Horlogerie : le projet fou d’Anthony Simao, fondateur de la marque Lornet (Aiôn Group)

Le landerneau horloger est en émoi. Anthony Simao, président de Aiôn Group veut créer dans la ville provençale une usine horlogère sur 30 000 m2 en rapatriant de Suisse le savoir-faire de la production. Un savoir-faire disparu depuis des décennies sur notre territoire.

Avant d’aborder une actualité brûlante du côté de Marseille, pouvez-vous nous parler de votre parcours dans l’horlogerie et de la création de la marque haut de gamme Lornet ?
Anthony Simao : Ayant jeune une appétence pour la création, j’ai suivi toute la filière de formation en horlogerie à Morteau dont 2 années d’apprentis-sage chez Breilting, puis à la fin de mes études j’ai eu l’opportunité d’intégrer un sous-traitant, Chronode, une petite équipe au sein de laquelle j’ai pu apprendre le prototypage, l’industrialisation de mouvements et voir la création de nouvelles marques. Suite à cette première expérience, je me suis mis à mon compte, en proposant du service pour plusieurs marques prestigieuses. C’est là que mon goût pour la décoration s’est développé.
Sur les grandes séries, les pièces sont montées presque brutes, mais en haute horlogerie, l’horloger ou les décorateurs retouchent à la main chaque pièce pour enlever les traces d’usinage, polir, chacune est sublimée. Il s’agit d’un savoir-faire très spécifique et technique, il n’y a aujourd’hui pas d’école en France. La haute horlogerie m’a toujours attiré, j’aime le travail artisanal et fait main, je préfère la petite quantité à forte valeur ajoutée. Évidemment après quelques an-nées à côtoyer ces grandes marques, j’ai eu l’envie de créer ma propre montre, l’idée de Lornet a commencé à germer et j’ai lancé le projet en novembre 2016 sur un créneau haut de gamme, français où il n’y avait peu d’acteur à ce moment-là.

Il était impossible de faire du 100% français ?
Nous sommes arrivés à faire du 95% français. J’avais l’avantage d’être un technicien du milieu horloger avec un réseau de fournisseurs et de partenaires. Mais pour l’organe réglant, notamment le spiral, des composants très complexes à fabriquer et dont le savoir-faire industriel a disparu depuis plus de 30 ans en France, nous avons été obligés de commander à l’étranger.
Lornet est une montre « squelette », sans cadran, dans laquelle on peut mettre en avant tout le travail des sous-traitants ainsi que la finition des pièces que nous appelons décoration en horlogerie. Le lancement s’est bien passé, les montres se sont bien vendues, et une fois au bout de la série produite, la question se posait de relancer une petite série ou d’aborder le problème de l’intégration de la fabrication des spiraux.

Quelles sont les principales difficultés à recréer des mouvements horlogers en France ?
Depuis plus de 40 ans la France ne possède plus le savoir-faire nécessaire à une production 100% française notamment la production de spiraux, le cœur de la montre. La crise du Quartz a marqué la fin de la production de mouvements mécaniques en France. Aujourd’hui il existe 3 acteurs majeurs sur le marché des mouvements horlogers, ETA (Swatch Group), Sellita pour les Suisses et Myota le Japonais. Nous avons eu l’opportunité de racheter une manufacture ayant l’expertise et le savoir-faire dans la production de mouvement jusqu’au spiraux, ce qui est extrêmement rare et n’existe plus aujourd’hui en France.

Vous avez ainsi levé des fonds pour mener à bien ce rachat ?
Il était frustrant de ne pas pouvoir faire du 100% français. J’ai donc décidé de prendre le temps de trouver des partenaires pour lancer un vrai projet industriel français. J’ai été accompagné par des investisseurs qui ont compris notre histoire et nos valeurs et veulent participer à cette relocalisation. Il s’agit de relations, de business angels, de family offices et nous sommes toujours en recherche de partenaires et investisseurs.
Il faut une structure crédible pour proposer une alternative, et un outil industriel à la hauteur de ce que l’on veut faire, pour tenir les coûts. On ne peut pas faire les choses à moitié dans l’industrie, sinon il n’y a pas de débouchés. Cette manufacture a un outil industriel complet qui permet une production de 400 000 mouvements par an, mais nos ambitions sont plus réalistes avec un objectif de 50 000 mouvements à fin 2023.

L’annonce de la construction d’une usine de fabrication de montres fait battre le cœur de la filière française. Dites-nous en plus sur ce projet qui voit le jour à la Ciotat.
Nous sommes bien entendu allés voir la région Franche-Comté au tout début du projet mais après analyse des différentes possibilités et atouts, nous avons fait le choix de nous installer en PACA. La première des raisons est la volatilité du personnel. Le phénomène est bien connu, la proximité avec la Suisse vient perturber le marché. Le personnel formé en France part y travailler pour des salaires plus avantageux.
Nous avons donc opté pour un parti pris, trouver un cadre de vie et proposer autre chose aux collaborateurs français et suisses qui viennent s’installer ici pour un environnement attractif, sans oublier la proximité de l’aéroport international et de la gare TGV. Autre critère important, l’école d’horlogerie de Marseille, qui va nous permettre de trouver des employés qualifiés localement. Enfin, nous sommes ici un peu sur un circuit court, nous nous rapprochons de nos clients qui viennent tous régulièrement sur la Côte d’Azur ou y vivent. De plus, nous avons été épaulés par la Région Paca, et le département qui ont fait le nécessaire pour trouver un vrai beau terrain de 30 000 m2, un vrai cadre à la hauteur du projet.

Votre planning ?
Le permis de construire sera déposé d’ici la fin d’année, et notre deadline pessimiste est fin 2027 pour le démarrage dans le bâtiment définitif. Nous occupons actuellement un local que nous louons. Nous sommes une vingtaine à présent à la Ciotat et quinze en Suisse, et serons une bonne quarantaine d’ici la fin de l’année. Il est vrai que les conditions de travail et le sud de la France nous aident, car depuis le Covid, les collaborateurs y prêtent plus d’im-portance. On reçoit énormément de CV, on voit que nous sommes sur la bonne voie. Les signaux sont positifs.

Quels sont vos principaux avantages compétitifs ?
L’outil industriel que nous rapatrions est notre principal avantage compétitif puisqu’il n’y a plus de véritable manufacture horlogère en France aujourd’hui intégrant la production de spiraux. Le cout de la main d’œuvre française est inférieur au cout de la main d’œuvre suisse. Un autre avantage important est que notre groupe fonctionne comme un hub horloger. Notre organisation va du bureau d’étude à la commercialisation en passant par la production et les services tel que l’assemblage, le SAV et la finition de composants. Nos clients sont français et internationaux, ils apprécient la qualité française à un prix compétitif.

D’où viennent le nom de Lornet, et d’Aiôn group ?
J’ai choisi d’appeler ma marque de montre Lornet en hommage à mon grand-père, ébéniste, qui m’a donné le gout pour l’artisanat d’exception. Son nom de famille et donc celui de ma mère est Lornet. Pour Aiôn, il s’agit d’un des Dieux grecs du temps, le temps cyclique, éternel et intemporel comme le sera notre groupe et notre manufacture.

Anne Florin

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