Créé en 1980, IONIS Education Group est devenu leader de l’enseignement supérieur privé en France à travers ses 27 écoles et entités implantées en France et à l’international. Fondateur et PDG du groupe IONIS, Marc Sellam revient sur la construction du groupe autour de valeurs communes et sur sa vocation de former la « nouvelle intelligence des entreprises d’aujourd’hui et de demain ».

Pourquoi avez-vous décidé d’entreprendre dans le domaine de l’enseignement supérieur au début des années 80 ?

Marc Sellam : Diplômé de l’ESME Sudria en 1974, j’ai commencé ma carrière dans l’industrie des télécommunications. Après avoir été inspecteur principal à la Direction de l’enseignement supérieur des télécommunications (DEST) entre 1976 et 1980, j’ ai étudié différentes opportunités de création d’entreprise et je me suis orienté assez spontanément vers l’éducation, domaine dans lequel j’imaginais pouvoir pleinement m’épanouir. J’avais une vraie ambition de donner un sens à ma vie et je ne m’imaginais donc pas me contenter de subir passivement les évènements. J’ai toujours souhaité être fier de ce que je faisais et je n’ai jamais considéré la réussite financière comme une fin en soi.

Je me suis donc lancé dans l’aventure entrepreneuriale en 1980 en créant l’Institut supérieur européen de gestion (ISEG Paris) qui a proposé des formations de niveau Bac, Bac +2 et Bac +3 durant les cinq premières années. J’avais à l’esprit que l’idée ne constitue que 5% dans un projet, les 95% restants étant l’effort à produire à force de travail et de sueur pour concrétiser et faire vivre cette idée.

Le Groupe IONIS est une constellation d’écoles pluridisciplinaires (commerce, marketing, digital, comptabilité, ingénierie, informatique…). Comment avez-vous bâti cet écosystème ?

J’ai commencé par poser la première pierre du Groupe IONIS en créant « une grande école », l’ISEG, dans le domaine « business » en 1980, qui est l’univers le plus simple à approcher sur le plan de la logistique et des compétences. En créant l’ISEG, l’idée était d’être comparée à HEC et non aux BTS. Je savais qu’entre « l’élite » et les offres purement commerciales il y avait de la place pour une formation plus actuelle, proche des entreprises, active et innovante. Créer par la suite une école d’ingénieurs dans la tech a été beaucoup plus exigeant et n’est pas à la portée de n’importe qui.

Ingénieur de formation, j’ai fait le pari audacieux de créer un cursus d’ingénieur car j’étais convaincu que nous avions une carte à jouer en tant que « grande école d’ingénieurs » à côté des « très grandes écoles d’ ingénieurs » et des institutions reconnues. Nous avons donc su nous positionner rapidement dans le secteur informatique en reprenant l’EPITA en 1994, dix ans après sa création. C’est devenu une grande école qui forme ceux qui imaginent et créent le monde numérique de demain.

Nous avons ensuite souhaité élargir notre scope en reprenant d’autres écoles dans la tech, parmi lesquelles l’Institut polytechnique des sciences avancées (IPSA) en 1998, une grande école qui forme des ingénieurs spécialisés en aéronautique et en spatial, sans oublier l’école pluridisciplinaire centenaire ESME Sudria acquise en 2005, qui s’est élevée au rang de grande école dans le domaine des enseignements transverses dans la tech (énergies renouvelables, informatique, intelligence artificielle, électronique, robotique médicale…). Nous avons également créé l’Institut supérieur des biotechnologies (Sup’Biotech) en 2003 qui rayonne aujourd’hui brillamment dans le domaine des biotechnologies à Paris et Lyon.

En quoi l’EPITA apportait-elle un mode d’enseignement innovant ?

Lorsque nous avons repris l’EPITA, cette école d’ingénieurs en informatique proposait un modèle très particulier et avait un formidable projet de formation porté par un modèle novateur en son temps qui consistait à ne pas enseigner l’informatique comme les mathématiques ou la physique. Nous avons souhaité capitaliser sur ce modèle et sur ses méthodes d’enseignement révolutionnaires par projet, sous forme de « piscine » (période d’intégration de chaque nouvel étudiant d’une école du groupe, Ndlr) et d’immersion complète. Les étudiants n’avaient pas à suivre des cours didactiques de mathématiques, de chimie ou de physique tout au long de l’année.

Ils appréhendaient ces matières autrement, à travers des projets, et sollicitaient de l’aide lorsqu’ils éprouvaient des difficultés à comprendre afin d’approfondir le sujet ou de consolider les bases. Ce schéma rompait radicalement avec la logique séquentielle d’un enseignement théorique en mathématiques ou physique préalable à l’enseignement technique. Les étudiants devaient s’intéresser à l’ univers de l’informatique en rentrant dans le sujet par le biais de l’application. Ils se réjouissaient de cette approche. Ils n’auraient pas nécessairement adhéré au projet si on leur avait demandé d’emblée de faire des mathématiques, mais ils étaient partants pour en faire dans un second temps en sachant pourquoi.

Comment avez-vous réussi à valoriser la singularité et le côté avant-gardiste de l’EPITA et à lui donner ses lettres de noblesse ?

Soucieux de faire reconnaître cette école comme faisant partie des écoles d’ingénieurs, nous avons décidé de la scinder en deux entités en 1999. D’un côté, nous avons normé l’EPITA afin qu’elle réponde aux critères d’éligibilité du label CTI (Commission des Titres d’Ingénieur), et de l’autre, nous avons créé EPITECH pour ne pas dénaturer un projet qui nous était apparu comme précurseur en conservant l’avantage de ce qui faisait nativement la force du modèle. EPITECH est donc devenue une grande école d’informatique en restant fidèle à son ADN de départ qui n’est pas lié à un diplôme. Et en parallèle, EPITA fait la même chose mais différemment.

Lorsque vous avez racheté l’EPITA, les indicateurs n’étaient pas favorables…

C’est vrai. L’école éprouvait des difficultés liées à une mauvaise gestion. Les promotions sortantes étaient de 400-500 étudiants et seule une cinquantaine d’élèves rentraient chaque année. Il fallait avoir une vision pour se positionner sur ce dossier ! Nous avons réussi notre pari :l’EPITA compte aujourd’hui près de 2 500 étudiants et nous dépasserons les 3 000 dans les années à venir.

Créateur d’un nouveau modèle éducatif, le Groupe IONIS a révolutionné les schémas classiques de l’école. Comment avez-vous imaginé ce nouveau système en rupture avec l’existant ?

Nous souhaitions proposer une alternative à un système éducatif très conservateur en apportant un modèle pédagogique original et différenciant. Nous avons imaginé un modèle disruptif qui n’existait pas à l’époque, essentiellement basé sur les projets, différent du modèle universitaire et des grandes écoles classiques. La cartographie des écoles était composée des « très grandes écoles » comme HEC, Polytechnique, Sciences Po…, en dessous desquelles gravitaient quelques écoles privées qui n’ étaient pas considérées comme de « très grandes écoles ».

En dehors de ce cercle restreint, il existait une autre catégorie à laquelle je me suis intéressé dès le départ. J’avais pour ambition d’être la « grande école » et non simplement « l’école », sans pour autant prétendre au statut de « très grande école ». Notre volonté de jouer dans la cour des « grandes écoles » nous a conduits à ne jamais nous satisfaire de ce que nous obtenions, et à nous inscrire dans une logique de constant dépassement afin de poursuivre notre développement.

Quelle réponse êtes-vous en mesure d’apporter en tant que « grande école » à côté des « très grandes écoles » ?

Nous avons trouvé notre place entre les « très grandes écoles » et les écoles qui se contentent de répondre à une attente non satisfaite à l’instant T dans un marché d’enseignement très évolutif. Nombreuses sont les écoles qui se créent et font illusion en apportant une réponse à une situation de pénurie, mais leur projet opportuniste est souvent éphémère. Aujourd’hui, les écoles qui proposent les formations BTS ne subsistent que grâce à leur schéma de gratuité et à leur promesse d’intégration des étudiants en entreprise.

Cette catégorie d’établissement, que je dénomme « les petites écoles », affichent l’argument de la gratuité pour attirer les élèves et répondent uniquement à des critères de facilité. Notre approche est différente, l’idée étant que l’on paye lorsque cela vaut la peine pour avoir un service délivré à forte valeur ajoutée. Les « grandes écoles » ont une véritable réponse à apporter aux étudiants. Lorsque qu’un élève intègre une école du Groupe IONIS, il a non seulement un pied arrimé dans le monde de l’entreprise, mais il est également formé et armé pour construire son avenir.

Le Groupe IONIS peut parfois sembler difficile à comprendre. Quel est le moteur de ce développement soutenu agrégeant de multiples écoles issues d’univers différents ?

Nous ne sommes pas des acquéreurs compulsifs d’écoles. La réussite ne commence pas le jour où vous rachetez une école mais après quelques années, lorsque les étudiants sortent diplômés et que vous en avez recrutés d’autres. Acquérir une école pour qu’elle dépérisse est une hérésie. Notre démarche est sous-tendue par un vrai projet pédagogique et une approche très différenciante. Notre objectif est de former les nouvelles intelligences de l’entreprise en nous appuyant sur notre solide connaissance du monde des entreprises et des étudiants. Nous aurions pu reprendre des écoles pour en faire des « vaches à lait », cette démarche est à la portée de n’importe qui mais ne correspond absolument pas à notre philosophie.

Nous souhaitions construire un projet dans la durée et pérenniser nos différents établissements. Toutes les écoles que nous avons créées ont doublé, triplé ou quadruplé dans des domaines où la réputation se construit lentement mais se détruit également très rapidement. Nous avons érigé le Groupe IONIS progressivement en ayant une vraie vision et en nous questionnant continuellement sur la manière de former les étudiants pour les mettre en situation de réussir dans le monde d’aujourd’hui et de demain. L’exercice n’est pas le même que lorsque vous êtes bien installés comme certaines écoles qui se contentent de former leurs étudiants avec une vision court-termiste sans se préoccuper des enjeux futurs.

Comment prenez-vous en compte les besoins des élèves ?

Par essence, ils sont avant tout à la recherche de modes de vie qui leur plaisent et leur correspondent. Nous devons constamment avoir à l’esprit que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas nécessairement demain. Nous devons anticiper pour accompagner au mieux nos élèves. Nous devons être attentifs à leurs envies, à leurs motivations et avoir une vision fine du marché du travail et de ses évolutions. Nous devons constamment nous adapter à un monde qui se transforme toujours plus rapidement, plus intensément et plus subitement. Nos choix sont guidés par l’engagement dans la durée qui nous lie aux étudiants et aux entreprises.

Par exemple, notre intérêt pour des univers comme les biotechnologies, l’aérospatial ou l’informatique est toujours corrélé à l’intérêt de nos étudiants qui sont notre raison d’être. Au-delà des savoirs théoriques, nous devons permettre aux étudiants de développer des compétences et d’appréhender le monde dans sa complexité et son évolutivité afin qu’ ils deviennent acteur de la société d’aujourd’hui et de demain. Nous devons leur apporter des réponses, mais également les aider à comprendre les questions fondamentales. Mon obsession est de ne jamais entendre d’un étudiant qu’il regrette d’avoir choisi l’une de nos écoles. Les étudiants sont notre raison d’être.

Que vient-on chercher dans une école du Groupe IONIS ?

La crise sanitaire a parfois donné l’illusion que l’on pouvait fonctionner sur le modèle d’une école virtuelle sans mur. Il est vrai que l’on peut apprendre sans être présent physiquement dans une école, mais on y vient chercher tout autre chose. Les années que l’on passe dans une école sont différentes de celles que l’on passe seul dans un lieu unique à apprendre ou dans une école verticale où l’on ne fait que de l’informatique ou du business. Nous proposons une expérience différente à nos étudiants en créant un écosystème autour d’eux afin de les mettre en situation de réussir aujourd’hui mais aussi demain. Nous insistons très largement sur la dimension projets en encourageant nos étudiants à travailler ensemble entre les différentes écoles afin de valoriser les complémentarités

et créer une dynamique de groupe. Nous souhaitons favoriser l’ esprit collectif, ouvrir les étudiants à l’ international et les faire vivre ensemble de manière à ce que les 4-5 années passées dans notre groupe leur servent et leur permettent d’avoir une vraie réussite dans la durée. La question aujourd’hui n’est pas celle de leur employabilité à la sortie de l’école. Le cœur de notre métier est de les aider à se forger un vrai potentiel de réussite dans le temps. Toute la différence est là : nous ne formons pas seulement des étudiants à des métiers, nous les formons au sens large en les éduquant et en leur ouvrant l’esprit. Les étudiants sont au cœur de notre système.

Comment définir votre culture de la pédagogie ?

Elle est radicalement différente d’une culture du fonds de pension. Durant une réunion, un fonds d’investissement ne s’attardera que sur les dépenses engagées et les marqueurs financiers au mépris de l’ organisation de grands projets ou des questions pédagogiques. Je me suis forgé une expérience dans le domaine de l’éducation durant mes études en donnant des cours. Je savais donc ce que signifie enseigner et les difficultés auxquelles on peut se heurter. Avoir connu le terrain à travers un passé où l’on a soi-même enseigné et où on a fait l’effort d’ apprendre aux autres est essentiel.

Nos étudiants travaillent sur des problématiques concrètes, proches de celles qu’ils aborderont en entreprise. Nous leur proposons de vivre des expériences innovantes en développant leur sens du projet, de l’initiative et de la créativité. Nous assumons pleinement le fait d’être une entreprise. Nous adaptons nos formations au monde professionnel mais sans pour autant chercher à répondre aux besoins immédiats souvent volatils.

Quel rapport au temps le Groupe IONIS entretient-il ?

Notre développement n’est pas guidé par des effets de mode et les tendances. Certaines écoles surfent aujourd’hui sur la vague digitale, comme d’ autres écoles surfaient hier sur l’informatique. Ces écoles s’inscrivent dans une logique éphémère qui consiste à répondre à un besoin immédiat sans réelle volonté de construire dans la durée. Nous passons notre temps à construire car nous souhaitons que l’étudiant sorte avec un vrai bagage. Certaines écoles en informatique proposent des formations en IA sur une durée d’à peine 6 mois et prétendent que ce temps est suffisant pour être formé.

Nous n’avons pas souhaité, pour notre part, céder à la facilité de l’immédiateté. Nous partons du postulat que le temps est important car un jeune n’intègre pas une école au seul motif de se former dans un secteur mais parce qu’il doit se construire et construire sa vie professionnelle. Nous souhaitons lui donner la chance de pouvoir évoluer dans le temps en lui offrant des perspectives d’avenir. La demande est telle dans le secteur informatique que les entreprises embauchent des développeurs en informatique formés en 6 mois sans sourciller, mais le problème se pose à plus long terme, lorsque la technologie évolue. Convaincus que le temps est important en matière de formation, nous avons souhaité construire dans la durée pour pérenniser notre projet dans le temps.

Chaque semaine, vous rencontrez les différentes écoles du groupe pour évoquer, notamment, les questions de pédagogie. C’est assez rare pour un chef d’entreprise ?

J’évoque systématiquement trois thématiques lors de ces points hebdomadaires : le développement futur, le quotidien (l’enseignement et la pédagogie) et tout ce qui concerne l’extérieur (les relations institutionnelles, les entreprises, l’international…). En étant chaque semaine au cœur du « produit », je ne m’éloigne jamais de la réalité de l’entreprise. Ma mission est différente de celle d’un patron qui a pour seule mission de s’assurer de la rentabilité de l’entreprise, mais pour autant, il n’est pas question de dire que nous ne visons pas la rentabilité. Le profit n’est pas une insulte pour une entreprise, mais c’est ce n’est pas la finalité de notre groupe qui aspire à former au mieux les étudiants pour qu’ils soient satisfaits durablement quand ils quittent nos écoles.

En tant que dirigeant de ce groupe, mes préoccupations sont multiples : je suis au carrefour de la pédagogie, de la stratégie, du financier, des problèmes de bâti, du développement à l’international… Je suis entouré de grands professionnels, d’équipes très motivées et surtout très impliquées au quotidien et qui comprennent cette logique centrée sur l’avenir de nos étudiants et y adhèrent pleinement.

La pluridisciplinarité anime et inspire les pédagogies des différentes écoles du groupe. Comment s’exprime-t-elle et sous quelles formes ?

Nous avons souhaité faire cohabiter sur un même campus des écoles technologiques et de business pour développer les synergies. Le regroupement d’écoles différentes sur un même site favorise la transversalité et les échanges interdisciplinaires. Ces campus technologiques et créatifs sont vraiment une projection de ce que seront dans quelques années tous nos campus. Plus que jamais, un véritable « mélange des genres » tel qu’on le retrouve au quotidien dans les entreprises performantes et innovantes. Nous conduisons cette révolution depuis plusieurs années avec pour objectif de passer d’une culture « mono » à une culture « multi » pour élargir le champ des possibles.

Soucieux de ne pas enfermer les étudiants dans un tunnel vertical, nous avons imaginé une organisation favorisant la transversalité et les passerelles entre les écoles du groupe. Chaque étudiant a donc la possibilité de suivre des cours dans une autre école du groupe afin d’enrichir son parcours. Aujourd’hui, nos étudiants de l’ISEG suivent des cours de code sur le campus d’EPITECH en fin de première année et les élèves d’e-artsup suivent des cours de marketing dispensés par l’ISEG. Réunissant plus de 1 000 étudiants de l’ISEG, d’Epitech, d’e-artsup, la Project Week est un challenge national annuel d’une semaine qui met en lumière la pluridisciplinarité.

Des équipes mixtes travaillent sur des problématiques concrètes pour apporter des solutions innovantes à un brief complexe proposé par une entreprise (Nike, Sony Music, Mugler…). Les écoles d’ingénieurs comme l’ESME, IPSA ou Supbiotech offrent la possibilité de suivre un double parcours à l’ISG (parcours d’Ingénieur Manager). Nous proposons également d’autres doubles parcours entre nos écoles. Nous sommes constamment – j’aime le répéter – dans une dynamique qui vise à ce que l’étudiant ne puisse jamais regretter d’avoir choisi nos écoles.

Comment concilier les notions de pérennité et d’adaptabilité ?

Notre groupe n’est pas mono dynamique, il est mû par plusieurs types de dynamiques qui favorisent les convergences, décloisonnent les disciplines et ouvrent les esprits. Il n’est pas si courant de voir des écoles travailler ensemble : nos écoles d’ ingénieurs travaillent entre elles ou avec des écoles de commerce, nos écoles de création travaillent avec nos écoles technologiques et de communication… Favoriser la transversalité et les échanges complexifient l’ensemble mais c’est un choix stratégique délibéré. Le système que nous avons mis en place fonctionne naturellement sans que nous ayons eu à l’ expliquer aux étudiants. L’étudiant d’aujourd’hui est beaucoup plus déstructuré – au sens positif du terme – et arborescent qu’il l’était il y a 20 ans.

Les jeunes sont dans une culture du « multi » et n’éprouvent désormais aucune difficulté à partager et à travailler avec d’autres écoles du groupe. L’environnement est devenu très exigeant. On ne rentre pas uniquement dans une école pour y décrocher un diplôme. On intègre une école parce qu’elle sert véritablement à quelque chose, et si elle n’apporte rien, le diplôme décroché n’y changera finalement pas grand-chose. Nous mettons tout en œuvre pour aider nos étudiants à progresser, s’adapter, créer et se remettre en question afin qu’ils soient partie prenante des nouveaux mondes qui se dessinent.

Le groupe est aujourd’hui présent dans quinze régions. Pourquoi vous être engagé dans la voix de la régionalisation ?

Devenir une institution sur le long terme passait par une implantation en région. Nous souhaitions construire un groupe qui soit simultanément multiple, décentralisé et implanté dans plusieurs villes. Nous nous sommes diversifiés dès 1986 en nous implantant en région avec l’ouverture d’une antenne de l’ISEG à Bordeaux. Nous étions pionniers dans notre manière d’approcher l’implantation en région alors qu’une sorte d’étanchéité subsistait entre Paris et la province dans l’univers des grandes écoles. Les écoles implantées dans la capitale restaient parisiennes et celles implantées en province demeuraient régionales. Nous avons souhaité casser les codes et imaginer un ancrage en région sous une autre forme.

Plutôt que de concentrer toute notre attention et notre développement sur une seule unité parisienne, nous avons préféré disposer de plusieurs unités installées dans différentes régions. La régionalisation est une composante essentielle de notre développement et de notre rayonnement. Le temps nous a donné raison car les écoles qui étaient implantées en région avant notre arrivée, telles que l’IÉSEG et l’ESSCA d’Angers, ont aujourd’hui une marque reconnue et ancrée en province mais moins connue à Paris.

Sous quelles formes la dimension internationale se décline-t-elle dans le groupe ?

La dimension internationale est essentielle pour s’ouvrir aux autres et aux autres cultures, favoriser l’ ouverture d’ esprit et se découvrir soi-même. Nos étudiants passent au moins un semestre hors de l’ Hexagone durant leur cursus en cinq ans. Nous proposons à nos étudiants un éventail de parcours au sein de plus de 300 établissements partenaires à travers le monde. La dimension internationale s’exprime sous différentes formes : à Sup’Biotech, la moitié des cours de 3ème année et tous les cours de 4ème et 5ème sont dispensés en anglais ; le Bachelor of Art in Business Administration, entièrement anglophone, permet d’obtenir le diplôme de Bachelor de l’ISG validé par l’université Middlesex (Londres) ; les étudiants de l’IPSA et de l’ESME Sudria passent leur dernière année dans une université étrangère partenaire afin d’y décrocher un double diplôme.

Nous avons développé des partenariats avec des universités internationales et multiplié les échanges inter-universités. Nous proposons des doubles diplômes aussi bien pour les écoles d’ingénieur que pour les filières de création et de commerce. Nous disposons également de campus à l’international qui nous permettent d’exister par nos propres moyens : en Europe à travers quatre campus (Berlin, Bruxelles, Barcelone et Genève) et aux États-Unis (New-York). Nous avons pour projet d’ouvrir d’autres sites en Europe. Nous réfléchissons également à nous développer sur le continent asiatique.

Quels sont les effets de l’accélération des transformations de notre société sur vos écoles ?

Le monde est en constante évolution et nous devons être partie prenante de ces changements. La crise sanitaire a eu un effet d’accélération spectaculaire en matière de révolution numérique et digitale. Nous avons gagné dix ans en l’espace de deux ans, alors que personne n’aurait imaginé que l’on ferait le saut aussi rapidement. L’entreprise, le monde des affaires et plus largement la vie sont en constante mutation. La stabilité est profondément ennuyeuse et la vie n’a d’intérêt que s’il y a du changement et du mouvement. Refusant que les modèles du passé s’imposent, nous veillons à anticiper les mutations à venir pour dessiner le monde demain.

Nous sommes constamment en mouvement en nous demandant à quoi ressemblera le monde de demain sans pour autant déroger à notre ADN. Nous avons une forte culture de la transformation emprunte d’adaptabilité et d’une capacité de remise en perspective. Nous jouons sur l’équilibre subtil entre nos fondamentaux et la hardiesse de se repenser. Nous sommes animés par la volonté de nous projeter vers l’avenir dans une quête constante d’innovation, combustible d’une pédagogie en phase avec les exigences de son temps. Ce qui explique que notre groupe n’est pas toujours l’idéal pour des cadres qui recherchent des formes de permanence et de stabilité que l’époque, l’innovation et la technologie empêchent.

Quel est le fil conducteur de l’idée d’une école après l’école ?

Notre idée est de dire qu’il y a une école après l’école en prolongeant l’école d’une dizaine d’années autrement, sous une autre forme, et à travers d’autres types de relations. Convaincus de la pertinence de ce continuum, nous nous sommes engagés sur cette voie, notamment à travers l’initiative conduite avec l’ISEG qui a remporté un formidable succès. Nous avons également rassemblé nos anciens étudiants, indépendamment de leur école, autour de l’initiative IONIS Next qui organise des rencontres et de conférences. Nous ne sommes qu’aux prémices de cette formidable initiative.

Alors que le Groupe IONIS célèbre ses 40 ans, quel bilan dressez-vous de la période écoulée ? Estimez-vous avoir réussi à réaliser votre projet ?

Nous n’avons jamais cédé à la facilité de l’autosatisfaction. Nous aurions pu considérer à chaque nouvelle étape que c’était formidable et en rester là, mais nous avons toujours estimé que ce qui venait le lendemain était encore plus important. Aujourd’hui, 40 ans après la naissance du groupe, nous nous réjouissons de constater que nos étudiants considèrent avoir fait le bon choix en se formant dans l’une de nos écoles : c’est notre plus belle réussite. Nos élèves n’ont aucune difficulté à trouver un emploi en sortant de l’école et réussissent dans la durée, 10 ou 20 ans après.

Nous avons fait le choix stratégique d’une montée en puissance progressive sans accélérateur inutile ou faux événements. Les étudiants ont été les premiers à s’approprier le groupe.

Souhaitez-vous poursuivre le développement du groupe au même rythme ?

Reprise en 1997, l’ISG proposait alors un programme unique dans une seule ville, Paris. Aujourd’hui, avec près de 5000 étudiants, l’ISG offre 8 programmes et rayonne dans 8 villes. Notre constante expansion ne traduit pas une volonté effrénée d’ accroître le nombre de nos étudiants. Notre objectif est de répondre dans le temps aux problématiques des étudiants avec justesse et pertinence. Notre démarche ne consiste pas à vouloir être présents dans les 64 alvéoles qui existent. Il est certes important que continuions à nous développer et à grandir, mais nous devons garder à l’esprit que le domaine de la formation est comparable à l’univers du luxe ou de la santé dans lesquels seule la pérennité fait sens.

Il est essentiel de perdurer dans ce qui constitue notre ADN, tout en acceptant les révolutions qui sont naturelles et les changements liés aux modifications du mode de fonctionnement de la société, des mentalités et des technologies. La taille de notre groupe, notre implantation à Paris dans plusieurs arrondissements, à travers plusieurs écoles, en région mais aussi à l’international, fait que nous sommes naturellement contraints de continuer de grandir.

Comment le groupe continuera-t-il d’accompagner ses étudiants ?

Nous nous interrogeons constamment sur le rôle qui sera le nôtre demain dans la réussite de ceux qui nous font confiance. Notre mission est d’être à leurs côtés et de les accompagner tout au long de leur parcours professionnel sous plusieurs formes. Cela suppose que nous soyons au cœur de l’entreprise demain avec eux, présents lorsqu’ils souhaiteront changer de métier et évoluer, attentifs à ce qu’ils ne « s’endorment » pas. Nous sommes désormais loin des schémas de carrière linéaire avec un employeur unique. Les étudiants auront à s’adapter tout au long de leur parcours professionnel à différentes entreprises, à différents univers et à des environnements en constante évolution.

Quelle résonance souhaitez-vous donner à l’institution IONIS ?

Nous souhaitons à l’avenir que la marque IONIS soit fédératrice et porteuse d’un sens commun qui parle aux différentes écoles. Rejoindre une école du Groupe IONIS, c’est également intégrer une institution. Lorsqu’une entreprise en région cherchera un profil, elle ne s’adressera pas à une école spécifique du groupe mais à l’entité IONIS qui regroupe toutes ces écoles. Nous continuerons d’avoir des marques présentes telles que l’EPITA, l’ISG… mais l’idée est que cela soit, aussi, l’institution IONIS avec sa constellation de marques qui fasse sens.

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

seize − six =