Par Sylvain Le Falher, fondateur et CEO d’Hello Watt

Tribune. Le président de la République Emmanuel Macron a profité d’un déplacement à Belfort le 10 février 2022 pour annoncer la construction de six réacteurs nucléaires nouvelle génération, les fameux EPR (réacteur pressurisé européen) du même type que le désormais célèbre EPR de Flamanville. Mais cette « renaissance du nucléaire civil français », comme l’a annoncé Emmanuel Macron, est-elle encore seulement possible ?

L’explosion du coût de Flamanville : plus de 280 euros par Français

Débutée en 2007, la construction de l’EPR de Flamanville devait à l’origine durer 5 ans. Plusieurs fois retardée, la mise en service de l’EPR initialement prévue pour 2012 est désormais annoncée pour 2023. Un retard au coût faramineux : 19,1 milliards d’euros, selon la Cour des comptes au lieu des 3,3 milliards initialement prévus, soit un dépassement de 478 %. Si l’on considère 67 millions de Français, le coût actuel de l’EPR — les travaux ne sont pas encore achevés — est d’un peu plus de 280 euros par habitant.

Des compétences aujourd’hui disparues

La question peut donc être légitimement posée : dispose-t-on encore du savoir-faire et d’une filière industrielle à même de construire ces réacteurs ? Au vu des retards et des surcoûts du chantier de Flamanville, il semble que la réponse actuelle soit non. Outre les coûts de construction, réapprendre ce savoir-faire risque de coûter cher à EDF et ses sous-traitants.

La dernière mise en service d’un réacteur en France date d’avril 2002 (Civaux-2), soit tout de même 10 ans ! La construction de l’EPR de Flamanville a été entachée de plusieurs malfaçons et problèmes de sécurité importants : défaut de conception de la cuve, soudures défaillantes… La construction d’un EPR est en effet bien plus complexe que celle d’un réacteur classique.

Autre problème : la filière nucléaire n’a plus la côte depuis quelques années en France. Pour faire face aux besoins, EDF a annoncé recruter 3 300 techniciens et ingénieurs dans le nucléaire pour 2022. Il en faudrait pourtant bien plus, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) préconise quant à elle 4 000 embauches d’ingénieurs par an dans la filière nucléaire.

Un projet à 50 milliards

La première vague de construction des nouveaux EPR (six d’ici 2035) coûtera entre 46 et 64 milliards d’euros, selon les estimations actuelles, soit un coût unitaire compris entre 7,7 et 10,7 milliards (contre près de 20 milliards pour Flamanville).

L’effet de commande de groupe et l’installation des EPR sur des sites déjà existants doit entraîner une réduction des coûts. EDF entend se servir des leçons tirées du chantier de Flamanville et des autres pays. Pour exemple, la construction des deux EPR similaires dans la centrale nucléaire de Taishan en Chine par Framatome aura pris près de 10 ans, accusant également un retard (5 ans). Pourtant, avec un coût final d’un peu plus de 12 milliards d’euros par réacteur, ces derniers auront tout de même coûté 35 % de moins que l’EPR de la Manche.

Un rapport de RTE opportun

Dans les 600 pages de son rapport Futurs énergétiques 2050 publié à la fin de l’année 2021, RTE dessine six scénarios sur l’avenir de notre système électrique. On retiendra notamment la volonté de conserver 50 % d’énergie nucléaire dans le mix énergétique français, et ce, malgré une réduction de la consommation. Pourtant, la plupart des réacteurs actuels auront plus de 60 ans en 2050. Selon la Cour des comptes, ce scénario nécessiterait la construction de 25 à 30 EPR d’ici 2050.

Rappelons que RTE est une filiale d’EDF qui en détient plus de 50 % du capital. Sa mission consiste à acheminer l’électricité entre les grands lieux de production et les centres urbains. RTE a donc tout intérêt à voir se construire de nouvelles centrales nucléaires.

Enfin, selon les scénarios de RTE, le coût de production du nouveau nucléaire serait d’en moyenne 67 euros/MWh. Un coût très bas alors que pour la construction de deux EPR à Hinkley Point au Royaume-Uni, EDF a obtenu un prix garanti de 135 euros /MWh pendant 35 ans ! Un écart difficilement justifiable eu égard aux trois EPR déjà construits par EDF (deux à Taishan en Chine et un à Olkiluoto en Finlande). De son côté, la Cour des comptes établit que le coût de production du nouveau nucléaire serait plutôt compris entre 85 et 100 euros par MWh.

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