Un Français n°1 mondial ! Editeur d’applications dans le domaine de la créativité, MWM est connu du grand public pour sa suite d’applications musicales. Petit éditeur d’applications de DJ au départ, son fondateur, Jean-Baptiste Hironde (EPF Ecole d’Ingénieurs), en a fait le premier éditeur mondial d’applications musicales avec plus de 350 millions de téléchargements dans 182 pays. Qui dit mieux ?

Comment l’idée de créer un logiciel de DJ grand public est-elle née ?

Jean-Baptiste Hironde : Etudiant en école d’ingénieur à la fin des années 2000 et passionné de musique, je consacrais un temps significatif à créer de la musique sur des logiciels de MAO et à pratiquer le « djing de chambre ». À l’époque, il existait des solutions PC très compliquées à aborder, parfois même plus complexes que mes cours de mécanique des fluides (rires). C’est ainsi que l’idée m’est venue en 2009 de créer un logiciel de mixage destiné au grand public afin que n’importe qui puisse disposer d’une solution simple pour animer ses soirées entre amis ou lors de certains évènements familiaux. Le logiciel développé avec mon associé Nicolas Dupré a vu le jour deux ans plus tard sur mobile après avoir essuyé un insuccès en version Web.

L’aventure de MWM a donc réellement commencé avec le lancement de cette première application de DJ (Edjing Mix) qui est l’app DJ la plus téléchargée au monde sur les huit dernières années. Aujourd’hui, une nouvelle page se tourne, avec l’ambition de ne plus nous cantonner à l’univers de la musique. Nous souhaitons élargir notre scope et adresser l’industrie créative en nous diversifiant dans de nouvelles catégories (vidéo, photo…).

Comment expliquez-vous le fantastique essor de MWM ?

Edjing Mix a décollé grâce à la mise en avant d’Apple et depuis, elle a toujours été très haut dans les « tops charts » sur l’ AppStore et le PlayStore. Nous avions trouvé quelque chose qui générait de l’audience et de l’engouement et nous avons donc imaginé poursuivre sur cette voie. Nous avons mis le doigt dans un engrenage vertueux. En parallèle, nous avons développé un catalogue de 15 applications musicales adressant les principaux besoins en matière de musique : apprentissage, jeux, utilitaires et production. En 2019, nous étions au premier rang des éditeurs d’applications musicales au niveau mondial avec 400 millions de téléchargements cumulés à travers le monde.

Nous avons beaucoup réfléchi aux raisons pour lesquelles nos applications de musique rencontraient un tel succès en essayant de comprendre pourquoi les gens les téléchargent, passent du temps dessus et surtout acceptent de payer. Les applications de jeux qui sont particulièrement addictives suscitent un important engouement, mais pour autant, les utilisateurs refusent majoritairement de payer faute d’identifier la valeur apportée. La valeur perçue à l’entrée de notre application est tellement forte qu’aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes s’y abonnent. Nous avons de très forts taux de conversion.

De quel constat êtes-vous partis ?

Aujourd’hui, les consommateurs sont dans un mode de consommation ultra passif, ils scrutent les réseaux sociaux, regardent les séries en continu, etc. Pourtant, dès qu’on leur donne l’opportunité de faire autre chose que de consommer du contenu sans aucune forme de réflexion, ils sont partants.

Tous les Facebook, Netflix, etc, participent à une forme de régression intellectuelle. Ils sont très chronophages et n’apportent aucun bienfait en matière de développement et de stimulation intellectuelle, si ce n’est d’occuper le temps passivement devant des écrans.

Comment redonner du sens au contenu ?

Nous avons souhaité offrir des outils qui permettent aux gens de développer leur créativité. Les scandales sont nombreux concernant la consommation outrancière de jeux et de contenus abêtissants par de jeunes enfants altérant leurs capacités mentales. Chez l’enfant, cette consommation passive fait que plus aucune zone de leur cerveau en formation n’est sollicitée ou excitée ; l’adulte, quant à lui, n’apprend plus et ne progresse plus. Nous souhaitions proposer une alternative à cette forme de régression intellectuelle.

Nous avons réussi à mettre dans la main de centaines de millions de personnes des applications dans le domaine de la musique leur permettant d’apprendre des choses, de créer des contenus, de développer leur créativité, d’ être fiers de ce qu’ils produisent et de le partager. C’est une activité bien plus gratifiante. Nous avons imaginé étendre ce schéma à d’autres domaines. Partant du constat qu’aujourd’hui, les gens passent beaucoup de temps à créer des contenus photo et vidéo, nous avons eu l’idée de proposer des solutions pour réaliser encore plus facilement des contenus créatifs et permettre aux utilisateurs de s’occuper intelligemment.

Nous avons donc simultanément identifié un besoin dans la mesure où gens sont demandeurs de ce type d’application et de produits, mais cela nous permet également d’ avoir une forme d’ action positive sur les utilisateurs en se battant contre cet appauvrissement intellectuel et en proposant une alternative.

Quelle est votre stratégie en matière de levée de fonds ?

Dans un premier temps, nous avons levé des fonds auprès de business angels avant de nous tourner vers des family office pour un montant de 10 millions d’euros. HDF est le premier à nous avoir accordé sa confiance et il nous accompagne encore aujourd’hui dans notre croissance.

Comment ce nouveau tour de table s’est-il déroulé ?

Nous n’avions pas besoin de lever de fonds dans la mesure où l’ entreprise est rentable. Nous nous développons en autofinancement et notre taux de croissance est intrinsèquement lié à notre capacité à investir sur les différents projets et les différentes technologies. Nous avons décidé de lever des fonds afin de pouvoir accélérer notre développement, tout en conservant une croissance rentable et en restant fidèle à notre manière de travailler. Notre but est d’accélérer notre croissance en injectant du cash pour pouvoir attaquer les nouvelles catégories.

Nous avons reçu de nombreux d’appels entrants, surtout de fonds étrangers qui nous ont vus rentrer dans tous les « top charts ». Nous avons beaucoup discuté avec des fonds américains, mais nous avons finalement décidé d’en parler à six ou sept fonds français, car il n’y avait pas de raison de ne pas interroger l’écosystème français qui a aujourd’hui de très bons fonds matures. Nous avons rencontré le fonds français blisce/. Comble de l’ironie, la négociation s’est déroulée dans leurs bureaux de New-York ! Ils ont leadé le round et nous avons discuté dans la foulée avec Bpifrance et d’autres fonds. L’enchaînement s’est fait en l’espace de trois mois et nous avons levé 50 millions d’ euros. Nous avons donc accueilli blisce/, Idinvest Partners, Bpifrance via son fonds Large Venture, ainsi que Xavier Niel à notre capital.

Comment votre projet a-t-il été perçu ?

Le projet sur la partie créativité a reçu un accueil très favorable. Ce fut également l’occasion de fait découvrir MWM que personne ne connaissait vraiment. Nous ne sommes pas dans le French Tech 120 ni dans le Next 40 des start-up (liste de 40 start-up françaises à fort potentiel, ndlr). Nous faisons profil bas depuis deux ans car nous sommes en train de développer notre business au niveau mondial et nous n’avons guère le temps de passer nos soirées dans des évènements start-up meetup à Paris en présence de tous les fonds à risque de la capitale.

Comment allez-vous utiliser 50 millions d’euros ?

Cette levée servira principalement à accompagner notre diversification dans la mesure où nous allons attaquer de nouveaux marchés où certains acteurs importants sont déjà implantés. Même si notre entreprise est rentable, nous avions besoin de fonds pour pouvoir accélérer notre développement et notre croissance. Nous allons attaquer de nouvelles verticales en capitalisant sur le savoir-faire acquis sur les huit dernières années en matière de développement d’applications, de distribution, d’acquisition et de monétisation. Nos équipes ont réussi à développer des applications dans le domaine de la musique, qui est l’une des catégories les plus complexes à appréhender car on manipule de l’audio.

Nous allons donc continuer à développer des produits dans les domaines de la création (vidéo, photo) en nous appuyant sur cette même équipe très qualifiée. La différence se fera grâce à notre grosse base d’utilisateurs, véritable fer de lance pour lancer nos produits et grâce à nos technologies qui nous permettent d’acheter des utilisateurs dans le monde entier à des prix très compétitifs. Nos algorithmes nous permettent d’avoir des coûts d’acquisition très bas et un savoir-faire en matière de monétisation utilisateur poussé avec des outils de prédiction puissants.

Votre force, c’est le marketing ?

Oui. Dès que nous lançons un produit, nous savons le marketer et le distribuer, et nous nous appuyons sur notre base pour le propulser. C’est ensuite une guerre technologique puisque ce sont les centimes d’écart sur la partie acquisition et monétisation qui font la différence. L’innovation est le nerf de la guerre. Une fois que l’on a un produit aux standards du marché avec un niveau de qualité qui est dans le top de ce qui se fait, nous faisons la différence sur la partie monétisation où nous attestons d’un important savoir-faire. Nos équipes étant très en avance sur un certain nombre de domaines, cela nous permettra de nous différencier.

Cette entrée d’argent nous permettra également de renforcer nos équipes car avec nos 70 collaborateurs, nous sommes aujourd’hui le plus petit éditeur figurant dans le top 100 des plus gros éditeurs d’application du monde qui comptent en moyenne entre 300 et 600 personnes. Nous avons un plan de recrutement ambitieux de 50 personnes sur 2020 parmi lesquelles des stars que nous cherchons un peu partout en France. La levée de fonds nous permettra également de poursuivre notre stratégie de rachat d’ applications existantes en parallèle du recrutement de nouveaux talents.

Faute de ressources internes suffisantes, ces rachats sont un gain de temps précieux et nous offrent la possibilité de faire évoluer notre catalogue et de l’élargir pour proposer à nos clients une multitude de services et d’applications répondant à leurs besoins. Nous sommes en train de créer un écosystème pour lequel nous avons besoin d’un nombre important de ressources essentiellement tech (développeur, motion designer, data scientist, machine learning, etc). Recruter 50 personnes pour atteindre un effectif de 120 collaborateurs constitue une très belle croissance, mais cela demeure insuffisant. C’est pourquoi nous prévoyons d’ intensifier le rachat d’applications pour gagner en réactivité et accélérer la croissance sur les deux années à venir.

Quelle est votre ambition ?

Nous avons pour objectif de créer la première suite d’applications créatives pour le grand public. Nous l’avons fait dans le domaine de la musique et nous souhaitons à présent l’étendre au domaine de l’industrie créative au sens large en attaquant toutes les catégories sur lesquelles nous nous sentons légitimes. Nous aspirons à devenir une sorte d’Adobe des applications créatives grand public.

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau

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