Photo Pavel Bednyakov/Sputnik/ABACAPRESS.COM

Par Jean-David Haddad, professeur agrégé, rédacteur en chef de Francebourse.com, éditeur, auteur de Inflation, 9 vérités pour comprendre et s’adapter (JDH EDITIONS)

Tribune. C’est le 24 février que Poutine a envahi l’Ukraine. Aujourd’hui, à entendre le gouvernement et les médias, c’est le méchant Poutine qui est à l’origine de la flambée des prix que nous vivons quotidiennement. Elle serait le prix à payer pour notre liberté, si menacée par Poutine…  Pourtant, notre liberté, elle a  bien été bafouée pendant deux ans, pendant les deux ans de contrôle du moindre de nos déplacements, pendant les deux ans de tabassage du petit commerce, pendant les deux ans où ceux qui refusaient le masque et la vaccination étaient mis à l’index, si bien que beaucoup devenaient agressifs voire complotistes…

Eh bien non, l’inflation n’a pas commencé le 24 février 2022, elle a commencé bien avant ; j’en veux pour preuve le fait que mon livre sur l’inflation a été publié le 22 février 2022, la date de parution sur Amazon et autres plateformes de vente de livres en atteste. Et un livre ne s’écrit pas en un jour… C’est donc depuis la fin de l’année 2021 que j’ai pu constater cette inflation galopante qui menaçait notre pouvoir d’achat. Poutine a tout simplement été un alibi utilisé par le gouvernement pour dissimuler les vraies raisons de l’inflation, et pour que le bon peuple, que l’on veut à tout prix détourner de la pensée économique, croit ce qu’on lui déverse…

Que s’est-il donc passé avant l’invasion de l’Ukraine ?

Remontons à la gestion de la crise du COVID.  Un pays comme la France, qui a fermé l’économie, a dû soutenir cette dernière avec de l’argent qu’il n’a pas (aides aux commerces fermés, prise en charge du chômage partiel, etc). D’autres pays ont fait de même. Mais si on reprend l’exemple de la France, elle a emprunté cet argent qu’elle n’avait pas. Principalement auprès de la Banque Centrale Européenne, qui, pour prêter de l’argent à la France, sous forme obligataire, a créé de la monnaie. Et elle a fait pareil avec d’autres pays. Rappelons qu’une Banque Centrale a le privilège de pouvoir créer de la monnaie à loisir.

Mais si elle en créé trop, que va-t-il se passer ? Le phénomène sera le même que pour les diplômes ou pour les lois ; ce qui devient abondant perd de sa valeur. Donc la monnaie perdra de sa valeur. Par rapport à quoi ? A ce qu’elle permet d’acheter ! Donc les biens et services. Surtout quand ces derniers sont fortement demandés, comme le pétrole par exemple, qui est nécessaire au redémarrage économique mondial. Si la monnaie se déprécie par rapport à ce qu’elle permet de se procurer, cela signifie que les biens et services en question, au contraire, gagnent de la valeur par rapport à cette monnaie. Donc leur prix augmente. C’est l’inflation des prix. Que, par abus de langage, on appelle inflation. Car l’inflation, à la base, n’est pas la hausse des prix mais l’expansion d’une quantité. Comme la masse monétaire. Tout simplement.

Dans le langage économique utilisé par les médias, l’inflation se définit donc comme la hausse des prix des biens et services, et comme on vient de le constater, cette inflation des prix provient souvent (mais pas toujours) d’une inflation de la masse monétaire par le simple phénomène de dépréciation de la monnaie eu égard à ce qu’elle permet d’acheter.

Le fait que les banques centrales puissent créer de la monnaie selon leur volonté déprécie la monnaie.

Voilà posée la principale base de l’inflation. A savoir que, comme le dit Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, banni des programmes d’économie au lycée, l’inflation est un phénomène monétaire. Les adeptes d’un autre immense économiste, JM Keynes, sont moins catégoriques et pensent qu’une hausse de la quantité de monnaie peut avoir un effet direct sur l’économie et le volume de production, car, les agents économiques ayant plus d’argent en leur possession, ils vont le dépenser ou l’investir, ce qui entraînera une hausse de la production et donc du PIB.

Seulement, si on en revient à la gestion monétaire de la crise sanitaire de 2020/21, on constate que les surplus monétaires en possession des agents s’accumulent et s’investissent dans les actifs boursiers, immobiliers ou autres. Ainsi, le CAC 40 a doublé entre la fin du krach de mars 2020 et le début d’année 2022. Les prix immobiliers, déjà très élevés avant la crise sanitaire, ont encore augmenté…

C’est donc cette expansion de la masse monétaire due à cette gestion catastrophique de la crise du COVID qui est à l’origine de l’inflation que nous subissons. De nombreux économistes avaient alerté. Mais qui les a écoutés ?

En attendant, Poutine a bon dos…

Jean-David Haddad

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