Il ne s’arrête jamais. Après le succès d’Easy Voyage, ce patron passionné mise sur Fairmoove Explore avec l’ambition d’en faire la plus grande vitrine du tourisme responsable. Il en est capable !

Après Easyvoyage dans une première vie, pourquoi Fairmoove Explore aujourd’hui ?

Jean-Pierre Nadir : Les choses sont assez claires dans ma vie professionnelle, je m’intéresse au voyage depuis très longtemps sous différentes formes. Déjà dans l’édition, ou l’agence photo, je mettais en avant ce secteur, avec des CD rom, des vidéos, des hors-séries, via des magazines comme Corsair et Club Med, ou encore via le développement de plateformes digitales. La seule chose que je n’avais pas faite était d’être vraiment marchand. Il n’y avait pas de frustration, mais une envie, car donner des conseils, ce n’est pas être totalement dans l’action, il y avait là l’occasion d’offrir des garanties nouvelles, de réinventer la relation avec le client.

Je suis donc passé à l’action en mettant en place un nouveau modèle digital qui permettait de mettre en exergue de grandes marques porteuses de valeurs autres que la vente de voyages. Le problème est bien connu : les seuls éléments d’appréciation du client sont souvent le prix, la promo, la vente privée. Dans d’autres secteurs, de nouveaux modèles de distribution et de consommation ont vu le jour grâce aux DNVB, les Digital Native Vertical Brands, qui ont soudain mis en avant la consommation responsable. L’information du client est devenue primordiale comme avec La Ruche qui dit Oui, Fago, Le Slip français…. Cette information permet aussi d’expliquer le pourquoi d’éventuels surcoûts.

Dans le tourisme, comment évaluer l’importance de ce mouvement ?

J-P.N. : Dans les études sur le voyage, 66% des clients disent être intéressés par ces nouvelles notions, mais sans savoir comment appréhender ce tourisme responsable. Résultat, parmi les consommateurs, certains ont fait le choix de la décroissance ; environ 5% deviennent donc des non-consommateurs. Ce n’est évidemment pas mon optique. Car le tourisme est au cœur du monde et de ses préoccupations, il consomme de l’énergie, de l’alimentation, du transport, de l’eau, des détergents, etc. Il n’a pas toujours été bienfaiteur, car la production de richesses ne restait pas sur place, de plus, le marketing du prix a contribué à appauvrir le secteur.

Avec Fairmoove et d’autres, nous allons prendre le problème à l’envers, pour faire du tourisme le levier du changement. Dans le monde du tourisme, des acteurs prennent déjà des mesures, des hôtels à énergie positive se sont montés, les modèles sont en train de se réinventer pour montrer ce que seront le monde et le tourisme de demain.

De quand date votre conversion à l’écologie ?

J-P.N. : J’ai toujours eu une sensibilité écologique car j’ai été élevé dans une ferme chez ma grand-mère jusqu’à l’âge de six ans, et par la suite, j’ai beaucoup voyagé et vu de véritables désastres, telles que ces déchetteries sauvages partout le long des routes. Quand on se déplace avec les yeux ouverts, on voit les dégâts, on prend conscience de ces problématiques avec une meilleure compréhension du monde.

Vous n’êtes pas Pierre Rabhi, dites-vous…

J-P.N. : La différence avec Pierre Rabhi, c’est que je ne crois pas que le modèle de décroissance soit intéressant pour le monde, et certainement pas pour les pays en voie de développement. Avec la croissance, des classes moyennes se développent en Inde et en Chine, ces personnes veulent la clim’, une voiture, et découvrir le monde. Il a parfois fallu 3 ou 4 générations pour que ces hommes et femmes puissent voyager. On ne va pas leur dire : « et non, pas vous ». Il ne faut pas limiter mais réguler, faire des vols directs au lieu de vols indirects.

C’est un non-sens de payer 39 euros pour un Limoges-Edimbourg, car tout cela est financé avec nos impôts, il faut revoir les modèles et la cohérence économique de l’offre. Le voyage a une valeur, sans doute faut-il apprendre à voyager moins souvent, mais plus longtemps. Passez 4 à 5 jours au loin n’est pas tenable. Je suis pour la rationalité joyeuse, pas pour la sobriété heureuse.

C’est la fin des circuits intensifs ?

J-P.N. : Sans aller dans le tourisme « lent », style post Woodstock, le tourisme doit permettre de voir plus longtemps. Aller en Égypte avec un programme de 15 excursions en 7 jours pour « ne rien rater » n’est plus au goût du jour. Il s’agit de visiter, mais en prenant le temps du ressenti, de la compréhension. Car aller ailleurs doit permettre de revenir plus intelligent.

Vous opposez flux touristiques et migratoires ?

J-P.N. : Quand on vit au Sénégal sans emploi, on émigre pour trouver du boulot. Or le tourisme est un levier d’intégration, il représente 10% des emplois directs dans le monde et plus du double avec les emplois induits. On sait par exemple que 70% des voyageurs sont prêts à consommer des produits locaux, à trois exceptions près : vin, chocolat et café ! Personnellement, je suis dans le plaisir et l’optimisme. Tous les jours, je vois des industriels avancer, tous les jours, des choses se passent par exemple pour des avions propres et le développement des carburants de synthèse.

On sait ainsi qu’un quart de la consommation de kérosène se fait au décollage, à l’atterrissage et pendant le roulement sur le tarmac, on sait diviser la consommation par deux. On peut aussi voler un peu moins vite, ne pas partir avec un avion qui remplit son réservoir pour l’aller-retour… Beaucoup travaillent sur ces mesures, comme Air France. Il y a vraiment des compagnies vertueuses à privilégier. La raison et la technologie, voici le sauvetage.

Comment construisez-vous l’offre de Fairmoove ?

J-P.N. : Il existe 650 000 hôtels dans le monde, nous en proposons 5 000, en valorisant l’offre et ses contenus, sans être dans la prédation immédiate liée au gain. Photoshop nous fait voir de belles choses partout, mais les livraisons sont de moins en moins intéressantes. C’est pour cela qu’Airbnb ou Booking.com se sont tellement développés. Dans un secteur du tourisme construit sur l’opportunité tarifaire, tout est appauvri. J’essaie de réinstaurer de la valeur dans le produit et le partage de valeurs, telles que l’éthique ou l’écologie pour tous. Aller vers une consommation militante correspond à notre vision du monde. Nous voulons créer la grande vitrine du tourisme responsable.

Un mot sur vos associés, Corinne Louison et Arthur Courtinat ?

J-P.N. : J’ai porté le modèle au début, aujourd’hui Corinne s’occupe de la sélection des produits, c’est une pro du tourisme, des hôtels, de la relation client. Arthur quant à lui est polytechnicien, il a notamment été le patron des Maisons de la Chine, des Amériques, du pôle voyages du Figaro, il est sur le secteur marketing finances.

Et vos investissements dans des startups ?

J-P.N. : J’ai une vingtaine de participations, 1/3 dans le voyage, 1/3 dans le green, 1/3 dans la techno. Fairmoove, c’est un peu tout ça. Il y a Jungle, la ferme verticale, Carwatt et les véhicules électriques pour des circuits touristiques plus green, Bio Demain pour financer les trois années de conversion vers le bio en agriculture… Il y a une cohérence dans tout cela.

Les objectifs de Fairmoove Explore ?

J-P.N. : Dépasser les 100 millions à horizon 2050. Ce type de projet porte souvent sur des niches, mais nous voulons créer une offre large, atypique, dans tous les genres, cabanes, yourtes, hôtels… Je voudrais être le Jacques Maillot du tourisme green. Je veux avoir un réel impact de transformation du monde du tourisme. Je ne sais pas si je vais y arriver, mais mon ambition est de faire du volume pour que les effets soient significatifs. Beaucoup d’actionnaires sont là pour nous aider, comme Jacques Maillot, Serge Trigano, Michel Yves Labbé, et d’autre pros du tourisme, il y a du monde qui a son ticket, des « bons » qui comprennent cette logique et vont apporter de l’expertise chacun à leur niveau.

Propos recueillis par Anne Florin

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