Laurent de Gourcuff (Jerome Domine/ABACAPRESS.COM)

À 46 ans, Laurent de Gourcuff, fondateur de Paris Society redonne vie aux plus beaux lieux improbables de la capitale pour en faire des établissements en vue. Sa spécialité : les terrasses avec vue. L’air de rien, après 30 ans de métier, ce Parisien né à Neuilly-sur-Seine, issu d’une vieille famille de l’aristocratie bretonne, est déjà à la tête d’un empire.

Le marché n’est pourtant pas facile, mais Laurent ne fait rien comme les autres. Lui, c’est la fête qui le met sur la voie et qui lui donne l’inspiration.

Diplômé de l’European Business School, il s’est lancé dès l’adolescence dans l’organisation de soirées avant d’acheter son premier club (Les Planches) à l’âge avancé de 22 ans. La restauration suivra quinze ans plus tard.
Rien ne semblait présager de ce futur pour cet entrepreneur, gâté par la vie depuis sa naissance, qui, il est vrai, avait su se construire un très bon réseau de par son environnement familial.

Chacun reconnait que l’homme est sympathique, cordial, direct, de belles qualités qui ne seraient sans doute pas suffisantes s’il n’était pas aussi un travailleur acharné. Il est également étonnant. Évoluer dans le monde de la nuit dès son plus jeune âge sans jamais devenir fêtard, sans succomber aux sirènes de l’alcool ou du tabac est pour le moins rare. Mais nécessaire pour gérer un groupe dont il explore les lieux chaque soir, hormis les temps réservés à la famille. Il n’est pas rare de le voir attablé seul et incognito, le midi, dans un de ses établissements, pour essayer de toujours améliorer.

51

Il ne s’agit pas du pastis, mais du Bonnie. Cette 51e ouverture du groupe de Laurent de Gourcuff a eu lieu en septembre à Paris (en collaboration avec l’hôtel SO/Paris). 51 lieux pour la Paris Society, la société créée par Laurent de Gourcuff en 2008 sous le premier nom de Noctis, qui a su tracer son chemin et évoluer sur de nouveaux territoires. Le changement de nom est loin d’être anodin. Si Noctis ciblait l’univers de la nuit et de la fête, le groupe s’est diversifié pour aller sur une expertise plus globale

que l’entrepreneur définit comme « l’art de recevoir » ou « l’hospitalité(-ty) ». Car « rien n’est trop beau pour vous », le groupe travaille avec des fournisseurs français triés sur le volet. L’historique vient des « Clubs » pour le monde de la nuit, les « Tables » pour les restaurants d’exception, les « Events » pour les lieux événementiels privés et institutionnels, et le dernier en date, les « Hôtels » avec un côté atypique.

La volonté du lieu exceptionnel

A partie de 2013, le groupe s’est développé remportant une volée d’appels d’offres auprès des institutionnels, per-mettant ainsi au groupe de Laurent de Gourcuff d’ouvrir au Palais de Tokyo, au Musée des Arts décoratifs ou à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine entre autres. Sans oublier d’autres lieux très en vue comme Longchamp ou Saint-Tropez. L’entrepreneur a une obsession, la terrasse et la vue. Il tient à ce que ses clients disposent d’un environnement haut de gamme, ce qui explique son goût pour les toits-terrasses, sa passion pour les jardins ou la plage.

C’est aussi le résultat d’une nécessité. Laurent de Gourcuff est convaincu que la restauration, déjà un métier difficile, est devenu une activité saisonnière où la terrasse est un gage de réussite dès les beaux jours. Contrairement à ses concurrents, l’homme définit son métier comme « chercheur de lieux » car c’est à partir de là que toute l’histoire peut commencer, et une marque exister.

Que l’on aime s’éclater jusqu’au bout de la nuit, se recueillir dans la beauté d’une abbaye cistercienne du XIIIe siècle (l’Abbaye des Vaux de Cernay qui ouvrira dans quelques mois), ou redécouvrir l’histoire dans la citadelle Vauban de Belle-Île sur Mer, il crée une proposition spécifique. Laurent de Gourcuff ne se satisfait d’ailleurs pas du territoire français. Il décline ainsi quelques grands noms comme Raspoutine à Miami ou Gigi à Dubaï et rêve d’investir tous ces rooftops qui l’attendent sur la planète. Si à Paris, chaque marque dispose d’une identité très marquée, des déclinaisons sont prévues en province comme à l’étranger si l’univers s’y prête.

Le résultat est là, les people comme les politiques se pressent dans ces lieux où les listes d’attente s’allongent.

Un soutien précieux

Après la première étape chez les noctambules, la seconde dans l’événementiel, la troisième dans la restauration, en 2018, Laurent de Gourcuff s’ouvre à un actionnaire qui va jouer un rôle important. Le groupe Accor entre dans le capital à hauteur de 31%, donnant un nouvel élan à l’acquisition de nouveaux emplacements emblématiques. Sébastien Bazin du groupe Accorhôtels et Laurent de Gourcuff ont noué de vraies relations de partenaires.

Un homme à part

L’obsession des lieux et vues exceptionnelles est l’arbre qui cache la forêt. Car un homme qui investit depuis toujours dans le milieu de la nuit, sans se laisser aller aux travers que cela peut entrainer a une vision, une ambition précise. Il veut faire de sa société une réussite qui lui permette d’être reconnu à l’égal de ceux qui sont dans le business depuis toujours, les Bertrand, les Bourdoncle, les Costes…

Autre marque de prestige, il vient de remporter, en début d’année, la concession du restaurant iconique Laurent, près des Champs-Elysées, cantine du CAC 40. De Gourcuff n’a pas tardé à dégainer. Il a fait appel au grand Chef Mathieu Pacaud, pour redorer le bla-son, comme il l’a fait aussi, récemment, au Divellec, ou à Apicius. Les petits plats dans les grands.

Anne Florin

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