Olivier de la Chevasnerie : « Ce sont les entrepreneurs qui changent le monde »

Bien décidé avec les 14 500 entrepreneurs bénévoles qui composent Réseau Entreprendre à épauler les créateurs d’entreprise pour construire le monde de demain, Olivier de la Chevasnerie croit plus que jamais en la capacité des entrepreneurs à innover et à faire preuve d’audace.

Vous avez déclaré que « chaque crise s’est révélée une occasion d’apprendre ». Quels enseignements tirez-vous de celle-ci ?

Olivier de la Chevasnerie : Le principal enseignement à tirer de cette crise est que l’entreprise d’aujourd’hui a plus que jamais besoin d’agilité. Car la meilleure réponse à la crise, c’est l’agilité des chefs d’entreprise, ceux qui ne vont plus regarder en arrière le monde d’avant, mais qui vont en profiter pour se remettre en question, changer leurs méthodes pour construire le monde d’après et l’économie de demain.

Président fondateur de Sygmatec, une ETI nantaise de 350 salariés, vous misez sur l’agilité ?

O.d-l-C : On a été assez agiles justement. Au moment du confinement, nous avons mis la majorité de nos équipes à l’arrêt, à l’exception – et sur la base du volontariat – de l’équipe de dépannage, de maintenance et d’astreinte de 30 personnes, puisque nous travaillons dans le service de l’électricité, notamment pour des hôpitaux et des cliniques. Les 320 autres salariés ont été mis soit en télétravail, soit en chômage partiel.

Notre priorité a été d’assurer la santé de nos salariés et de leurs familles. Début mai, on a doucement redémarré et fait le choix le 11 mai de demander à 90 % de nos salariés de revenir dans nos dix agences ; les 10 autres % sont restés en télétravail ou en chômage partiel. Nous avions une très bonne activité avant la Covid-19. Nous avons cependant souscrit un Prêt Garanti par l’Etat parce que notre trésorerie a pris un sacré coup. Depuis, notre activité reprend doucement.

Quel regard portez-vous sur les aides et mesures d’accompagnement des entreprises prises par l’Etat ?

O.d-l-C : J’ai trouvé que tout le plan d’accompagnement a été rapide et efficace (PGE, report de charges, chômage partiel…). Les banques ont également été réactives et fait un travail important aux côtés des entrepreneurs. De mon point de vue, l’Etat a fait son travail en permettant que les entreprises en assez bonne santé puissent passer le cap de la crise. Mais il est clair que de nombreux secteurs comme le tourisme et la restauration ont été plus lourdement impactés. Il faudra donc passer par d’autres mesures et des plans de relance sectorielle.

Vous présidez Réseau Entreprendre qui va bientôt fêter ses 34 ans. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?

O.d-l-C : Ce qui me rend le plus fier, c’est ce réseau de 14 500 chefs d’entreprise, tous bénévoles, qui donnent de leur temps pour aider d’autres chefs d’entreprise à réussir, en créant de nombreux emplois sur leurs territoires. Chaque année, ce sont 1 500 chefs d’entreprise qui sont ainsi soutenus par notre réseau avec un taux de survie à 5 ans de plus de 90%. Et quand on sait qu’en moyenne, chaque entreprise aidée crée vingt emplois, on peut vraiment dire que nos entrepreneurs adhérents sont des héros de l’économie !

Vous venez de présenter votre vision stratégique à l’horizon 2025. Quels sont vos axes prioritaires ?

O.d-l-C : Vous savez, quand André Mulliez a créé le réseau il y a 33 ans, c’était pour répondre à l’enjeu de l’époque : faire face au chômage et à l’économie des territoires. Aujourd’hui, Réseau Entreprendre est confronté à de nouveaux défis environnementaux, sociétaux et éthiques. Notre mission reste inchangée : pour créer des emplois, il faut créer des employeurs. Mais notre défi aujourd’hui est de protéger la planète, ses ressources et sa biodiversité.

Donc notre projet stratégique est de bâtir un 3e pilier à côté du territoire et du chômage : la mobilisation des entrepreneurs face au défi environnemental et sociétal. Pour cela, nous devons prendre soin de nos chefs d’entreprise, de notre réseau, de nos membres et de nos collaborateurs.

Cela passe-t-il avant tout selon vous par des relocalisations et la priorité au « made in France » ?

O.d-l-C : Les Français ont redécouvert depuis le confinement – et c’est tant mieux – tout l’attrait des producteurs locaux, des circuits courts et du made in France. Mais ça ne doit pas être temporaire, ça doit durer ! La ré-industrialisation doit être l’objectif n°1, car elle crée des emplois sur tout le territoire. Elle est protectrice pour l’entreprise et ses salariés. Il faut produire, fabriquer et acheter en France. C’était un rêve, c’est devenu une obligation !

Vous lancez avec Réseau Entreprendre une vaste campagne de recrutement de nouveaux membres. Pourquoi ?

O.d-l-C : Si notre Réseau devait perdre des adhérents en raison de la crise, cela voudrait forcément dire une perte de financement. Or, ce sont les cotisations de nos membres qui nous permettent d’aider et d’accompagner 1 500 chefs d’entreprise et créateurs par an. Pendant la crise sanitaire, tout le monde s’est rendu compte qu’il fallait prendre soin de nos soignants. Pendant la crise économique, c’est la même chose, il faut prendre soin de nos chefs d’entreprise.

Nous avons là une mission d’utilité publique, car en prenant soin de nos entrepreneurs, nous créons de l’emploi et nous soignons l’économie. C’est là toute la force d’un réseau comme le nôtre, que les entrepreneurs qui arrivent à passer la crise aident les chefs d’entreprise qui souffrent le plus à s’en sortir et à se relancer.

Etes-vous optimiste quant à la capacité des entrepreneurs français à se relever et à en sortir plus forts ?

O.d-l-C : Oui, je suis confiant et optimiste, car nos entrepreneurs français ont cette capacité à se remettre en question, à se réorganiser, à trouver des solutions et à innover.

Un message à faire passer à ceux qui nous lisent ?

O.d-l-C : Il faut que tous les entrepreneurs aient conscience qu’ils sont capables de changer le monde. Ils ont cette capacité à changer les choses, à aller dans la bonne direction, à inventer l’entreprise et les emplois de demain. Quand la crise sera passée, il ne faut pas qu’ils repartent sur le modèle d’avant, mais qu’ils soient convaincus au contraire qu’ils peuvent aller vers un monde meilleur, plus respectueux de la planète, plus responsable, plus solidaire. C’est pour cela que l’engagement des chefs d’entreprise au sein de Réseau Entreprendre est si important.

De par leur exemplarité, leur histoire entrepreneuriale et leur expérience, ils ont cette capacité à entraîner les autres à se lancer, à entreprendre, à créer des emplois au cœur des territoires. Ils sont la voix de l’entrepreneuriat, il faut plus que jamais qu’ils fassent entendre leur voix et qu’elle porte haut et fort !

Propos recueillis par Valérie Loctin

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