l’évènementiel et le tourisme d’affaires. L’entreprise accompagne des entreprises sur des évènements ou des voyages. « La société est mûre, elle tourne bien, explique Vincent Clerc, directeur associé de l’entreprise. Mon lien privilégié avec les clubs me permet de développer certaines activités. Je gère aussi et développe les gros comptes grâce au réseau que je me suis constitué pendant ma carrière. »

En parallèle de son rôle de dirigeant chez Team One Groupe, le natif d’échirolles, vainqueur de deux Grand Chelem, est partie prenante d’une affaire dans le digital. Son nom : Bros Agency. Fondée par Christophe Quiquandon, ancien directeur marketing du département football chez Nike – Vincent Clerc était sponsorisé par la marque américaine -, cette agence est née de la volonté de créer un média qui appartienne aux athlètes.

« Ils peuvent prendre la parole, à leur manière, en choisissant leur format, avec une liberté de ton et d’ expression qu’on ne retrouve pas dans les médias traditionnels, détaille Vincent Clerc, qui apparaît dans plusieurs vidéos de la chaîne Youtube. C’est un produit novateur. » L’agence mise également sur la puissance des communautés respectives des athlètes qu’elle a pris sous son aile. « En croisant les communautés des différentes athlètes, poursuit-il, on augmente la puissance de diffusion. » Actionnaire et associé de Bros Agency, Vincent Clerc intervient principalement pour créer du contenu au service des marques.

« Mon investissement varie entre une demi-journée et une journée par semaine, et dépend de l’intérêt et des demandes des marques. » Dans cette aventure digitale, on retrouve des footballeurs (Blaise Matuidi, Presnel Kimpembe), un autre rugbyman (Antoine Dupont), mais aussi des basketteurs (Boris Diaw, Rony Turiaf). Enfin, avec deux associés, son ancien coéquipier du Stade Toulousain Clément Poitrenaud et le kinésithérapeute Quentin Piret, Vincent Clerc s’est lancé dans le domaine du sport santé. Ensemble, ils ont racheté le concept XBody pour la France et ont ouvert des centres dans plusieurs villes.

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A travers des séances de 20 minutes d’électrostimulation pour tout le corps, ce concept s’adresse aussi bien à des personnes qui n’ont pas l’habitude de faire du sport qu’à des athlètes de haut niveau. « Mon rôle est de faire appel à mon réseau. Ensuite, les gens appellent pour me demande ce que je pense de la technologie, du concept er la rentabilité financière, je passe ensuite le relais à notre commercial », détaille l’ancien international.

Lorsqu’on demande à Vincent Clerc si le discours convenu consistant à dresser des parallèles entre le sport de haut niveau et l’entreprise n’est pas un discourt de façade, il contre-argumente : « Je le constate depuis que je suis chef d’entreprise : il y a une vraie analogie entre ces deux mondes, ce n’est pas un discours de façade. Il y a de vrais leviers à emprunter au sport : le management des équipes, les leviers de motivation, la remise en question, le perfectionnisme, l’ efficacité… N’oublions pas qu’au départ, c’ est le sport qui s’ est inspiré du monde l’ entreprise pour évoluer et créer un modèle économique viable. Ensuite, les valeurs du sport se sont diffusées au sein des entreprises. Aujourd’hui, donner des valeurs et une identité à une boîte est devenu cruciale. »

« Le sport s’est inspiré du monde l’entreprise pour créer un modèle économique viable »

Après des années à évoluer au très haut niveau, l’ancien ailier du XV de France est redescendu sur terre en retrouvant une vie plus proche de Monsieur Tout le monde. Alors que le dépassement de soi, la victoire et la gloire sont parmi les principaux moteurs du sportif de haut niveau, quels leviers activer lorsqu’on replonge dans une vie plus « classique » ?

« Je me suis rendu compte que cela tenait beaucoup à la satisfaction du client, glisse l’ancien rugbyman. Lorsqu’on a fait une mission, proposé un produit ou un projet, et qu’à la sortie, le client décide de poursuivre avec nous, c’est une satisfaction. On retrouve la dimension humaine, comme dans le sport. Ce qu’on vit dans le monde du sport est un privilège. Nous sommes des privilégiés. On ne peut pas revivre la même chose. On part dans un nouveau cycle avec les mêmes leviers de motivation. »

L’entrepreneur Vincent Clerc a-t-il renoncé au rugby ?

Avec un emploi du temps accaparé par la télévision – il est consultant sur Canal+ – et ses trois casquettes de dirigeant, Vincent Clerc doit renoncer à de nombreuses propositions. « On me sollicite souvent pour monter des projets entrepreneuriaux, notamment via les réseaux sociaux. Quand on arrête le rugby, on n’a pas envie de passer à côté d’opportunités. Je vois plein de choses intéressantes, mais il faut savoir prioriser, on ne peut pas tout faire… »

Le jeune retraité de l’ovalie devenu entrepreneur a-t-il définitivement renoncé au rugby ? « Pour l’instant, oui. Je n’ai pas d’ envie particulière de me réinvestir sur le terrain. Cela viendra sûrement un jour dans un de mes clubs de coeur. Mais avant, je dois me construire une expérience professionnelle, apprendre de nouvelles choses. Rentrer dans un club juste pour de l’ image ne présente pas d’ intérêt. Si je reviens dans un club, je devrais apporter une plus-value. Mais j’ignore à quel poste ce sera… » Entraîneur ou dirigeant ? Au vu de la trajectoire actuelle de Vincent Clerc, la réponse semble aller de soi.

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