Philippe Knoche (Orano) : « On aura besoin de toutes les énergies bas carbone »

Dans une tribune publiée sur le journal La Croix le 15 juillet dernier, Philippe Knoche, Directeur général d’Orano, tente de réconcilier le nucléaire et les énergies renouvelables. Une prise de position publique plutôt rare, mais imposée par les circonstances. Selon lui, l’urgence écologique invite tous les acteurs à ne pas laisser « une forme de police de la pensée décider de qui est respectable et ce qui ne l’est pas dans la lutte contre la dérive climatique ».

« Il faudrait que les États réduisent de 2,7 % leurs émissions de gaz à effet de serre chaque année jusqu’en 2030 et au-delà »

 

Selon Philippe Knoche, réussir à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C, comme imposé par l’accord de Paris, interdit aux États de se priver des ressources apportées par l’énergie nucléaire. Selon le Directeur général d’Orano, « les experts du climat (…) confirment que le nucléaire est une source d’électricité aussi bas carbone que l’éolien sur son cycle de vie, plus bas que le solaire même, 40 fois moins que le gaz ». En effet, les données disponibles indiquent que le nucléaire émet environ 6 grammes de CO2 par kWh. Des chiffres globalement comparables aux énergies renouvelables, comme l’hydraulique qui émet 4 grammes de CO2 par kWh ou l’éolien qui en émet entre 3 et 22. En revanche, le nucléaire serait une source d’émission plus « propre » que le photovoltaïque, dont les émissions sont estimées entre 60 et 150 grammes par kWh.

Très logiquement, les vues du Directeur général d’Orano concordent avec celles du GIEC qui, dans ses différents scenarii à l’intention des décideurs politiques internationaux, affirme qu’une augmentation du nucléaire est souhaitable pour espérer contenir la hausse des températures.

Par rapport au charbon ou au cycle combiné gaz, le nucléaire fait figure d’excellent élève. Le charbon émet, en fonction de la technologie, entre 800 et 1050 grammes de CO2 par kWh et le cycle combiné gaz environ 430 grammes par kWh. Ces données, fournies par Jean-Pierre Bourdier, ancien directeur de l’environnement d’Électricité de France, sont globalement peu ou prou partagées par l’ensemble de la communauté scientifique, à quelques nuances près. Par ailleurs, les objectifs de réduction de gaz à effet de serre devraient être difficiles à atteindre en se fondant uniquement sur les énergies renouvelables, qui font encore face à un problème d’intermittence d’une part et à des problèmes de coûts d’autre part. Leur efficacité, en rapport à la taille des infrastructures nécessaires, fait aussi débat.  

Philippe Knoche rappelle aussi que le nucléaire est « la plus sûre des énergies pilotables vu la quantité d’énergie qu’elle produit » et, surtout, qu’elle permet à la France d’offrir un prix de l’électricité relativement compétitif à sa population. « Ma famille allemande paye son kWh 80 % plus cher que nous ne le payons en France », explique Philippe Knoche.

« Nous avons besoin de toutes les sources décarbonées »

En revanche, Philippe Knoche ne souhaite pas s’engager dans une opposition entre les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire. « Le temps est venu d’associer énergies renouvelables et nucléaire » affirme Philippe Knoche, estimant que « la raison doit l’emporter ». Le Directeur général d’Orano cite ainsi le cas de la Suède, dont le mix électrique dépend à 40 % du nucléaire, le reste reposant majoritairement sur les énergies renouvelables. Dans le pays, les émissions de CO2 en tonnes métriques par habitant sont passées de 11,49 en 1970 à 4,48 en 2014. L’un des taux le plus faibles des pays développés. « L’énergie nucléaire a le potentiel pour décarboner plus et plus rapidement », explique ainsi Philippe Knoche.

En revanche, l’Allemagne, qui a fait le choix d’une sortie du nucléaire en 2011 après la catastrophe de Fukushima « émet 6 fois de CO2 par MWg que la France », dont le mix électrique est largement nucléarisé. Le pays est le plus gros émetteur de CO2 de l’Union européenne et représente, à lui seul, 25,1 % des émissions globales. Un chiffre qu’il s’agit, certes, de relativiser, le pays étant le plus peuplé d’Europe (sa population représente environ 16 % de la population européenne).

Refuser de faire du nucléaire un « bouc émissaire »

Le nucléaire fait l’objet d’une méconnaissance profonde de la part de l’opinion. Une enquête d’opinion, réalisée par BVA en avril 2019, montre que les Français, dans une large majorité, imputent au nucléaire une responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre. 69 % des personnes interrogées affirment ainsi que le nucléaire participe à la production de gaz à effet de serre. Plus étonnant, les jeunes (18-34 ans), supposément plus acculturés aux réalités climatiques, sont persuadés à 86 % que l’atome est en partie responsable du réchauffement climatique. Un déficit d’acceptabilité sociale qui s’inscrit dans une méconnaissance globale du secteur qui semble désoler le Directeur général d’Orano. « Ne nous trompons pas d’ennemi », déplore Philippe Knoche, en concluant qu’il est, désormais, temps d’allier « nos forces et la puissance de nos technologies ».

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